La sanglante offensive lancée le 7 octobre 2023 par le Hamas de Gaza contre la population civile et contre l’armée israéliennes a entraîné une très violente riposte qui a provoqué des représailles de la part du Hezbollah libanais et des Houthis yéménites. Israël a contre-attaqué un an plus tard en visant à son tour les bases de ses ennemis au Liban, en Syrie et au Yémen, et même en affrontant directement l’Iran sur son territoire, jusqu’à ce que Donald Trump impose un troisième cessez-le-feu à Gaza et la libération des derniers otages israéliens survivants en octobre 2025, après avoir lui-même participé à la contre-offensive israélienne en bombardant l’industrie nucléaire iranienne en juin 2025. Jamais Israël n’avait mené une guerre aussi longue, ni riposté aussi audacieusement et brutalement à ses ennemis, en les obligeant à cesser le combat. L’avenir de l’Iran et de son régime politique, affaibli par la défaite de ses alliés, est aujourd’hui plus que jamais en question. Mais le conflit principal reste aujourd’hui sans solution. Essayons d’analyser l’état actuel du problème israélo-palestinien avant d’examiner des problèmes analogues.
Le problème israélo-palestinien non résolu
Un « génocide » à Gaza ?
Le fait le plus inquiétant reste la situation à Gaza et autour de Gaza. D’une part, l’offensive surprise lancée par le Hamas le 7 octobre 2023 a pris la forme de massacres effroyables de près de 1 140 civils dans les villages frontaliers et d’enlèvements d’environ 240 otages, ce qui a réveillé la mémoire du génocide entrepris par les nazis durant la Deuxième guerre mondiale. D’autre part, la contre-offensive israélienne a frappé non seulement le Hamas, mais aussi et surtout la population gazaouie, dont les pertes totales auraient dépassé les 60 000 morts, sans compter les blessés, et qui se retrouve aujourd’hui errante sans ressources et sans abri solide à travers un champ de ruines. Sa détresse est telle que, dès le 29 décembre 2023, l’Afrique du Sud a porté plainte contre Israël pour « comportement génocidaire » devant la Cour pénale internationale (CPI) [1]. Et le 23 mai 2024, son procureur Karim Khan a demandé des mandats d’arrêt contre le dirigeant du Hamas à Gaza, Yahia Sinwar, et contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Décision très critiquée des deux côtés, mais que la France a approuvée parce qu’elle proclame une volonté d’impartialité. Au contraire, le président des États-Unis - qui ne sont pas membres de la CPI - Joe Biden a condamné cette décision, et son successeur Donald Trump a pris, le 6 février 2025, un décret imposant des sanctions contre la CPI en l’accusant d’avoir « engagé des actions illégales et sans fondement contre l’Amérique et notre proche allié Israël ». Il a ainsi donné un coup d’arrêt à l’établissement d’une justice pénale internationale qui puisse s’imposer à tous les États.
Rappelons que le mot « génocide » désigne depuis 1944 le crime commis par un État qui entreprend l’anéantissement d’un groupe humain tout entier sans laisser aucune issue à aucun des individus qui le composent. Ce terme a été appliqué, à juste titre, à l’extermination des juifs d’Europe organisée par l’État nazi de 1941 à 1945, mais aussi à la déportation sans retour de la plus grande partie de la population arménienne organisée en 1915 par l’empire ottoman, et à l’extermination des Tutsis vivant au Rwanda par le pouvoir militaire sur le point d’être renversé par l’offensive du Front patriotique rwandais en 1994 [2]. Le massacre de la population masculine de Srébrénitsa (Bosnie) par les forces serbes en juillet 1995 (plus de 8 000 morts) est aussi qualifié officiellement de génocide, même s’il n’a concerné qu’une localité et n’a pas frappé toute sa population. En 2018 et 2022, les chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens ont reconnu les génocides commis par les Khmers rouges entre 1975 et 1979 contre les minorités vietnamiennes et chams, mais pas contre la population khmère. En Irak, la campagne d’extermination des Kurdes (opération Anfal) réalisée de février à septembre 1988, sur l’ordre de Saddam Hussein, ainsi que la persécution de la minorité religieuse des Yézidis par Daech entre 2014 et 2017, ont également été qualifiées de génocides. Mais il faut distinguer l’usage juridique du mot de ses usages polémiques et propagandistes, qui aboutissent à le décrédibiliser par une exagération constante.
On peut sans doute juger excessive la référence au « génocide » qui paraît destinée à priver Israël de son principal titre de légitimité en le transférant aux Palestiniens. Mais on ne peut contempler sereinement l’augmentation continue du nombre des victimes palestiniennes, même si Israël a dû consentir à deux trêves pour échanger une partie des otages contre un nombre très supérieur de prisonniers palestiniens, la première du 24 au 30 novembre 2024, et la deuxième imposée par Donald Trump du 19 janvier au 18 mars 2025, libérant ainsi 110 otages israéliens ou étrangers, puis une trentaine, et enfin une vingtaine que l’armée israélienne avait été incapable de libérer le 13 octobre 2025 [3]. La disproportion flagrante des pertes humaines dans les deux camps a donné l’impression, non pas d’une tentative de génocide - contrairement à ce que prétend la propagande du Hamas et de ses alliés et la plainte de l’Afrique du sud à la Cour pénale internationale - mais d’une volonté de vengeance et d’un désir de pousser les Palestiniens de Gaza privés de toute sécurité et de tous moyens d’existence à fuir leur territoire. Les assassinats ciblés des chefs du Hamas à l’extérieur (Ismaël Haniyeh tué à Téhéran le 31 juillet 2024) comme à l’intérieur (Yahia Sinouar tué le 17 octobre 2024 à Rafah) prouvaient la priorité accordée à sa destruction sur la libération de moins en moins assurée des derniers otages survivants.
D’autre part, le nombre sans cesse accru des morts et des blessés palestiniens, qui ne peuvent être tous des djihadistes, fait de plus en plus oublier les morts et les otages israéliens et multiplie les manifestations anti-israéliennes, voire anti-juives, non seulement dans les pays arabes et musulmans mais aussi dans les pays européens où vivent d’importantes minorités musulmanes (Allemagne [4], Royaume-Uni [5], France [6], Pays-Bas) et même aux États-Unis dans les universités où prospérait l’idéologie woke. Le slogan « Libérer la Palestine, du fleuve à la mer » y a été repris par des manifestants qui ne savaient même pas de quel fleuve il s’agissait, et qui arrachaient rageusement les portraits des otages israéliens. Même si certains Palestiniens de Gaza ont aussi osé manifester leur colère contre le Hamas, qui a délibérément provoqué leurs souffrances en les sacrifiant à sa cause sans rien prévoir pour les protéger, jamais les Israéliens, et les juifs, ne se sont sentis aussi isolés et menacés dans le monde entier depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale et les premiers succès d’Israël.
Israël, fait national ou fait colonial ?
Face à cette situation tragique, comment les enseignants d’histoire dont les élèves peuvent se sentir concernés à tort ou à raison doivent-ils se comporter ? Doivent-ils donner raison aux uns contre les autres, ou tenter d’expliquer le problème sans parti-pris manichéen ? Le fait est qu’ils se trouvent confrontés à un choix délicat entre deux interprétations opposées : Israël est-il un fait national ou un fait colonial ?
D’un côté, la thèse pro-palestinienne dénonce le sionisme comme étant un colonialisme d’un type un peu particulier, mais fondamentalement semblable à celui que la communauté internationale a clairement condamné depuis les années 1960. Ses arguments ont été exposés dès 1967 dans un article du sociologue marxiste (et d’origine juive) Maxime Rodinson (1915-2004) intitulé « Israël, fait colonial ? », dans le numéro spécial consacré au conflit israélo-arabe par la revue Les Temps modernes. Suivant celui-ci, l’intervention de l’empire britannique au Proche-Orient durant la Grande guerre (1914-1918) a été d’une importance capitale (déclaration Balfour en 1917, conquête de la Palestine et des territoires arabes de l’empire ottoman en 1918, attribution du mandat de la SDN sur la Palestine et fixation de ses objectifs en 1922) : elle a donné au mouvement sioniste les bases de son État en décuplant la population juive du pays, ce qui lui a permis de combattre victorieusement la politique britannique après qu’elle se fût retournée vers la satisfaction des revendications arabes en 1939, et de combattre également l’opposition des Arabes à la création de l’État juif.
