Continuité et évolution des idées de Michel Debré sur l’Algérie (2006)

jeudi 14 juin 2007.
 
Cette communication a été présentée au colloque Michel Debré et l’Algérie, qui s’est tenu au Sénat les 27 et 28 avril 2006. Puis elle a été publiée dans les actes de ce colloque, édités par l’Association des amis de Michel Debré et les Editions Champs Elysées en mai 2007 (voir pp. 207-213).

Je commence cette communication en vous priant de m’excuser de ne pas avoir pu consulter les archives de Michel Debré, contrairement à mon intention. Celles-ci ont déjà été utilisées par la biographie de Patrick Samuel [1], et par le colloque de 2002, Michel Debré, Premier ministre [2], ainsi que par les participants au colloque d’aujourd’hui. Mon propos est de présenter une vue synthétique, fondée sur mes lectures antérieures des publications de Michel Debré, portant sur les trois points suivants : - L’affaire du bazooka (veuillez m’excuser d’y revenir ) ; - la politique algérienne conçue par Michel Debré dans l’opposition : - la politique algérienne conçue et appliquée par Michel Debré en tant que Premier ministre du président Charles de Gaulle. Ces analyses auront donc au minimum une valeur historiographique.

Michel Debré et l’affaire du bazooka

J’aurais préféré ne pas parler de l’affaire du bazoooka, mais plusieurs intervenants en ont déjà parlé, et bien parlé, ce qui m’incite à y revenir pour ajouter à la clarté de mon propos. Michel Debré y a-t-il joué un rôle notable ? Rien ne le prouve, rien ne permet de l’affirmer, mais les réponses qu’il a plusieurs fois apportées aux accusations portées contre lui ne sont pas pleinement satisfaisantes, et laissent l’impression qu’il n’a pas voulu tout dire pour ne pas reconnaître certains éléments embarrassants (ce qui ne signifie pas nécessairement graves).

L’accusation a reçu sa meilleure expression en 1972, dans le livre de Claude Paillat, La liquidation [3], et surtout dans le tome 3 des Mémoires du général Salan [4], qui lui consacre un chapitre entier, de l’attentat du 16 janvier 1957 au procès Salan de 1962. Il conclut naturellement à la culpabilité de Michel Debré, publiquement dénoncée par la lettre du chef de l’OAS adressée au Premier ministre le 29 janvier 1962 [5]. Mais il faut distinguer soigneusement le rôle des exécutants dirigés par le docteur Kovacs, chef de l’ORAF [6], celui des commanditaires dénoncés par eux et appartenant notamment à l’entourage du général Cogny [7], commandant des troupes françaises au Maroc, qui ont nié toute responsabilité et qui, contrairement aux précédents, n’ont pas été condamnés, et enfin celui de Michel Debré, qui reste purement hypothétique.

Pour autant, Michel Debré paraît avoir été sur la défensive quand ce procès vint en jugement alors qu’il était devenu le ministre de la Justice du gouvernement de Gaulle, durant l’été 1958 : il aurait envoyé un émissaire au général Salan, alors délégué général du gouvernement à Alger, pour lui demander de laisser juger l’affaire du bazooka à huis clos [8]. Puis il fut directement interpellé au sujet de cette affaire par les avocats du chef de l’OAS lors de son procès en mai 1962, et se montra peu à l’aise quand il vint déposer devant le tribunal le 20 mai [9]. Dix ans après, en 1972, il publia Une certaine idée de la France [10], livre dialogué avec Alain Duhamel, dans lequel il donna une mise au point très claire sur ses idées en matière de politique algérienne, mais ne dit pas un mot de cette affaire. A moins que l’on veuille trouver un rapport avec celle-ci dans les raisons qu‘il y donna de sa demande du poste de garde des Sceaux en 1958, qu’il explique seulement par sa conviction de l’importance d’une réforme judiciaire digne de ce nom [11].

