Réponse à Gilles Manceron (2021)

vendredi 5 février 2021.
 

Monsieur,

J’ai été informé d’un texte que vous avez publié récemment sur votre blog de Médiapart, et dans lequel vous critiquez ma position sur la revendication algérienne de repentance. Sans contester votre droit d’écrire et de publier ce que vous croyez être juste, je dois pourtant vous répondre à l’intention de vos lecteurs. Voici exactement les quelques phrases que vous me consacrez :

"C’est donc la formule « ni excuses, ni repentance », avant même sa remise et même si on ne la trouve pas dans le rapport, qui s’est trouvée accolée au rapport Stora.

Le choix du mot « repentance » n’est pas innocent. Il a été utilisé par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2007. Avec un but précis : attirer des voix d’extrême droite pour éviter une présence de celle-ci au second tour et refuser toute reconnaissance lucide du fait que la colonisation de l’Algérie contredisait toutes les idées des droits de l’homme. Celles des Encyclopédistes et de la Révolution française en faveur de la liberté des peuples à ne pas être objet de conquête, et même, le cas échéant, d’y résister. Il s’agissait d’empêcher de reconnaître que la colonisation contredisait le principe de l’égalité de tous les êtres humains proclamé sous la Ire République lors de la Révolution française (1). Et que la « République coloniale » avait été une effroyable négation des principes humanistes et universels dans l’histoire des IIIe, IVe et Ve République.

Destiné à faire obstacle à cette reconnaissance, la « repentance » est un concept écran, inventé, non par des Algériens, mais par des Français nostalgiques de la colonisation pour discréditer les demandes de qualifier pour ce qu’elles sont les injustices et les violences coloniales qui furent souvent des crimes contre l’humanité (comme l’avait d’ailleurs reconnu Emmanuel Macron en février 2017). Un concept repris comme un épouvantail par quelques auteurs comme Pascal Bruckner ou Daniel Lefeuvre (2). Ou encore l’historien Guy Pervillé (3) aux travaux importants mais qui est proche des milieux « nostalgériques », et qui, par exemple, lors du procès de Bordeaux qui a condamné Maurice Papon pour complicité de crime contre l’humanité en Gironde en 1942, s’était adressé à l’AFP en 1997 pour réfuter le témoignage de Jean-Luc Einaudi sur la répression sanglante en octobre 1961 orchestrée par ce même Papon devenu préfet de police du département de la Seine.

Contrairement à ce que dit Pervillé (4), le gouvernement algérien n’a jamais utilisé ce mot de « repentance ». La Fondation du 8 mai 45, qui s’attache à commémorer la répression sanglante des manifestations de mai et juin1945 dans le Constantinois, créée en mai 1990 à Kherrata par Bachir Boumaza et présidée ensuite par Mohamed El Korso et Abdelhamid Selakdji, aux initiatives auxquelles j’ai plusieurs fois participé comme historien à Sétif et Guelma, a pour revendication principale la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux en Algérie. Si elle s’est élevée légitimement contre la création en 2010 par Nicolas Sarkozy et son secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants Hubert Falco d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie sur la base de la loi du 23 février 2005 enjoignant les enseignant à montrer les « aspects positifs de la colonisation » (5), elle s’est placée, quelles que soient ses demandes, sur le terrain de l’histoire et du droit, refusant « la tentation d’agir dans un esprit vindicatif ou revanchard » (6). Il est inexact de dire que « la revendication de repentance à Alger a fait échouer le traité d’amitié » qu’espérait Jacques Chirac (7). En réalité, c’est le « grand écart » tenté par lui entre ce projet de traité et la loi sur les « aspects positifs de la colonisation » - qui résultait d’une promesse faite en 2002 au lobby « nostalgériste » pour le dissuader de voter Le Pen au second tour de la présidentielle -, qui a conduit à son échec, puisque l’inscription dans son préambule demandée par l’Algérie des « regrets » de la France pour « les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale » ne pouvait se concilier avec son appui à la vision « civilisatrice » de la colonisation. Son refus de la reconnaissance a rendu vains les quelques gestes de compassion qu’il avait faits durant son quinquennat et a préparé l’orientation encore plus négative de Nicolas Sarkozy qui a brandi la formule du « refus de la repentance »."