À deux reprises, un plan de partage de la Palestine en deux États proposé par les Anglais en 1937 et par l’ONU en 1947, avait été refusé par les Arabes parce qu’il créait un État juif et lui permettait de se renforcer en organisant une immigration juive, alors que les juifs restaient minoritaires [7]. En fin de compte, c’est la guerre de 1948-1949 opposant les États arabes à Israël qui a tranché la question par la force, en permettant à l’État juif victorieux de garder les territoires qu’il avait conquis jusqu’aux lignes d’armistice.
On peut considérer que les Israéliens ont délibérément exploité l’intransigeance palestinienne pour acquérir ce que les plans de partage antérieurs ne leur avaient pas accordé [8]. Ce qui est pour les Israéliens leur guerre d’indépendance est resté pour les Palestiniens la catastrophe (Nakba), qui a provoqué l’exode de centaines de milliers de réfugiés. La responsabilité de cet exode a été longtemps controversée ; les historiens israéliens reconnaissent aujourd’hui que leur armée a poussé les civils arabes à fuir et n’a rien fait pour les retenir, même si le massacre commis à Deïr Yassin (près de Jérusalem) le 9 avril 1948 par un groupe armé extrémiste ne relevait pas de la responsabilité du futur État [9].
Ainsi, le mouvement sioniste s’est souvent prétendu « anticolonialiste », comme le font encore aujourd’hui les Américains, descendants de colons anglais révoltés contre la Couronne britannique en 1776, ce qui ne les a pas empêchés de briser par la force l’opposition des Indiens à leur expansion. Les Arabes au contraire ont longtemps défini le sionisme comme étant un « colonialisme », instrument de l’impérialisme britannique puis américain. Cette vision comporte une part de réalité, parce que l’idée d’une recolonisation de la Terre sainte par le peuple juif avait été formulée depuis le début du XIXe siècle par des auteurs protestants anglais et américains bien avant les promoteurs juifs du sionisme [10] ; mais elle la déforme aussi en réduisant abusivement un mouvement nationaliste autonome à un simple instrument de ces grandes puissances impérialistes. En réalité, le sionisme poursuivait ses propres buts, celui d’un nationalisme original, puisqu’il voulait rassembler une nationalité dispersée et lui rendre la patrie territoriale qu’elle avait depuis longtemps perdue [11].
Mais en 1939, alors que la Grande-Bretagne décidait par un livre blanc de limiter désormais l’immigration juive pour se concilier les Arabes, une grande partie de ceux-ci avaient préféré suivre le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin El-Husseini qui recherchait l’alliance allemande contre les juifs, alors que les juifs sionistes décidaient de combattre à la fois l’Allemagne nazie et le livre blanc britannique. Un livre de l’historien libanais Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah [12], fournit les preuves accablantes de l’engagement au côté des nazis des principaux leaders du courant arabo-islamiste : Rachid Rida (mort en 1935), Chekib Arslan (mort en 1946), le Premier ministre irakien Rachid Ali, qui se révolta contre l’alliance anglaise en juin 1941 et appela les Allemands à son aide, et surtout Hadj Amin al-Husseini (mort en 1974), lequel après avoir passé la plus grande partie de la guerre à Berlin (1941-1945), en ayant connu et approuvé le projet nazi d’extermination des juifs, se réfugia en Égypte et présida un éphémère gouvernement provisoire de la Palestine arabe à Gaza en 1948. Mais il démontre aussi que cette position n’était pas approuvée par les autres courants politiques arabes, ni les libéraux, ni les communistes, ni même les nationalistes arabes tels que le colonel Nasser. Il suggère ainsi que l’antijudaïsme qui s’est développé et aggravé dans les pays arabes serait plus une conséquence du conflit avec le sionisme et un héritage de l’influence des antisémites européens qu’une constante de leur histoire.
D’un autre côté, plusieurs auteurs pro-israéliens ont contesté radicalement l’idée que cet anti-judaïsme arabe serait un phénomène importé d’Europe, en soulignant que la situation des juifs dans le monde musulman, fondée sur l’inégalité des droits entre les musulmans et les non-musulmans soumis à leur protection (dhimmi), était depuis de longs siècles une situation d’infériorité légale, d’humiliation et d’insécurité [13], et qu’elle n’avait fait que s’aggraver au cours du temps, alors que la situation des minorités chrétiennes tendait au contraire à s’améliorer grâce à la protection des grandes puissances européennes [14]. Ils nous invitent à constater que, si de nombreuses résolutions de l’ONU ont échoué à rétablir la paix parce qu’elles butaient sur le principe et les modalités du retour des réfugiés arabes palestiniens dans leur pays, conséquence majeure de la défaite palestinienne et arabe de 1947-1948, une autre conséquence majeure n’a pas été prise en considération. Il s’agit du fait que, en conséquence plus ou moins directe de ce conflit, les populations juives de tous les pays arabes et musulmans ont été privées de la possibilité de continuer à vivre en paix dans ces pays. En 50 ans, de 1948 à 1998, 900 000 personnes juives ont dû en émigrer, et les deux tiers (600 000) l’ont fait vers Israël, par choix ou par nécessité. Ces nombres sont à rapprocher des 650 000 Palestiniens qui ont quitté leur pays en 1947-1949 et des 250 000 qui ont fait de même en 1967.
Le grand intellectuel anticolonialiste Albert Memmi (1920-2020), juif arabe de Tunisie et sioniste de gauche, connu depuis 1957 pour son Portrait du colonisé, précédé du Portrait du colonisateur, avait pris parti dans son livre Juifs et Arabes paru en 1974 pour un échange officiel de populations reconnaissant le fait accompli par cet échange de facto : « Les masses musulmanes ont été parmi les plus pauvres de la terre : et les nôtres ? Qui a pu visiter l’un de nos ghettos sans effroi ? Les Arabes musulmans furent colonisés : et nous donc ! Qu’avons-nous été durant des siècles, sinon dominés, humiliés, massacrés ? Et par qui, sinon par les Musulmans ? La vérité est que, pour la première fois depuis des siècles, solidairement avec les autres Juifs, nous osons parer aux coups, et cela s’appelle le sionisme ». Il proposait donc cette solution dans l’introduction de son livre (p. 14) : « Osons le dire : il s’est produit un échange de fait des populations : une partie des Palestiniens a gagné les nations arabes, une partie des Juifs de ces nations a gagné Israël. (...) Il faudra reclasser les uns, indemniser les autres, recevoir certains ou quelquefois même accentuer ce mouvement, marchander enfin ! » [15] Dans cette perspective, les juifs n’étaient plus des colonisateurs étrangers à la terre de leurs ancêtres, mais des indigènes aussi légitimes a priori que les Arabes, détenteurs avant ceux-ci d’une promesse divine de possession de la terre sainte d’Israël [16]. Même si la transformation d’une majorité en minorité ne pouvait pas se faire sans un conflit armé dans le monde tel qu’il est.
Le problème des réfugiés
Le problème du devenir des réfugiés à la suite des conflits armés s’est posé aux organisations internationales depuis leur fondation après la Première guerre mondiale, mais il a reçu des solutions différentes, que l’on peut rassembler en deux types opposés. D’une part, le recasement rapide des réfugiés dans divers pays d’accueil après une défaite irrévocable. D’autre part, l’hébergement des réfugiés pour une durée indéterminée dans l’attente d’une revanche hypothétique.