Enfin, en 1988, Michel Debré aborda ce sujet délicat dans le tome 2 de ses Mémoires, dans le chapitre intitulé « Pour un gouvernement de salut public » [12], où l’on peut lire les sous-titres suivants : « Ces princes qui nous gouvernent », « Le régime se réformera-t-il de lui-même ? », puis « La calomnie » (où il nie toute implication dans l’affaire du bazooka) et enfin « Le courrier de la colère ». Dans ce chapitre, Michel Debré semble hésiter à reconnaître être sorti de la légalité, et conclure qu’il ne l’a pas fait alors qu’il aurait eu de bonnes raisons de le faire. Dans le sous-chapitre posant la question de l’avenir du régime, il reconnaît s’être entretenu avec les principaux personnages mis en cause par les acteurs directs de l’affaire du bazooka : le député gaulliste Pascal Arrighi [13], le général Cogny, et le général Faure [14], mais affirme leur avoir tenu un langage légaliste : « A tous, je tiens le même langage. Il convient d’écarter toute forme illégale de changement de pouvoir. Le salut public ne peut venir que d’une réaction saine des autorités chargées légalement du droit de décider » [15], et dans le sous- chapitre suivant il nie tout en bloc du rôle de comploteur qui lui a été prêté. Mais on peut d’étonner de ne pas le voir citer le fameux texte du Courrier de la colère du 6 décembre 1957, « Alerte aux Algériens, ou Les chemins de la trahison », qui a continué d’être cité par les partisans de l’Algérie française en révolte contre le pouvoir gaulliste, et notamment sa conclusion : « Que les Algériens sachent surtout que l’abandon de la souveraineté française en Algérie est un acte illégitime - c’est-à-dire qu’il met ceux qui le commettent et ceux qui s’en rendent complices hors la loi, et ceux qui s’y opposent, quel que soit le moyen employé, en état légal de légitime défense ». [16]

Dans le tome 3, il résume enfin sa position d’une manière moins précautionneuse à la page 200, où l’on peut trouver à la fin une allusion implicite à ce texte bien connu : « L’enlisement de notre armée, chargée, une fois encore, de réparer les fautes majeures des politiques, la mort de centaines de jeunes Français offerts en sacrifice par des dirigeants qui n’ont su ni prévoir ni agir, le cycle infernal agression-répression, l’odieux des attentats suivi de l’odieux des attaques contre l’armée de la part d‘hommes dont la responsabilité est écrasante dans l’état de nos affaires, me donnent la nausée et m’incitent à ne plus compter que sur la révolte des Français d’Algérie pour arrêter la chute. Leur insurrection me paraît nécessaire, donc légitime, si elle conduit, dernière chance de la France et par là-même de l’Algérie, à la rupture du régime et au retour du général de Gaulle. Je le dis. Je l’écris » [17]. Et dans le tome 2, à la page 310, il affirme clairement avoir pris ses responsabilités pour contribuer au changement de régime, parce que si les dirigeants de la IVème République n’avaient pas fait appel à de Gaulle à la fin mai 1958, l’armée aurait déclenché le plan « Résurrection » pour balayer le pouvoir légal, plan qu’il approuvait tout en le redoutant : « Comme les légions romaines, l’armée aurait désigné un César. Ce n’était pas là un complot de généraux mais une réaction profonde de l’ensemble du corps militaire qui se sentait soutenu par le peuple : le régime n’avait plus de défenseur. Sans de Gaulle, l’explosion aurait eu lieu et la France sautait dans l’inconnu [18] ».

Michel Debré et l’affaire algérienne sous la IVème République

Les Mémoires de Michel Debré révèlent aussi que celui-ci avait conçu une politique algérienne personnelle et originale, qui ne se confondait pas purement et simplement avec celle du général de Gaulle. Celle de Michel Debré, assurément, n’était pas une fin en soi (ce qui explique le malentendu avec les Français d’Algérie), mais était subordonnée à une politique de grandeur et de puissance française. Il avait vécu très peu de temps en Afrique du Nord : il avait passé cinq mois dans l’administration du Maroc en 1941, était rentré en France par Oran et Alger, puis avait séjourné pendant trois semaines en Tunisie en 1946 [19]. C’est là qu’il avait pu réfléchir à une politique évolutive, tendant à augmenter la part des Tunisiens dans le gouvernement de leur pays, mais en équilibrant la représentation des Tunisiens et celle des Français dans le gouvernement et dans deux assemblées à créer, ce qui était l’application d’une co-souveraineté associant les deux Etats, mais contraire au traité de protectorat [20]. Il apparaissait ainsi comme un défenseur des Français des protectorats voulant aligner le régime de ces pays sur celui de l’Algérie, ce qui ne peut guère passer pour une position décolonisatrice. Mais l’idéal assimilationniste des départements français d’Algérie ne semble pas l’avoir particulièrement séduit.