(1) Gilles Manceron, Marianne et les colonies, La Découverte/Ligue des droits de l’homme, 2003. (2) Pascal Bruckner, La Tyrannie de la pénitence : Essai sur le masochisme Occidental, Grasset, 2006 ; Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Flammarion, 2008. (3) Guy Pervillé, Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, Vendémiaire, 2018. (4) Entretien avec Frédéric Bobin publié dans Le Monde le 22 janvier 2020. (5) Algeria-Watch, 29 septembre 2009, « Fondation sur la guerre d’Algérie : La fondation 8 Mai 45 réagit ». Voir Ligue des droits de l’homme. (6) Voir par exemple, La Dépêche de Kabylie, 7 mars 2005 : « Loin de la Fondation du 8-Mai 1945, la tentation d’agir dans un esprit vindicatif ou revanchard. Cependant, il importe beaucoup pour le peuple algérien que la France officielle se décide enfin à reconnaître son implication dans les actes monstrueux et inhumains commis en son nom de 1830 à 1962 ». (7) Entretien cité. (8) Jean Jaurès. Vers l’anticolonialisme, Textes réunis et présentés par Gilles Manceron, Les petits matins, 2015. Voir Ligue des droits de l’homme. (9) Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, Gallimard, 2001.

Ma réponse

Si je suis d’accord avec vous sur ce « grand écart » de Jacques Chirac, je maintiens néanmoins que votre analyse, qui nie l’existence d’une revendication algérienne de repentance, est fausse. Ou plus exactement, je veux bien admettre que ce mot n’est pas incontestablement attesté du côté algérien alors qu’il l’est du côté français. Il serait donc plus juste de parler d’« excuses officielles », puisque c’est l’expression qui a été employée dans la presse algérienne à partir de mai 1995. Ces deux expressions ont été rejetées l’une et l’autre dans la pétition franco-algérienne dont Gilbert Meynier, Eric Savarese et Sylvie Thénault avaient pris l’initiative en novembre 2007 avant le premier voyage à Alger du président Sarkozy et qui était intitulée : "France-Algérie, dépassons le contentieux historique ». On y lisait en effet - mais je n’ai pas besoin de vous le rappeler - : « dépasser le contentieux franco-algérien implique une décision politique, qui ne peut relever du terme religieux de ‘repentance’. Et des ‘excuses officielles’ seraient dérisoires ». Le mot « repentance » a d’ailleurs été récupéré par les partisans algériens des « excuses officielles » [1]. Comme vient de le dire un cheikh algérien, pour la France, « s’excuser est synonyme d’avouer les crimes dont elle était l’auteur ». Ainsi se vérifie ce que le regretté Guy Hennebelle - ancien coopérant et chroniqueur du journal El Moudjahid à Alger dans les années 1960 - appelait en 2003 : « le duo ‘sado-maso’ entre la culture laïco-chrétienne du culpabilisme français et la culture arabo-musulmane du ressentiment » [2].

Votre tort est de substituer un raisonnement politique à un raisonnement historique, en accusant Nicolas Sarkozy d’avoir inventé le concept de repentance afin de gagner les voix de l’extrême droite au second tour, et en en faisant « un concept écran, inventé, non par des Algériens, mais par des Français nostalgiques de la colonisation pour discréditer les demandes de qualifier pour ce qu’elles sont les injustices et les violences coloniales qui furent souvent des crimes contre l’humanité  ». Ce qui vous permet ensuite de discréditer sans avoir à les citer trois auteurs qui se sont déjà trouvés diffamés dans un article d’un grand hebdomadaire culturel de gauche paru il y a un peu plus de dix ans [3], et de me qualifier abusivement de « proche des milieux nostalgériques » en insinuant même que j’aurais fait preuve de complaisance envers Maurice Papon. Or il est faux que je me serais adressé à l’AFP pour réfuter le témoignage de Jean-Luc Einaudi durant le procès Papon de Bordeaux : j’ai seulement répondu au journaliste qui m’a téléphoné à ce sujet [4]. Ce n’est pas du tout la même chose, et c’est encore une fois inverser l’ordre des faits. Discréditer un contradicteur au lieu de discuter ses arguments est un procédé inadmissible qui vous évite de lui répondre sur le fond.