Le premier cas a été représenté dès les années 1920 par la solution rapide du problème des réfugiés grecs de Turquie par un échange obligatoire [17] avec les 385 000 Turcs de Grèce, décidé par le traité de Lausanne en 1923 et réalisé grâce à l’action du comité Nansen : la Grèce vaincue aidée par la SDN a réussi à réinstaller chez elle en sept ans (1923-1930) près de 1,6 millions de réfugiés représentant un quart de sa population totale (ou un tiers de sa population d’avant 1914) [18]. Beaucoup d’autres réfugiés, notamment des Arméniens, et des Russes blancs venus de l’URSS à la suite de la révolution et de la guerre civile de 1917 à 1921, ont pu se recaser dans divers pays avec l’aide du passeport Nansen. Après la Deuxième guerre mondiale, on doit citer surtout le recasement en Allemagne des 12 ou 13 millions de réfugiés allemands des provinces perdues à l’Est en 1945, celui des rescapés juifs de la Shoah en Israël ou ailleurs, celui des réfugiés politiques d’Europe orientale fuyant le communisme, mais aussi celui de plus d’un million de rapatriés français d’Algérie - qui furent recasés en deux ans (1962-1964) - et d’autres pays d’Afrique du Nord, et de 500 000 retornados portugais rentrés au pays après l’indépendance de l’Angola, du Mozambique et de la Guinée-Bissau en 1974-1975, sans oublier les réfugiés grecs du nord de Chypre chassés par les Turcs en 1974, les réfugiés sud-vietnamiens, laotiens ou cambodgiens accueillis par les États-Unis, la France et d’autres pays après la victoire des communistes en 1975, voire les Serbes expulsés de Croatie après la guerre civile dans l’ex-Yougoslavie en 1995.
Mais la communauté internationale, après avoir ratifié le plan de partage de la Palestine le 27 novembre 1947, a échoué à trouver une solution au problème des réfugiés palestiniens depuis trois quarts de siècle. Si elle avait ensuite entériné un échange de populations entre Israël et les États arabes, on peut penser que la suite des événements en aurait été changée [19]. Au contraire, elle n’a fait que prôner, par la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU, le 11 décembre 1948, le droit au retour [20] ou à une juste indemnisation des réfugiés palestiniens sans prendre en compte la réalité de l’échange de populations, ce qui a eu pour effet de pérenniser et d’aggraver le problème. La population arabe palestinienne était environ, en 1947, de 1,5 million d’habitants ; elle approche aujourd’hui de 5,5 millions, et de 10 millions avec les réfugiés hors des limites de la Palestine, ce qui représente une multiplication par plus de six en soixante ans. Le cas de la bande de Gaza est particulièrement frappant. Selon un expert, « entre 1950 et 2007, sa population est passée de 240 000 à près de 1,5 millions d’habitants [21] », et cela, en partie, à cause de l’action de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East) : « en vertu du droit international, l’UNRWA considère en effet tout résident de Gaza comme un réfugié. L’organisme fournit donc un logement et assure les frais de scolarité et de santé à tout nouveau-né, que celui-ci soit le premier ou le dixième enfant d’une famille. » Selon le même auteur, « si la population américaine avait suivi le même taux de croissance que celle de Gaza, les États-Unis seraient passés d’une population de 152 millions en 1950 à 945 millions en 2007, soit près du triple de son chiffre actuel, de 301 millions » [22].
Selon le site Wikipedia, l’UNRWA est « un programme de l’Organisation des Nations Unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens dans la Bande de Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie. Son but est de répondre aux besoins essentiels des réfugiés palestiniens en matière de santé, d’éducation, d’aide humanitaire et de services sociaux, ce qui fait que les réfugiés palestiniens sont les seuls réfugiés au monde à ne pas dépendre du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR). ll fut créé à la suite de la première guerre israélo-arabe de 1948 par la résolution 302 (IV) de l’Assemblée générale des Nations Unies du 8 décembre 1949. Le mandat de cet organisme, qui devait être temporaire, a été constamment renouvelé par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce mandat a été prolongé jusqu’au 30 juin 2017 » [23], et prolongé de nouveau pour trois ans le 20 novembre 2025 [24]. Contrairement aux règles adoptées par le HCR, ce statut s’applique également aux descendants des réfugiés, ce qui fait que le nombre des bénéficiaires est passé de 700 000 en 1950 à plus de 4,8 millions en 2005 et continue d’augmenter pour des raisons démographiques [25].
Le fait que l’UNRWA continue depuis plus de soixante-quinze ans d’assister une grande partie de cette population déplacée - notamment à Gaza - doit donc susciter notre réflexion critique, au lieu d’être admis comme allant de soi. En effet, son assistance durable aux réfugiés a déchargé les États arabes et le futur État palestinien de l’obligation de les recaser et leur a permis de se consacrer à préparer la revanche en attendant un nouveau Saladin - Nasser, Saddam Hussein, ou Khomeini puis Khamenei - pour reprendre Jérusalem, alors que du côté israélien la colonisation des territoires palestinien occupés est perçue de plus en plus comme une mesure nécessaire de légitime défense. Des deux côtés, l’augmentation de la population [26] (par la natalité ou par l’immigration) est considérée comme une nécessité [27], alors que sa stabilisation dans ce petit territoire est absolument nécessaire à la paix. Elle a ainsi contribué à rendre le conflit pratiquement insoluble.
Bien entendu, il n’y a rien d’étonnant dans le fait que la majorité arabe et musulmane de la Terre sainte a refusé d’abandonner son territoire à une minorité d’immigrants venus d’ailleurs en se réclamant d’une promesse divine, comme les premiers colons protestants anglais en Amérique du Nord ou hollandais en Afrique du Sud au XVIIe siècle. Il n’est pas douteux que la colonisation ou re-colonisation sioniste sur l’ancienne terre d’Israël a causé un préjudice à la population palestinienne. Il serait vain de le contester puisque les principaux leaders sionistes l’ont très franchement reconnu, en disant qu’à la place des Palestiniens ils n’auraient pas réagi autrement qu’eux. Comme l’a écrit Vladimir Zéev Jabotinsky en 1933 : « Toute nation autochtone, qu’elle soit civilisée ou primitive, considère son pays comme son “ foyer national ” où elle veut vivre et dont elle veut rester, éternellement, la propriétaire. Elle n’acceptera jamais de son plein gré, non seulement d’autres propriétaires, mais encore de partager son droit de propriété avec d’autres. Ce principe s’applique également aux Arabes. Ils sont attachés à la Palestine par le même amour instinctif et le même désir de possession que les Aztèques pour le Mexique ou les Sioux pour leurs savanes ». Et comme l’a dit David Ben Gourion le 18 juillet 1948 : « Si j’étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal : nous avons pris leur pays. Il y a eu l’antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu’une chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-ils accepter cela ? » Et pourtant, beaucoup d’autres peuples ont été contraints d’accepter un sort qu’ils n’estimaient pas plus juste pour retrouver la paix : devons-nous leur donner tort de s’y être résignés ?
Ainsi, le conflit israélo-palestinien et israélo-arabe ne peut pas s’expliquer entièrement comme un affrontement de type colonial : il relève également d’un conflit entre deux nationalismes fondés l’un et l’autre sur une identité religieuse traditionnelle, enracinée depuis de nombreux siècles. Et c’est tout particulièrement le cas de l’islam, qui a entretenu depuis la rupture de son prophète avec les juifs de Médine des stéréotypes méprisants que la confrontation avec le sionisme a trop souvent transformés en haine [28]. Ainsi, la proximité initiale des deux religions, loin d’être un facteur de compréhension réciproque et d’apaisement, est devenue au contraire un facteur majeur d’aggravation du conflit qui le rend presque insurmontable.
Né d’une guerre et consolidé par d’autres guerres victorieuses contre ses voisins en 1956, 1967 et 1973, l’État d’Israël était pourtant trop isolé dans son environnement arabe pour dédaigner l’offre de négociation et de reconnaissance que le président égyptien Anouar Es-Sadate vint lui apporter à Jérusalem le 19 novembre 1977. Le traité de paix égypto-israélien fut signé par celui-ci à Washington le 17 septembre 1978, devant le président Jimmy Carter, avec le premier ministre israélien Manahem Begin, mais le chemin de la paix avec les Palestiniens fut beaucoup plus long et difficile à parcourir.