Que pensait-il donc de l’Algérie avant de devenir le Premier ministre de la France en janvier 1959 ? Le tome 2 de ses Mémoires fournit quelques rares informations : « Le Général s’est situé au dessus d’un ensemble formé d’éléments dispersés que reliait entre eux une volonté farouche de mettre fin à ce régime d’impuissance. Pour certains, le maintien de l’Algérie dans ou avec la France était le but unique. Pour d’autres, c’était le redressement de la France et la fin de la IVème République. Pour beaucoup, dont j’étais, les deux objectifs allaient de pair » [21]. Au moment du retour au pouvoir du Général, « je crois toujours qu’il est possible de lui faire retrouver le chemin d’une terre fraternelle où l’influence française sera déterminante » [22]. Il faut alors que les gaullistes « fassent de la politique », parce que « dans l’affaire algérienne, il faut à la fois se méfier des ultras de la reconquête et des ultras de l’abandon » [23]. Mais dans les débats du gouvernement sur le projet de Constitution, l’avenir de l’Algérie n’est jamais débattu : « Nul n’en parle, sinon pour affirmer que, partie intégrante de la France et de la République, aucune règle particulière ne doit figurer dans la Constitution. Cependant, Pierre Pflimlin un soir me semble-t-il , m’interrogeant du regard, émet l’opinion que la construction de la Communauté peut constituer une structure d’accueil. Dans un silence approbatif, le général déclare qu’il est trop tôt pour une décision, mais que c’est pour l’avenir une hypothèse, parmi d’autres » [24].

D’autres indications très précieuses se trouvent dans le livre d’entretiens de Jacques Foccart avec Philippe Gaillard [25]. Ce fidèle et proche compagnon du général atteste très nettement son amitié pour Jacques Soustelle, et affime qu’il est lui-même resté partisan de l’Algérie française jusqu’en janvier 1959, ou tout au moins jusqu’en juin 1958 [26], et avoir évolué par la suite. A la remarque de Philippe Gaillard : « En somme, vous évoluerez parallèlement à Michel Debré..., il répond : « Oui, mais plus rapidement que lui. Le Général a employé un argument de nature à me convaincre. Plusieurs fois il m’a dit : « Si l’homme que je suis, avec mon hérédité, avec ma culture, avec mon passé, fait ce que je fais, vous imaginez bien que ce n’est pas sans souffrance. Je le fais parce que c’est la seule chose que l’on doit faire. Je boirai le calice jusqu’à la lie » [27]. Or, ce témoignage semble démentir un éditorial signé du même Foccart et paru le 18 mai 1955 dans la Lettre à l’Union française (destinée aux militants gaullistes d’outre-mer), expliquant que l’Algérie était un « enfant de la France » mais qu’elle n’était pas la France : « Peut-on faire qu’un enfant et sa mère, qui sont même chair et même sang, ne soient cependant pas un mais deux êtres ? ». Cet éditorial apparaît rétrospectivement comme une critique de la politique d’intégration dont l’ancien leader du RPF Jacques Soustelle, devenu gouverneur général de l’Algérie à la fin janvier 1955, s’était fait l’apôtre. Elle prend tout son sens en étant comparée aux propos tenus le même jour par le Général à Louis Terrenoire, et à la déclaration sur la politique de la France en Afrique du Nord faite par lui dans sa conférence de presse du 30 juin 1955, la dernière avant mai 1958. Or le même Foccart a contredit cette position (apparemment dictée par le Général) dans son éditorial du 12 juin 1958, après le triomphal voyage à Alger du début juin : « Le plébiscite est fait. (...) Le voyage du Général à Alger a sanctionné la volonté des Algériens de toutes origines de créer une nouvelle province française, ce que l’Algérie n’était encore que dans les affirmations officielles ou les intentions de quelques uns » [28]. Ainsi, Jacques Foccart avait spontanément réagi comme Jacques Soustelle, et il s’était mépris sur le sens que le général de Gaulle avait attribué aux manifestations intégrationnistes d’Alger [29].

La position de Michel Debré sur la politique algérienne est éclairée par deux passages du tome 3 de ses Mémoires. Il cite d’abord un débat du Conseil de la République, le 29 mai 1956, où il résuma ainsi sa pensée : « Je ne dis pas : « L’Algérie, c’est la France », ce qui est une formule vague politiquement et plus encore sociologiquement, mais je dis qu’en Algérie se joue le destin de la France, ce qui est à la fois plus grave et plus important » [30]. Formule tout à fait conforme à la position prise par Jacques Foccart dans son bulletin du 18 mai 1955.