Donc, je maintiens que votre raisonnement inverse l’ordre des faits. La revendication algérienne de repentance, dont le président Chirac a clairement reconnu l’existence dans ses Mémoires, est un fait incontestable à l’origine de l’échec du traité d’amitié franco-algérien, et je me souviens très bien qu’elle a été clairement refusée par Nicolas Sarkozy dans sa campagne électorale de 2007 - ce qui lui a valu d’être accusé de l’avoir inventée pour se donner le mérite de la refuser - mais aussi par sa rivale socialiste Ségolène Royal qui ne visait pourtant pas l’électorat d’extrême droite.

Je n’avais pas pris conscience de cette revendication avant la diffusion sur la 5ème chaîne télévisée en mai 1995 du film de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois, Un certain 8 mai 1945, qui présentait au public, en moins d’une heure, la version de la Fondation du 8 mai 1945 et laissait presque le dernier mot à son président et fondateur Bachir Boumaza. Je n’ai pas pu assister aux débats sur cet événement organisés à Paris le 4 mai 1995 avec Bachir Boumaza par le même Mehdi Lallaoui, mais j’ai lu la réponse que Charles-Robert Ageron a publiée en 1996 dans la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps pour réfuter les accusations de vouloir minimiser l’ampleur et l’horreur des massacres, portées contre les historiens français par Bachir Boumaza : « Faut-il rappeler ici qu’en histoire de la décolonisation toute insurrection manquée s’appelle une provocation, toute insurrection réussie une Révolution ? Un historien se contentera de noter impartialement que la tentative avortée en mai 1945 devait servir de répétition générale à l’insurrection victorieuse de la Révolution (thawra) de 1954-1962 » [5]. Quant à mon collègue Jean-Charles Jauffret, qui avait participé comme moi au jury de la thèse de l’historien algérien Boucif Mekhaled sur le 8 mai 1945 soutenue à la Sorbonne en 1989, il accepta de préfacer - en même temps que Mehdi Lallaoui - la version très condensée de cette thèse qui fut alors publiée par les éditions Syros [6], mais il jugea aussi sévèrement que moi le film diffusé sur la chaîne Arte par le même Mehdi Lallaoui [7].

Pour être tout à fait clair, je ne mets nullement en cause la sincérité ni l’honnêteté de Mehdi Lallaoui. J’ai écrit à ce dernier pour lui faire part de mon désaccord, mais je n’en ai pas reçu de réponse. Presque dix ans plus tard, en avril 2005, je l’ai revu à Paris en compagnie de Benjamin Stora et de Claude Liauzu. Ils m’ont appris, avec délicatesse, que vous m’aviez sévèrement interpellé parce que j’avais accepté de débattre en public avec Bernard Coll (sans pour autant m’aligner sur celui-ci [8]). Mehdi Lallaoui m’a révélé alors qu’il avait toujours refusé de m’attaquer parce qu’il savait que j’étais un historien, et je lui en suis à jamais reconnaissant. Quant à mon maître Charles-Robert Ageron, je l’ai accompagné à Tunis en novembre 1997 pour assister à la remise de ses Mélanges rassemblés par Abdeldjellil Temimi ; nous avons eu alors de très cordiales conversations avec des collègues algériens parmi lesquels Mohammed El Korso, mais je n’ai pas imaginé un seul instant que celui-ci appartenait à la Fondation du 8 mai 1945 et se préparait à y prendre la suite de Bachir Boumaza de 1998 à 2001.

C’est beaucoup plus tard que j’ai pris pleinement conscience de ce qu’était le rôle de la Fondation du 8 mai 1945. En effet, mon analyse sur l’origine de la revendication algérienne de « repentance » (ou si vous préférez d’« excuses officielles ») a deux sources principales, qui ne doivent rien à la presse de droite. D’une part, le mémoire de maîtrise d’un étudiant d’histoire de Toulouse-Le Mirail, Michaël Lamine Tabakretine, réalisé sous la direction de ma collègue Djamila Amrane (qui ne m’en a pas informé) sur la mémoire de mai 1945 en Algérie à travers la Fondation du 8 mai 1945, et que j’ai lu en 2001. D’autre part, le numéro 62 de la revue Panoramiques publié en mars 2003 par Guy Hennebelle, qui m’avait demandé d’y participer ainsi qu’à Benjamin Stora. J’y ai trouvé la confirmation de ce que j’avais lu auparavant sur la Fondation du 8 mai 1945, dans l’éditorial de Guy Hennebelle (qui déclarait (p 23) avoir écrit à Bachir Boumaza : « je réprouve absolument l’aventure dans laquelle il cherche à lancer son pays à travers sa Fondation du 8 mai 1945 ») et dans l’article très stimulant du politologue algérien Ahmed Rouadjia intitulé « Hideuse et bien-aimée, la France » (pp 204-214). J’ai tiré de ces deux principales sources tout ce que j’ai écrit sur le 8 mai 1945 dans mon article publié en 2004 dans la revue Némésis d’Eric Savarese sur « La revendication algérienne de repentance unilatérale de la France » (Némésis, n° 5, 2004, pp 103-140), que j’ai ensuite placé sur mon site : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=22 .