L’échec d’une solution politique négociée
Les événements récents se situent dans le prolongement de l’évolution commencée après 1979 qui a transformé le conflit israélo-palestinien en un affrontement dont la dimension religieuse est devenue prépondérante. Alors que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dirigée par Yasser Arafat depuis 1968 se proclamait un mouvement de libération nationale et a fini par accepter de négocier avec Israël en 1991, le Hamas fondé à Gaza en 1987, ancienne section palestinienne des Frères musulmans égyptiens, a continué sans relâche la guérilla et le terrorisme au nom de Dieu contre l’État sioniste, pendant qu’au Liban le Hezbollah chiite, commandité par l’Iran depuis 1983, pratiquait le terrorisme pour chasser du pays les troupes américaines, françaises et israéliennes. Et de l’autre côté, alors que l’État d’Israël avait été fondé et longtemps dirigé par des partis laïques (le parti travailliste de David Ben Gourion et le parti nationaliste de Manahem Begin, disciple de Vladimir Jabotinsky), un sionisme religieux a pris racine dans les colonies des zones occupées d’où est parti l’assassin de Yitzhak Rabin en 1995. Les partis religieux sont devenus indispensables à la durée de tout gouvernement dans la mesure où aucun parti ou regroupement de partis laïque n’obtient de majorité parlementaire. L’utilisation du judaïsme comme justification historique de revendication de l’ancienne terre d’Israël était pourtant aussi ancienne que le sionisme, mais elle avait été longtemps plus politique que religieuse. Du côté palestinien, l’utilisation de l’argument religieux contre le sionisme par l’ancien grand mufti de Jérusalem Hadj Amin el-Husseini depuis le début du mandat de la SDN dans l’entre-deux-guerres n’était pas non plus nouvelle, mais elle avait été rendue inopportune par la collaboration de celui-ci avec Adolf Hitler de 1941 à 1945. Dans le long terme, les arguments religieux sont devenus le principal obstacle à la réalisation d’une solution pacifique négociée proposée par le président égyptien Anouar-es-Sadate et ayant abouti à la reconnaissance d’Israël par l’Égypte (1978), par la Jordanie (1984) et un bref moment par le Liban [29], et à la reconnaissance mutuelle d’Israël et de l’OLP par l’accord d’Oslo en 1993.
En effet, après l’échec de la première Intifada lancée à Gaza par le Hamas en 1988, et en 1991 du soutien de l’OLP à Saddam Hussein - qui avait lancé 38 missiles contre Israël du 27 janvier au 28 février 1991 [30] - la négociation paraissait être la seule voie ouverte. Mais la paix ne fut jamais parfaitement rétablie, puisque le mouvement islamiste Hamas refusa de reconnaître les accords et passa à un terrorisme de plus en plus meurtrier en territoire israélien. En Israël, il en résulta un terrorisme israélien d’extrême-droite, qui assassina le premier ministre Yitshak Rabin le 4 novembre 1995, mais aussi un rapide durcissement de l’opposition de droite (premier gouvernement Netanyahou, 1996-1999) et même du parti travailliste (gouvernement de Ehoud Barak, 1999-2001). Yasser Arafat fut accusé de trahison par le Hamas et plusieurs autres mouvements palestiniens, et de mauvaise foi par ses partenaires israéliens. Malgré l’intervention du président américain Bill Clinton, les conférences de Camp David II (2000) et de Taba (2001) ne purent aboutir, d’autant moins que la visite provocatrice du général Sharon sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem avait déclenché une deuxième Intifada, beaucoup plus violente que la première.
La victoire électorale du général Sharon aux élections du 6 février 2001 redonna le pouvoir à la droite et fit éclater le parti travailliste. Le général gouverna jusqu’à sa perte de conscience à la suite d’une opération chirurgicale en janvier 2006. Il fut remplacé par Ehoud Olmert (2006-2009) puis de nouveau par Benjamin Netanyahou depuis 2009. L’impasse est restée totale, malgré l’évacuation de Gaza décidée et imposée en 2005 par Ariel Sharon, et la construction d’une ligne fortifiée séparant le territoire israélien de la Cisjordanie occupée depuis 2003. Les dernières tentatives de négociation ont eu lieu entre le gouvernement israélien d’Ehoud Olmert et celui de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas de 2006 à 2010 [31]. Netanyahou a préféré renforcer la colonisation des territoires occupés en réduisant de plus en plus l’espace restant sous la gestion de l’Autorité palestinienne, tout en exploitant la rupture entre le Hamas, maître de Gaza depuis les élections de 2006, et l’OLP désavouée par ces mêmes élections. En effet, après qu’Israël eut mené plusieurs opérations de représailles contre les attaques de plus en plus redoutables du Hezbollah libanais en 2006 et du Hamas à Gaza en 2008-2009 puis en 2014, Netanyahou a cru habile de faire payer par le Qatar l’administration de Gaza au profit du Hamas pour tenir en respect ce qui restait de l’OLP. Le 7 octobre 2023 a signifié l’échec de cette politique machiavélique.
Quelles solutions restent-elles possibles ?
Depuis le choc du 7 octobre 2023, Benjamin Netanyahou - qui joue aussi la poursuite de sa carrière, menacée par des accusations de corruption - n’a plus d’autre stratégie que d’imposer par l’emploi illimité de sa force militaire la souveraineté de l’État d’Israël sur tout le territoire de l’ancienne Palestine (soit 33 000 km2, l’équivalent de la Belgique, en incluant le plateau du Golan enlevé à la Syrie depuis 1967) et d’y réduire le plus possible la présence des Arabes palestiniens jusqu’à ce que la colonisation israélienne ait pu donner une majorité incontestable à la population juive. Tel est du moins l’objectif que poursuivent les partis sionistes d’extrême-droite indispensables à la majorité parlementaire du gouvernement Netanyahou, dans un parlement élu au strict scrutin proportionnel dans une circonscription unique. Mais le président Trump y a mis son véto en octobre 2025 pour ne pas s’aliéner tous les États arabes (y compris l’Égypte et la Jordanie, qui refusent absolument ce déplacement de population). Cette solution, incompatible avec le plan de partage de 1947 qui reste la base légale de la création de l’État d’Israël, est donc exclue. Netanyahou a des plans de guerre, mais pas de plan de paix. Il attire en Israël un nombre croissant de juifs qui se sentent de plus en plus menacés à l’extérieur, mais il provoque aussi l’émigration de juifs israéliens qui redoutent que sa politique aboutisse à une catastrophe finale.
Quant au Hamas et à ses alliés proches de l’Iran, ils restent eux aussi partisans d’une Palestine unie « du fleuve à la mer », mais devant accueillir tout le peuple palestinien musulman dispersé, ce qui est incompatible avec la permanence du peuplement israélien. En effet, la coexistence pacifique de tous ceux qui considèrent ce pays comme le leur dans un État binational est pratiquement impossible, à cause du contentieux insoluble sur les biens perdus par les Palestiniens réfugiés depuis 1948. Même s’il existe encore de part et d’autre des minorités de bonne volonté aspirant sincèrement à la paix, comme en témoigne l’historien israélien Shlomo Sand [32], cette solution reste utopique.
En dehors des deux solutions unilatérales incompatibles prônées par le Hamas et par le gouvernement Netanyahou, il reste la solution du partage entre deux États, qui avait été relancée par l’initiative de paix séoudienne de 2002 (proposant la paix immédiate contre la restitution des territoires perdus en 1967), par les négociations officieuses conclues à Genève en 2003 par une partie des anciens négociateurs israéliens et palestiniens d’Oslo, et par le « Quartet » associant les grandes puissances et l’ONU. Elle a été tentée de 2006 à 2010 par le gouvernement de Ehud Olmert, qui a proposé à Mahmoud Abbas un plan de partage laissant à un État palestinien une surface équivalente à celle de la Cisjordanie occupée depuis 1967, moyennant quelques modifications de frontières au bénéfice d’Israël compensées par des cessions de territoires d’une surface équivalente [33]. Mais Abbas n’a pas souscrit à ce plan, et Netanyahou succédant à Olmert (écarté du pouvoir par ses ennuis judiciaires) ne l’a jamais sincèrement accepté. Ses derniers partisans, tels que l’historien et ancien ambassadeur d’Israël à Paris Élie Barnavi - et de nouveau Ehoud Olmert -, ne la croient possible que si elle est imposée de l’extérieur. Mais quel État accepterait d’installer ses troupes, pour une durée imprévisible, sur une frontière contestée des deux côtés ?