D’autre part, il reproduit la réponse qu’il a faite le 25 septembre 1958 (quelques jours avant le référendum qui allait entériner la Constitution de la Cinquième République) à un lettre du colonel Alain de Boissieu, qui le mettait en garde contre les influences tendant à faire précipiter les choses au Général sans attendre une victoire militaire sur le terrain. Michel Debré semble d’abord minimiser la possible divergence de vues entre le Général et lui, puis il annonce un ensemble de propositions qu’il lui a adressées, et enfin il conclut en reconnaissant la réalité de divergences qu’il espère réduire : « Les difficultés, voire les hésitations du Général, représentent aujourd’hui l’aboutissement d’une longue réflexion et du réexamen qu’il a fait de bien des données du problème. Si, à certains égards, sa pensée ne nous paraît pas être celle que nous souhaitons, il est possible, d’abord, qu’il voie plus clair que nous, il est en tout cas certain que c’est à ce moment-là qu’il faut nous-mêmes préciser notre pensée et lui présenter des possibilités d’agir. Au jugement pessimiste que lui présentent certains, il nous appartient d’opposer des possibilités de réalisation et d’action. C’est à quoi je vais m’employer, souhaitant ne pas me tromper et souhaitant être écouté » [31]. Tout est dit dans ce texte étonnant. Michel Debré reconnaît la réalité de divergences de vues, se promet de tenter de les réduire par un effort de persuasion, mais envisage d’avance que le Général puisse avoir raison contre son avis. Cette position le distingue nettement de Jacques Soustelle, qui s’était engagé sans retour pour l’intégration de l’Algérie dans la France.

Michel Debré et la politique algérienne du général de Gaulle

La politique algérienne de Michel Debré, le premier Premier ministre de la Vème République à partir de janvier 1959, fut d’abord définie en fonction de ses convictions personnelles, largement partagées par sa majorité parlementaire, mais comme on l’a vu elle devait aussi s’harmoniser avec la politique algérienne du président de la République Charles de Gaulle. Celui-ci, en nommant le délégué général du gouvernement Paul Delouvrier à la fin de 1958, lui avait révélé sur sa demande que l’Algérie serait indépendante « dans vingt-cinq ans », et il avait fait la même confidence à son futur Premier ministre. Michel Debré envisageait au début de l’été 1959 un nouveau statut de l’Algérie prévu pour vingt-cinq ans, et destiné à lui donner une personnalité propre en coopération avec la France. Vers la fin du mois de juillet, il s’en ouvrit au Général, qui lui révéla alors son orientation personnelle vers l’autodétermination. Le 10 août à Colombey-les-deux-églises, les deux hommes confrontèrent et justifièrent leurs positions, mais comme le président de la République se montrait inébranlable, son Premier ministre se résolut à le suivre et à veiller aux conséquences [32]. Ainsi la suprématie du président de la République dans la définition de la politique de la Nation fut-elle reconnue par le Premier ministre, qui accepta dès lors de jouer un rôle subordonné, celui du premier des ministres du président.