Cet article, qui n’a rien perdu de sa pertinence, est à votre disposition et à celle de vos lecteurs de Médiapart.

En attendant que vous l’ayez lu ou relu, j’espère utile de vous envoyer ce paragraphe que je viens de rédiger sur l’origine de la revendication de repentance :

"Benjamin Stora a eu le mérite de refuser ces demandes de repentance - comme le fait aussi le président Macron - mais je crois nécessaire de le faire plus clairement. Le temps de la repentance est passé, parce que les présidents français qui auraient pu avouer une part de responsabilité dans le sort imposé à l’Algérie par la France de 1830 à 1962 sont tous morts. Après le décès de Charles de Gaulle en 1970, et surtout après celui de François Mitterrand en 1995, Jacques Chirac fut le dernier président de la République à avoir combattu en Algérie pour la défense de l’Algérie française. Mais il fut aussi le premier à être confronté à cette revendication lancée en mai 1990 à propos de la répression de Sétif et Guelma par la Fondation du 8 mai 1945 (créée par Bachir Boumaza), puis élargie à toute la période coloniale (1830-1962) à partir de mai 1995 [9]. En froid avec l’Algérie depuis les attentats de l’été 1995 en France, et confronté à la demande de repentance discrètement exprimée par le président Bouteflika dans son discours à l’Assemblée nationale en juin 1990, il proposa à l’Algérie en 2003 de négocier un traité d’amitié sur le modèle du traité franco-allemand de 1963, mais il n’avait pas compris (me semble-t-il) que dans l’esprit de ses interlocuteurs algériens la France était pour l’Algérie l’équivalent de ce que l’Allemagne avait été pour elle-même. En 2005, le vote de la loi du 23 février 2005 rendant hommage à ceux qui avaient fait l’Algérie française fut sans aucun doute une insigne maladresse, et contribua fortement à l’échec de la négociation du traité d’amitié, mais la cause directe de cet échec fut la demande algérienne de repentance, comme le président Chirac l’a très clairement reconnu dans ses Mémoires parus en 2011 : « Le principal obstacle viendra de l’acte de repentance que le gouvernement algérien nous demande quelques mois plus tard de faire figurer dans le préambule, acte par lequel la France exprimerait ses regrets pour les ‘torts portés à l’Algérie durant la période coloniale’. Il me paraît utile, et même salutaire, comme je l’ai indiqué dans mon discours à l’UNESCO à l’automne 2001, qu’un peuple s’impose à lui-même un effort de lucidité sur sa propre histoire. Mais ce qu’exigent de nous les autorités d’Alger n’est rien d’autre que la responsabilité officielle d’une culpabilité. Je ne l’ai naturellement pas acceptée » [10]. On peut néanmoins observer que les mots « repentance », « regrets » et « culpabilité » ne sont pas identiques, puisque l’on peut regretter des faits historiques sans en être responsable ni coupable. En tout cas, il est certain que la revendication algérienne de repentance ou d’« excuses officielles » à demander pour des « crimes contre l’humanité » a été exprimée, sous une forme particulièrement intransigeante, par le président Bouteflika dans ses discours du 8 mai 2005 à Sétif et du 8 mai 2006 à Guelma. Il est donc faux que cette revendication ait été inventée en 2007 par le candidat Sarkozy pour séduire la droite et l’extrême droite en s’attribuant le mérite de l’avoir repoussée, comme le sous-entend encore aujourd’hui Gilles Manceron [11] ".