Il est vrai que cette solution de partage est elle-même très critiquable du côté palestinien, parce qu’elle laisserait la part du lion à Israël, et ne rendrait aux Palestiniens arabes qu’un tiers de l’ancienne Palestine, sans leur garantir à tous un droit au retour. Assurément cela ne serait pas pour eux une paix victorieuse, conforme à la Charte de l’OLP adoptée en 1964 et révisée en 1968, mais une paix de défaite. On peut néanmoins estimer qu’elle serait moins défavorable qu’elle le paraît si un lien étatique était établi entre les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza d’une part, et d’autre part la Jordanie (ex-Transjordanie) dont la majorité de la population est d’origine palestinienne, et qui est d’ailleurs le seul État arabe qui reconnaît des droits égaux aux réfugiés palestiniens et à ses premiers ressortissants autochtones. D’autre part, on ne peut concevoir de solution véritable qui n’assure pas un recasement à tous les réfugiés palestiniens en leur garantissant des droits égaux à ceux des autres citoyens de leur pays d’accueil et de tous les États arabes dans le cadre de la Ligue arabe, rendant ainsi inutile à terme la perpétuation de l’UNRWA [34]. Or la presque totalité des États arabes - sauf la Jordanie - ont refusé d’accorder leur nationalité aux réfugiés palestiniens, qui sont soit étrangers soit apatrides, et plusieurs de ces États ont procédé à des expulsions massives arbitraires [35].
Quoi qu’il en soit, une telle solution n’est réalisable qu’à une condition qui n’est pas remplie : l’existence d’une majorité incontestable dans les deux peuples pour consentir à leur coexistence pacifique. De plus, l’autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a été reconnue par un nombre croissant d’États dans le monde (158 sur les 193 États membres de l’ONU), et dernièrement par la France le 22 septembre 2025, mais elle ne bénéficie d’aucune légitimité démocratique, puisqu’aucune élection n’a eu lieu dans les territoires palestiniens depuis celles de 2006 gagnées par le Hamas.
À l’heure où les Israéliens viennent d’exhumer à Gaza le corps de leur dernier otage non rendu (28 janvier 2026), le président Donald Trump a déjà annoncé la deuxième étape de son plan de paix qui serait patronnée par un conseil présidé et nommé par lui-même, et dont l’ambition paraît dépasser largement le problème de Gaza pour concurrencer le rôle de l’ONU. Mais tout cela reste très incertain aussi longtemps que le désarmement du Hamas ne sera pas réalisé. De plus, depuis le 28 février dernier, les armes ont de nouveau la parole.
Remarques comparatives
À défaut de pouvoir proposer une solution crédible, il est possible de relativiser notre perception du problème à résoudre en évoquant d’autres problèmes contemporains analogues.
L’Algérie, « montreur de conduite du Tiers-Monde » [36] ?
L’Algérie, depuis 1962, a toujours apporté aux Palestiniens son soutien inconditionnel et les a encouragés à continuer leur lutte contre Israël jusqu’à la victoire, en suivant l’exemple de sa longue guerre d’indépendance contre la France colonisatrice. L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a voulu suivre cet exemple, mais elle n’a abouti à rien, parce que le contexte était trop différent et le rapport des forces démographiques et technologiques entre les deux populations trop défavorable.
Elle a rapidement échoué à mener une véritable guérilla contre Israël sur le territoire palestinien occupé, et elle s’est aliéné les soutiens de la Jordanie et du Liban - alors que le FLN avait su conserver jusqu’à la fin ses bases extérieures en Tunisie et au Maroc - en portant atteinte à leur souveraineté sur les camps de réfugiés palestiniens, ce qui a provoqué la reconquête de ces camps par l’armée du roi Hussein en Jordanie (« septembre noir » en 1970), puis le début de la guerre civile au Liban en 1975.
Malgré ses succès diplomatiques auprès de la Ligue arabe [37] et de l’ONU [38], l’OLP privée du soutien de l’Égypte par le traité égypto-israélien de 1979 a vu s’éloigner la perspective d’une victoire décisive. Assiégé à Beyrouth par l’armée israélienne en 1983-1984, Yasser Arafat dut se réfugier à Tunis, très loin de la Palestine. Malgré la proclamation en 1988 de l’État de Palestine fondé sur les résolutions de l’ONU, et le déclenchement de la « révolte des pierres » contre l’armée israélienne (première intifada), l’OLP était acculée à un choix décisif entre la poursuite de la lutte armée contre Israël pour une durée imprévisible (prônée par le Hamas depuis sa fondation en 1988, mais sans perspective de victoire décisive à moins d’une intervention d’un État allié comme l’Irak de Saddam Husssein en 1991 ou l’Iran de Khomeini puis de Khamenei), et la reconnaissance d’Israël par l’accord secret d’Oslo le 1er septembre 1993. On sait à quoi ce revirement a abouti depuis lors.
Le FLN algérien n’avait pas été capable de vaincre militairement l’armée française, mais il a su convaincre le général de Gaulle et la majorité des Français métropolitains que la séparation des deux peuples était souhaitable pour mettre fin à la guerre. Ceux des Français qui refusaient cette solution étaient minoritaires, sauf parmi les Français d’Algérie, mais l’OAS qui exprimait leur refus était beaucoup trop faible pour vaincre à la fois la France et le FLN. Au contraire l’OLP n’a jamais pu établir un rapport de forces suffisant pour pouvoir vaincre l’État d’Israël sans recourir à l’appui d’une puissance extérieure qui est depuis près d’un demi-siècle la République islamique d’Iran, mais Israël bénéficie depuis la fin des années 1950 de la protection de la première puissance mondiale, les États-Unis d’Amérique.
Ajoutons enfin que le FLN avait très vite renoncé à l’idée de considérer les Français d’Algérie comme des Algériens à part entière en recourant au terrorisme contre la minorité française - même si sa propagande a continué à les revendiquer comme des Algériens, et même si en 1962 les accords d’Évian garantissaient en principe leur droit de rester dans leur pays - et que la grande majorité des juifs d’Algérie a refusé de renier leur nationalité française pour devenir algériens. L’identité algérienne s’est définie dès 1962 comme arabo-musulmane, et la pleine citoyenneté algérienne implique l’appartenance à l’islam par origine ou par conversion. Les Français d’Algérie ont fui leur pays en masse - à quelques exceptions près - chassés soit par l’insécurité ambiante en 1962, soit par l’absence de perspective d’avenir dans un État fondé sur le programme de Tripoli qui définissait les accords d’Évian comme une « plateforme néo-colonialiste » vouée à la destruction la plus rapide possible et prônait un socialisme étatiste. Ils sont fondés à se considérer comme les victimes d’une épuration ethnique inavouée, voulue par les dirigeants algériens [39].
La Turquie, un autre modèle inapproprié
La Turquie, après s’être longtemps désolidarisée des États arabes en reconnaissant Israël dès 1949-1950, a fini par apporter son plein soutien à la population de Gaza après la dernière offensive du Hamas. Son dirigeant Recep Tayyip Erdogan, après de premières ruptures avec Israël en 2009-2010 et en 2014 causées par les précédents affrontements entre cet État et le Hamas à Gaza, avait rétabli des relations normales. Sa première réaction après le 7 octobre 2023 avait été d’inviter les deux parties au dialogue comme elle le faisait dans le conflit russo-ukrainien, mais la violence de la réaction israélienne lui a fait changer sa position.