A partir de ce moment, le Premier ministre joua encore un rôle important pour maintenir l’unité de la majorité parlementaire, l’obéissance de l’administration et celle de l’armée, mais avec une efficacité limitée par la différence de plus en plus visible entre la nouvelle politique du président de la République et ses promesses de mai-juin 1958. Si Michel Debré réussit à rassembler la grande majorité du parti gaulliste UNR derrière lui et le Général, il ne put empêcher la semaine des barricades (24 janvier-1er février 1960) et le trouble croissant du moral de l’armée. Le premier ministre dut accepter la réduction progressive de son rôle dans l’élaboration de la politique algérienne (création du Comité des affaires algériennes en février 1960, du secrétariat d’Etat aux affaires algériennes en décembre 1960), non sans soulagement car l’accélération de l’évolution de la politique algérienne vers une indépendance rapprochée et sous la direction du FLN le soumettait à rude épreuve. Michel Debré envisagea même sa démission après le discours présidentiel du 4 novembre 1960 annonçant (contrairement au texte prévu) que l’Algérie serait un jour un Etat indépendant, puis il en décida le principe après la déclaration du 15 septembre renonçant unilatéralement au Sahara, tout en ajournant son départ jusqu’au lendemain du règlement du problème algérien. Mais en même temps, il continua jusqu’au bout à discuter avec le président de la République des décisions à prendre pour débarrasser la France de ce problème dans les meilleures conditions possibles, et il lui arriva même de lui remonter le moral au moment où celui-ci envisageait de démissionner [33]. Tout en prônant jusqu’au bout la rupture des négociations avec le GPRA si nécessaire, il donna son accord à la signature de l’accord des Rousses [34] (18 février 1962) et des accords d’Evian (18 mars 1962). Il accompagna l’annonce au gouvernement de sa démission, le 12 avril 1962, d’un vibrant hommage au général de Gaulle, mais ne lui parla plus jamais de l’Algérie [35]. Il fit néanmoins savoir son désaccord avec certaines conséquences de la politique suivie : « Je n’étais plus au pouvoir, et si l’on a su dans le secret de l’Etat que j’étais défavorable aux consignes d’abstention trop vite données à notre armée et au raccourcissement du délai prévu pour le référendum et que j’aurais souhaité une volonté plus efficace de transférer en métropole les soldats musulmans qui avaient servi sous notre drapeau, je n’avais pas à critiquer publiquement la politique suivie » [36].

En somme, contrairement à Jacques Soustelle, qu’il avait d’abord tenu à faire entrer dans son gouvernement [37], Michel Debré a refusé de préférer l’Algérie française à de Gaulle, parce qu’il jugeait que la France ne pouvait se permettre de refuser la chance exceptionnelle que de Gaulle incarnait pour elle. Mais aussi parce que son jugement sur l’Algérie était sans doute moins éloigné de celui de de Gaulle que de celui de Soustelle [38]. Pourtant, on ne peut s‘empêcher de se demander - sans qu’aucune réponse soit possible - ce qui se serait passé si les gaullistes avaient perdu leur chef avant qu’il ait pu révéler sa véritable politique algérienne.

Guy Pervillé.

[1] Patrick Samuel, Vie et œuvre de Michel Debré, Paris, Editions Arnaud Franel, 2000.

[2] Michel Debré, Premier ministre, 1959-1962, colloque réuni en 2002 sous le direction de Serge Berstein, Pierre Milza, Jean-François Sirinelli, et publié par les PUF en 2006.

[3] Claude Paillat, Vingt ans qui déchirèrent la France, t . 2, La liquidation, Paris, Robert Laffont, 1972. Journaliste engagé pour la cause de l’Algérie française, Claude Paillat avait conseillé les premières prises de position publiques du général Salan contre la politique gaullienne à l’automne 1960. Cf. Jean Ferrandi, 600 jours avec Salan et l’OAS, Fayard, 1969, pp. 25-82.

[4] Raoul Salan, Mémoires, Fin d’un empire, t. 3, Algérie française, pp. 98-144.

[5] Lettre du général Salan à Michel Debré, 29 janvier 1962, in OAS parle (dossier d’archives de l’OAS adressé à Pierre Nora par un expéditeur inconnu, en fait Raoul Girardet), Paris, Julliard, collection Archives, 1964, pp. 184-186.

[6] Organisation de résistance de l’Algérie française. Voir leur version dans le livre de Bob Maloubier, Bazooka, la confession de Philippe Castille, Paris, Filipacchi, 1988.

[7] Son proche collaborateur Alain Griotteray a démenti toute responsabilité dans le complot du bazooka dans son témoignage reproduit par le journaliste Pierre Pellissier dans son livre La bataille d’Alger, Paris, Perrin, 1995 (pp. 86-89, 90-92, et 94, et dans ses propres Mémoires, Aimer et servir la France, Editions du Rocher, 2006.

[8] Salan, Mémoires, t. 3, pp. 132-133.

[9] Le général Salan évoqua l’affaire dans sa déclaration initiale, puis il obtint le soutien du ministre de la Justice de 1957, François Mitterrand (qui lui-même avait une revanche à prendre sur la sévère déclaration du premier ministre Michel Debré à son sujet après le faux attentat de l’Observatoire en octobre 1959), et enfin Michel Debré dut reconnaître qu’il connaissait tous les personnages mis en cause à propos de l’attentat du bazooka. Cf. Salan, op. cit, pp. 138-144, et Le procès du général Salan, Paris, Nouvelles Editions latines, pp. 77, 208, 260, 33 et 436.