Guy Pervillé, le 4 février 2021

[1] Par exemple, on trouve ce mot employé en 2009 dans les réactions de l’Association des Anciens moudjahidine à des déclarations officielles trop conciliantes envers la France, et rappelant son exigence de repentance (voir sur Algeriawatch : https://algeria-watch.org/ ?p=32918). Le 28 janvier 2021, le cheikh Chems-ed-Dine a déclaré : « La France refuse de s’excuser puisqu’elle est consciente des conséquences que ça pourrait engendrer. S’excuser est synonyme d’avouer les crimes dont elle était l’auteur. Ces crimes ont eu lieu ici en Algérie durant plus d’un siècle. Si la France s’excuse, elle doit payer pour ses crimes » (Site Dzair Daily, https://www.dzairdaily.com/france-doit-rendre-tour-eiffel-algerie-declare-journaliste/ ).

[2] Guy Hennebelle, éditorial de Panoramiques, n° 62, mars 2003, p 20.

[3] Cf ma « réponse à Thierry Leclère » (2010) : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=256 .

[4] Début de ma réponse à Claude Liauzu et Annie Rey-Goldzeiguer, publiée dans L’Histoire n° 217, janvier 1998 : « Sollicité au téléphone par l’AFP puis par L’Histoire, Newsweek et Le Point, de donner mon avis sur la répression du 17 octobre 1961, j’ai pris le risque de répondre aussitôt. Le résultat n’est pas parfait : il reste notamment beaucoup à dire sur les causes de cette nuit sanglante, qui ne se limitent pas aux responsabilités personnelles de Maurice Papon (nommé en mars 1958 pour reprendre en main une police déjà sortie de la discipline). Les ‘Français musulmans’ vivant en France n’avaient jamais été considérés comme des Français à part entière ; depuis le tournant de la politique gaullienne en 1959-1960, ils l’étaient encore moins, sans être pour autant protégés par le statut de ressortissants d’un Etat étranger, faute d’un accord avec le FLN. Au contraire, en se rangeant sous la bannière de celui-ci, les manifestants algériens s’identifiaient à ce qui était encore l’ennemi avant la reprise des négociations secrètes » (...).

[5] « Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et d’histoire », Nanterre, Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 39-40, juillet-décembre 1995 (paru en mars 1996), pp 52-56.

[6] « Les événements du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma, Kherrata », Paris 3, s. dir. Jean-Claude Allain. Version publiée Chroniques d’un massacre, 8 mai 1945, Sétif, Guelma, Kherrata, préfaces de M. Lallaoui et J. C. Jauffret, Paris, Syros/ Au nom de la mémoire, 1995.

[7] « Un très bel exemple de désinformation vient d’être donné, le 10 mai 1995, par une émission d’Arte, consacrée à l’insurrection du Constantinois en 1945. La version officielle du FLN a été reconduite, sans aucune référence sérieuse ou non-tronquée à la recherche contemporaine tant française qu’algérienne ». Jean-Charles Jauffret, « Archives militaires et guerre d’Algérie », actes du colloque Marseille et le choc des décolonisations, s.dir. Jean-Jacques Jordi et Emile Témime, Aix-en-Provence, Edisud, 1996, p. 171, et note 1 pp. 176-177.

[8] Je n’ai conservé aucune trace écrite de mon intervention, mais j’ai publié ma réponse à une autre invitation de Bernard Coll reçue en 2012 : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=273 .

[9] Une campagne de presse fut alors lancée dont le ton était donné par le titre de l’éditorial d’El Watan, 8 mai 1995 : « Des excuses officielles », qui reproduisait le discours du Premier ministre Sifi Mokdad, situait le 8 mai 1945 dans une longue série de répressions françaises, invitait les intellectuels algériens à « travailler au corps » les démocrates français pour qu’ils diffusent dans leur société un sentiment de responsabilité et de culpabilité, et réclamait à l’Etat français des excuses officielles au peuple algérien « pour les centaines de milliers d’innocents assassinés au cours de cent trente ans de domination coloniale ». El Moudjahid était sur la même ligne. Quatre ans plus tard, le 8 mai 1999, Liberté observait qu’en Algérie la commémoration du 8 mai était désormais revendiquée par toute la classe politique et faisait même l’objet d’une surenchère.

[10] Jacques Chirac, Mémoires, t 2, Le temps présidentiel, Paris, Nil, 2011, p 435.

[11] Voir son article « S’appuyer sur le rapport de Benjamin Stora », sur son blog dans Médiapart, 1er février 2021.



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