Dès le 17 octobre 2023, après la frappe israélienne supposée sur l’hôpital Al Ahli [40], Erdogan a décrété un deuil de trois jours et qualifié ce drame de « crime contre l’humanité, équivalent presqu’à un génocide ». Puis il a reconnu le Hamas comme « organisation de libération nationale luttant pour la liberté du peuple palestinien », et déclaré le 24 octobre 2023 que « le Hamas n’est pas une organisation terroriste, c’est un groupe de moudjahidine qui défendent leurs terres ». Et le 28 octobre 2023, il a qualifié l’attitude des Occidentaux de « double standard et de complicité dans les crimes commis par Israël contre des civils palestiniens », en allant jusqu’à les soupçonner de vouloir provoquer une nouvelle croisade : « Ô l’Occident, je m’adresse à vous : voulez-vous relancer une nouvelle croisade du Croissant contre la Croix ? Le principal responsable du massacre à Gaza, c’est l’Occident ! Chacun sait que dans la région, Israël n’est qu’un pion qu’ils pourront sacrifier le moment venu. Parce qu’Israël ne peut rien faire sans eux. S’il essaye, il ne tiendra pas trois jours, il s’effondrera ! ».
En réalité Erdogan, nationaliste turc et musulman fervent, s’interdit d’expliquer les Croisades comme une réponse différée de l’Occident chrétien aux conquêtes musulmanes des VIIe et VIIIe siècles de notre ère, de même qu’il a glorifié la conquête ottomane de Constantinople (1453) en rendant l’ancienne cathédrale Sainte-Sophie, transformée en musée par Ataturk, au culte musulman en juillet 2020 [41]. Depuis ses débuts politiques, il n’a jamais reconnu la réalité du génocide perpétré en 1915 par l’Empire ottoman contre ses sujets arméniens et d’autres communautés chrétiennes (Assyriens et Chaldéens) [42], pas plus qu’il n’a regretté l’expulsion de presque toute la population grecque de Turquie par le traité de Lausanne de 1923, ni le pogrom planifié par le Premier ministre Mendérès contre les Grecs d’Istanbul les 6 et 7 septembre 1955, qui accéléra le départ de la dernière minorité grecque de Turquie, ni le débarquement turc de 1975 à Chypre suivi par la conquête de 45 % de sa superficie, la fuite de toute sa population grecque (80% de la population totale) vers le sud et son remplacement par une colonisation turque de la zone occupée. Ces faits ne relevaient pas de sa responsabilité personnelle, mais il n’a rien fait depuis qu’il est au pouvoir (2003) pour mettre fin à la division de l’île par une ligne de démarcation militaire qui coupe en deux sa capitale Nicosie et laisse l’ancienne capitale Famagouste tomber en ruines dans le no man’s land. De même, il a aidé son allié Aliyev, président de l’État d’Azerbaïdjan, à reconquérir en septembre 2023 le Haut-Karabagh peuplé de 120 000 Arméniens [43], alors que l’Arménie n’avait jamais tenté de récupérer l’enclave azérie du Nakhitchevan : pourquoi n’a-t-il pas proposé une solution pacifique équilibrée garantissant le maintien de ces deux enclaves nationales, au lieu de laisser son allié poursuivre le nettoyage ethnique de territoires autrefois arméniens [44] ? Non, Erdogan est très mal placé pour donner des leçons de morale internationale [45].
On peut estimer que la politique de purification ethnique poursuivie depuis plus d’un siècle par les dirigeants de l’empire ottoman puis de la République turque a abouti à transformer un empire multi-ethnique dans lequel subsistaient d’importantes minorités chrétiennes comme les Arméniens et les Grecs, en un État ethniquement homogène dans lesquels les musulmans (Turcs ou Kurdes) représentent plus de 99 % de la population totale. N’est-ce pas un exemple à suivre pour les sionistes les plus extrémistes ?
Le partage de l’empire des Indes
Enfin, n’oublions pas l’un des plus grands transferts de populations de l’après Deuxième guerre mondiale, celui qui a suivi en 1947 l’indépendance de l’Union indienne (État multi-confessionnel) et du Pakistan (État musulman). À première vue, on ne voit guère de point commun entre le partage de la petite Palestine et celui du très vaste empire britannique des Indes, si ce n’est la volonté du gouvernement travailliste de Clement Attlee de se débarrasser simultanément de deux problèmes aussi insolubles l’un que l’autre.
Le plan de partage, exigé par la Ligue musulmane de Mohammed Ali Jinnah et accepté à contrecœur par le Parti du Congrès indien, fut annoncé le 18 juillet 1947 par le dernier vice-roi britannique de l’Empire des Indes, Lord Louis Mountbatten, et l’indépendance des deux nouveaux États fut proclamée le 14 août pour le Pakistan et le 15 août pour l’Union indienne. Ce plan coupait en deux parties deux des provinces les plus peuplées, le Pendjab d’une part et le Bengale d’autre part, afin de séparer les populations musulmanes et non-musulmanes. Le transfert des minorités religieuses de l’un vers l’autre des nouveaux États n’avait rien d’obligatoire, mais dès les indépendances se déclenchèrent des émeutes, des massacres et des mouvements de fuite spontanées de populations entières allant chercher refuge dans l’autre État où elles ne seraient pas en minorité, tout particulièrement au Pendjab [46]. On estime qu’il y a eu près de sept millions de réfugiés dans les deux sens, soit près de 14 millions en tout, et les évaluations du nombre des morts citées varient entre 200 000 et 2 millions. Un recensement général des réfugiés et de leurs biens effectué suivant une décision du gouvernement indien datée du 16 août 1948 aurait conclu en 1951 que 7 479 278 non-musulmans auraient quitté le Pakistan pour l’Inde. Quant aux plans des opérations de transfert et de recasement des réfugiés prévu par les deux gouvernements, les bilans diffèrent : ils seraient restés lettre morte selon Économie et statistiques [47] ; mais ils auraient été en majeure partie réalisés suivant les rapports et enquêtes de l’International Labour Organization [48].
Mais ce n’était que le premier acte du drame. Le deuxième commença quand le rajah hindouiste du Cachemire, dont les trois quarts des sujets étaient musulmans, choisit de se rallier à l’Union indienne, ce qui provoqua aussitôt l’intervention des deux armées le 21 octobre 1947. L’ONU imposa le 31 décembre 1948 un cessez-le-feu, qui laissa un tiers du territoire au Pakistan tandis que le reste formait un État de l’Union indienne. Cette ligne de cessez-le-feu est restée de facto la frontière militarisée des deux États, comportant un seul point de passage. Mais ce cessez-le-feu a été rompu à plusieurs reprises, en 1965, et surtout en 1971, par une véritable guerre par laquelle l’Inde a imposé au Pakistan l’indépendance de sa partie orientale révoltée qui devint le Bangladesh. Pour assurer la sécurité de leurs frontières, les deux États se sont dotés de l’arme atomique à partir de 1988, ce qui n’a pas empêché de nouvelles escarmouches en 1999, des tensions sur la frontière en 2001-2002 et en 2019, ainsi que des opérations de terroristes islamistes basés en territoire pakistanais contre des objectifs indiens : attentats au Parlement indien en 2001, à Bombay en 2008 (175 morts), au Cachemire contre des touristes en avril 2025 (28 morts), suivi d’une escalade militaire de l’Inde contre le Pakistan, sans grand effet, du 24 avril au 10 mai 2025.
Cette séparation violente suivie d’une coexistence hostile s’explique non par le machiavélisme des dirigeants britanniques, mais par le refus des descendants des conquérants musulmans (arrivés à partir du XIe siècle) de rester minoritaires dans un État non-musulman dirigé par des descendants de leurs anciens sujets. De son côté, le gouvernement indien dirigé par Nehru ne se réclamait pas de la religion hindouiste, mais d’une sorte de laïcité qui laisserait sa juste place à toutes les religions sans exclure l’islam [49]. Les millions de musulmans qui le voulaient ont pu rester en Inde en tant que citoyens à part entière.