[10] Michel Debré, Une certaine idée de la France, Paris, Fayard, collection En toute liberté, pp. 57, 67-69, 85-90.

[11] « C’est la seule fois que j’ai demandé quelque chose au général de Gaulle », insiste-t-il. Debré, op. cit., pp. 71-72.

[12] Michel Debré, Trois républiques pour une France, Mémoires, t. 2, 1946-1958, Paris, Albin Michel, 1988, pp. 269-287.

[13] Il le décrit ainsi : « Il était alors ce qu’il est toujours resté, une tête savante et chaude, honnête homme partagé entre le service désintéressé de l’Etat et le combat sans esprit de retour pour ses idées (Debré, op. cit., p. 276-277). C’est-à-dire qu’il resta partisan de l’Algérie française, et rejoignit plus tard le Front national.

[14] Celui-ci, auteur d’un complot visant à prendre le pouvoir à Alger, est mentionné par les auteurs de l’attentat du bazooka comme ayant rencontré le général Cogny, mais refusé de participer à ses plans pour suivre le sien.

[15] Debré, op. cit., p. 277.

[16] Article reproduit par Jacques Soustelle dans Vingt-huit ans de gaullisme, Paris, La Table Ronde, 1968, pp. 452-455, et par Alain de Sérigny, Echos d’Alger, t. 2, L’abandon, Paris, Presses de la Cité, 1974, pp. 473-475.

[17] Michel Debré, Gouverner, Mémoires, t. 3, 1958-1962, Paris, Albin Michel, 1988, p. 200.

[18] Debré, Mémoires, op. cit., t. 2, pp. 309-310.

[19] Michel Debré, Mémoires, t. 1, Paris, Albin Michel, 1984, pp. 101-103, 181-182, et t. 2, pp. 35-38.

[20] Revendication soutenue en Tunisie par son ami depuis 1946, Antoine Colonna.

[21] Michel Debré, Mémoires, t. 2, p. 300.

[22] Ibid., p. 315.

[23] Ibid., p. 329.

[24] Ibid., p. 390.

[25] Foccart parle, entretiens avec Philippe Gaillard, Paris, Fayard et Jeune Afrique, 1995.

[26] Ibid., pp. 77-78 et 123-124.

[27] Ibid., p. 123.

[28] Lettre à l’Union française, n° 284, 18 mai 1955, et n° 432, 12 juin 1958. La collection complète (1949-1958) est conservée à l’Institut Charles de Gaulle, cotes RPF 602 à 604.

[29] Cf. mon analyse sur « Le RPF et l’Union française », dans les actes du colloque de Bordeaux, De Gaulle et le RPF, 1947-1955, Paris, Armand Colin, 1998, p. 529.

[30] Michel Debré, Gouverner, Mémoires, t. 3, 1958-1962, Albin Michel, 1988, p. 199.

[31] Ibid., pp. 203-204.

[32] Ibid. pp. 226-227.

[33] Michel Debré, Entretiens avec le général de Gaulle, 1961-1969, Paris, Albin Michel, 1993. Voir notamment la lettre du 17 octobre 1960, les entretiens du 23 mars 1961 et du 9 janvier 1962.

[34] « Mon Général, nous n’aurions pas obtenu davantage. Quand la décision a été prise de négocier avec la rebellion, nous savions où nous allions. Tout maintenant est dans l’explication et dans l’application. De toute façon, la France n’en pouvait plus ». Mémoires, t. 3, p. 302.

[35] Mémoires, t. 3, p. 307.

[36] Ibid., p. 310.

[37] Contrairement au général de Gaulle, qui ne considérait plus Soustelle comme un gaulliste, Michel Debré avait tenu à le faire entrer dans son gouvernement, et recouru pour cela à l’aide de son ami Alain de Sérigny, directeur de L’Echo d’Alger. Cf. Alain de Sérigny, Echos d’Alger, Presses de la Cité, 1974, pp. 333-343.

[38] Pour Jacques Soustelle, « ce qui se passe en Algérie (...) engage la France pour cent ans » (Le drame algérien et la décadence française, réponse à Raymond Aron, Paris, Plon, 1957, p. 61). Michel Debré envisageait un statut transitoire de vingt-cinq ans, mais le général de Gaulle est passé de l’Algérie française à l’Algérie indépendante en moins de quatre ans.



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