Quant à la Birmanie, État dont la population (en grande majorité bouddhiste) a été détachée de l’empire des Indes en 1937 puis a accédé à l’indépendance en 1948, elle a refusé d’accorder sa nationalité aux Rohingyas musulmans, importante minorité venue du Bengale en partie avant [50] mais aussi après la conquête britannique (1824, 1852 et 1886), et les a plusieurs fois refoulés vers le Bangladesh musulman par des massacres, en 1978, 1992, 2012, dont le plus important, déclenché en riposte à une tentative de guérilla islamiste, a eu lieu en 2016. Mais le Bangladesh, déjà surpeuplé, a parqué tous ces réfugiés dans un gigantesque campement en arrière de sa frontière (près de Cox’s Bazar) qui abrite aujourd’hui un million de personnes, sans leur accorder sa nationalité [51]. La Birmanie aurait néanmoins pu éviter ce conflit interne si elle n’avait pas réservé celle-ci aux seules populations qui étaient déjà présentes dans ses frontières avant 1824 [52].
Au contraire, en Afrique noire, les différences de religions n’ont joué aucune rôle dans les exodes massifs de populations coloniales qui ont accompagné la décolonisation des colonies portugaises (Angola, Mozambique et Guinée-Bissau) en 1975 et celle de la Rhodésie du sud dirigée par les colons blancs en 1980. Mais en Afrique du sud le dirigeant de l’African National Congress, Nelson Mandela, libéré en 1990, qui a mis fin au régime de l’Apartheid, a su imposer le maintien de la minorité blanche autrefois dominante dans la nouvelle « nation arc-en-ciel », contre les extrémistes qui continuent à assassiner des colons blancs dans leurs fermes.
Il apparaît ainsi que le conflit israélo-palestinien, non résolu depuis trois quarts de siècle, est loin d’être le seul dans sa catégorie. Dresser ce constat, ce n’est pas indiquer une solution, mais cela peut nous aider à nous prémunir contre la tentation de choisir hâtivement un camp contre l’autre.
En guise de conclusion provisoire
Le rebondissement de la guerre d’Israël contre l’Iran avec la participation des États-Unis à partir du 28 février 2026 a rebattu toutes les cartes. Près de deux mois après l’écrasement des manifestations de dizaines de milliers d’opposants iraniens par les forces du régime islamiste établi depuis 47 ans, l’attaque-surprise israélo-américaine du 28 février 2028 a écrasé d’un seul coup l’ayatollah Khamenei et des dizaines de hauts responsables réunis dans le palais du gouvernement, puis quelques jours plus tard une deuxième direction constituée autour d’Ali Larijani, et enfin l’amiral commandant la flotte iranienne dans le Golfe persique. Durant plus d’un mois, les bombardements israéliens et américains visant des objectifs politiques, militaires, et économiques n’ont pas cessé. Le bilan des pertes humaines, militaires et civiles, est jusqu’à présent très mal connu. Mais le pouvoir iranien décapité continue à envoyer ses fusées et ses drones contre Israël ainsi que contre les bases américaines et contre les villes et les objectifs économiques de leurs alliés en Arabie séoudite et dans les États du Golfe, pendant que les alliés de l’Iran entrent en lice en Irak et surtout au Liban, provoquant ainsi une reprise de la guerre dévastatrice d’Israël contre le Hezbollah, et enfin l’intervention différée des Houthis du Yémen. Pendant ce temps, l’économie mondiale est entravée par le blocus du détroit d’Ormuz pratiqué sélectivement par l’Iran, et que les États-Unis ne savent pas comment rompre. L’intervention des forces spéciales américaines qui a réussi à récupérer deux aviateurs abattus sur le sol iranien a prouvé que les États-Unis n’avaient pas encore engagé toutes leurs forces, mais on ignore encore si Donald Trump va mettre à exécution ses pires menaces (« ramener l’Iran à l’âge de pierre »...) ou si une négociation va pouvoir s’engager. Nul ne sait aujourd’hui à quelles conditions la guerre pourra prendre fin. L’avenir du monde, également menacé par la poursuite de l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine - sans oublier les menaces de la Chine contre l’indépendance de Taïwan - n’a jamais été aussi imprévisible.
Guy Pervillé, professeur émérite d’histoire contemporaine. Version revue, corrigée et complétée le 13 avril 2026.
[1] Voir » Gaza : l’Afrique du Sud accuse Israël de « comportement génocidaire » devant la Cour internationale de Justice » https://news.un.org/fr/story/2024/01/1142247 .
[2] “Rwanda 1994 : un défi pour l’histoire immédiate ?” (2011), publié par les Cahiers d’histoire immédiate, n° 38, décembre 2015, et sur mon site : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=376.
[3] Sans oublier la restitution des corps des otages décédés.
[4] Selon Henry Kissinger (12-10-2023) : « C’était une grave erreur de laisser entrer autant de gens de culture, de religion et de concepts totalement différents, car cela crée un groupe de pression à l’intérieur de chaque pays qui a fait la même chose ». https://www.lefigaro.fr/international/manifestations-pro-palestine-en-allemagne-l-immigration-de-masse-a-ete-une-grave-erreur-selon-kissinger-20231012 .
[5] Des politiques comme les ministres conservateurs David Cameron et Suella Braverman dénoncent l’échec du modèle multiculturel britannique (https://atlantico.fr/article/decryptage/suella-braverman-la-ministre-de-l-interieur-britannique-qui-sonnait-l-echecmassif-du-multiculturalisme-royaume-uni-londres-immigration-bilan-cohesion-sociale-integration-modele-anglo-saxon-refugies-migrants-nations-unies-gabriel-robin ).
[6] Après un sondage de l’IFOP sur l’opinion des Français musulmans envers le conflit à Gaza, réalisé auprès de 1002 personnes, et publié le 15 décembre 2023, Le Figaro retient qu’ « une minorité, mais pas moins significative, de 19 % des Français musulmans déclare, se sentir “solidaires” à l’égard du Hamas ». Mais « 25 % des Français musulmans interrogés condamnent l’action menée par le Hamas depuis l’attaque terroriste orchestrée le 7 octobre dernier en Israël », et une franche majorité (56 %) a exprimé son indifférence à l’égard du Hamas, déclarant n’éprouver « ni sympathie ni antipathie ». Au contraire, 59 % des Français musulmans expriment leur sympathie pour le pouvoir qui gère la Cisjordanie. Enfin, concernant « les actes du Hamas commis le 7 octobre en territoire israélien », 45 % du panel de Français musulmans ont effectivement préféré les caractériser d’« actions de résistance contre la colonisation ». Mais en face, 26 % des sondés ont répondu qu’ils les qualifieraient plutôt de « crimes de guerre », et 29 % ont déclaré y voir « des actes terroristes », soit 55 % au total. Ce qui fait écrire à l’IFOP dans son analyse que « la majorité des musulmans français jugent négativement les actions du Hamas commises le 7 octobre en territoire israélien (55 %) ».
[7] Le plan de partage de 1947 prévoyait la création de deux États égaux en superficie, Jérusalem restant une zone internationale où vivaient 100 000 juifs et 105 000 arabes. La population arabe était très largement majoritaire dans l’État arabe (725 000 Arabes et 10 000 juifs) mais la population juive l’était beaucoup moins dans l’État juif (498 000 juifs et 407 000 Arabes).
[8] Comme le soutient Monique Chemillier Gendreau dans son livre Rendre impossible un État palestinien : L’objectif d’Israël depuis sa création, Textuel, 2025.
[9] La question a été réexaminée par les “nouveaux historiens” israéliens après l’ouverture des archives. Voir Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Bruxelles, Éditions Complexe, 2003, 853 p., et Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Paris, Fayard, 2008.
[10] Voir Jean-Pierre Filiu, « Les protestants et le ‘Grand Israël’ », L’Histoire, n° 520, juin 2024, pp 45-47.
[11] Voir sur mon site : « Le conflit israélo-palestinien et israélo-arabe » (2009) publié dans Historiens et géographes n° 406, mai 2009, pp 129-140 et n° 407, juillet-août 2009, pp 251-260 (http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=241 ).
[12] Paris, Éditions Sindbad, 2009.
[13] Même si l’Empire turc ottoman avait accepté d’accueillir sur son territoire les juifs chassés d’Espagne en 1492.
[14] Michel Abitbol, Le passé d’une discorde, juifs et arabes du VIIe siècle à nos jours, Paris, Perrin, 1999 et 2003 (tableau p. 429 et carte p. 519) ; Shmuel Trigano, La fin du judaïsme en terre d’islam , Paris, Denoël, 2009. (complété par un résumé électronique intitulé : « Fin du judaïsme en terre d’islam : une modélisation ») ; et surtout l’ouvrage fondamental de Georges Bensoussan, Juifs en pays arabe, le grand déracinement, 1850-1975 (Paris, Tallandier, 2012, 966 p). Un auteur juif antisioniste, Nathan Weinstock, auteur de Le sionisme contre Israël (Maspero 1969), s’est ensuite éloigné de l’antisionisme, parce qu’il a constaté que celui-ci se confondait trop souvent avec l’antisémitisme. Il a publié en 2012 Renaissance d’une nation, les juifs de Palestine, de l’Antiquité à l’apparition du mouvement sioniste, et Terre promise, terre trop promise. Genèse du conflit israélo-palestinien (1882-1948, Paris, Odile Jacob, 2011, 509 p.
[15] Paris, Gallimard, 1974.
[16] Un pré-sionisme purement religieux, sans dimension politique, avait été prêché dans les communautés juives de l’empire ottoman par le « messie » Sabbataï Tsevi (1626-1676) avant son arrestation à Istanbul en 1666 et sa conversion forcée à l’islam. Un siècle plus tard, le prédicateur juif polonais Jacob Frank (1726-1791) revendiqua sa succession.
[17] Pratique qui s’est développée durant tout le XIXe siècle et au début du XXe principalement au détriment des Turcs musulmans des Balkans avant de s’effectuer à leur avantage en 1923. Voir l’article de Mehmet Hacısalihoğlu, “Negotiations and Agreements for Population Transfers in the Balkans from the Beginning of the19th Century until the Balkan Wars of 1912-1913”, Journal of Balkan and Black Sea Studies, Year I, Issue 1, Fall 2018, pp. 31-75 ( https://dergipark.org.tr/tr/download/article-file/612695 ).
[18] Sur le reclassement des réfugiés grecs de Turquie, voir notamment le livre de Dimitri Pentzopoulos, The Balkan exchange of minorities and its impact upon Greece, Paris et La Haye, Mouton, 1962, et l’ouvrage plus récent de Françoise Rollan, Quand la violence déplace : mémoires et migrations forcées depuis et vers la Turquie publié à la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine en 2013.
[19] Selon Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris, Fayard, 2012, (pp 87-88 et 98-99) durant les négociations de paix israélo-arabes de Lausanne, en 1949, Israël avait proposé d’annexer Gaza pour en recaser les réfugiés moyennant une aide financière internationale. En 1954, quand l’Égypte a envisagé d’installer une partie des réfugiés palestiniens dans la région d’El Arish, de violentes manifestations à Gaza l’ont obligé à y renoncer. En octobre 1954, le colonel Nasser envisageait de céder Gaza à la Jordanie dans le cadre du plan de partage de 1947.
[20] Auquel a répondu la loi israélienne du retour, votée le 5 juillet 1950, qui a ouvert le pays à tous les juifs désireux de s’y installer.
[21] Et 2,1 millions en 2023.
[22] « Gaza, les raisons de la violence », par Gunnar Heinsohn, directeur du Raphael Lemkin Institut de l’Université de Brême, Le Monde, 20 juin 2007, p. 20.
[23] Article UNRWA de Wikipedia, consulté le 23 juillet 2014.
[24] Voir la présentation détaillée de UNRWA, consultée le 13 avril 2026 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Office_de_secours_et_de_travaux_des_Nations_unies_pour_les_r%C3%A9fugi%C3%A9s_de_Palestine_dans_le_Proche-Orient
[25] Situation en 2017 : 5.869.733 réfugiés enregistrés dans 58 camps, dont 2.286.643 en Jordanie (10 camps), 1.435.616 dans la bande de Gaza (8 camps), 997.173 en Cisjordanie (19 camps), 618.128 en Syrie (9 camps), 532.173 au Liban (12 camps). https://fr.wikipedia.org/wiki/Office_de_secours_et_de_travaux_des_Nations_unies_pour_les_r%C3%A9fugi%C3%A9s_de_Palestine_dans_le_Proche-Orient.
[26] En octobre 2012, un article du grand quotidien israélien Haaretz a confirmé d’après des sources israéliennes que les juifs étaient désormais minoritaires sur le territoire de l’ancienne Palestine (5,9 millions de juifs contre 6,1 million de non-juifs). Mais un peu plus tard, le 1er janvier 2013, le nombre de juifs aurait franchi le cap des six millions, alors que celui des non-juifs ne dépasserait pas 5,8 millions. En 2025, il y aurait dans les frontières d’Israël environ 79 % de juifs sur 10 millions d’habitants, mais en 2022, il y aurait 14,3 millions de Palestiniens dans le monde : 5,4 millions dans les territoires palestiniens (dont 3,2 M en Cisjordanie, 2,2 M à Gaza), 1,7 M en Israël, 6,4 M dans les pays arabes (une grande proportion de réfugiés), et 761 000 dans d’autres pays étrangers (source : Présentation générale des territoires palestiniens sur le site du ministère de l’économie et des finances, https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/PS/presentation-generale ).
[27] Le Premier ministre israélien David Ben Gourion créa un prix à son nom pour récompenser les familles de plus de 10 enfants, et Yasser Arafat demanda aux épouses palestiniennes d’enfanter 12 fois, “2 pour elles, 2 pour la famille et 8 pour la Palestine”, selon l’article de Pablo Lechapelier, “La démographie, l’arme dont on ne parle pas dans le conflit israélo-palestinien”, Comité d’Etudes Stratégiques des Relations internationales, 2 mai 2022 (https://www.cesri.org/post/la-d%C3%A9mographie-l-arme-dont-on-ne-parle-pas-dans-le-conflit-isra%C3%A9lo-palestinien ) et 8 janvier 2024 sur https://www.crosstimes.fr/ ?p=780 ).
[28] Selon un hadith souvent cité, Mahomet aurait prophétisé que le Jour du Jugement ne viendrait pas tant que les musulmans et les juifs ne se battraient pas. Les musulmans tueraient les juifs avec un tel succès que ceux-ci se cacheraient alors derrière des pierres ou à la fois des arbres et des pierres, selon diverses recensions, qui crieraient alors à un musulman qu’un juif se cache derrière eux et leur demanderaient de le tuer. L’écrivain et journaliste syrien Omar Youssef Souleimane en a témoigné récemment (Le Figaro-Magazine, 22 novembre 2024, p 47) : « Dans cette Syrie où je suis né et ai grandi dans les années 1990, nous récitions à la mosquée une page du Coran par jour. L’imam répétait ce hadith qui prétend que Mahomet aurait dit : « Chaque fois qu’un juif se trouve seul avec un musulman il a l’intention de le tuer ». L’idée d’un complot international créé par les juifs est très répandue dans le monde arabe : les juifs dirigeraient les grandes banques et les chaînes de télévision, ils auraient créé Israël pour affaiblir l’islam. Partout au Moyen-Orient, Israël est appelé le ‘Grand Satan’, ‘l’entité colonialiste’, ‘l’ennemi sioniste’. ‘Mort à Israël’ est le slogan le plus répété à la télévision et à la radio ». Et en Arabie saoudite, dans les années 2000, « les professeurs (du collège) nous appelaient à faire des dons, ‘un dollar pour tuer un juif’ ».
[29] L’accord libano-israélien du 17 mai 1983, imposé par les États-Unis, a été rapidement désavoué.
[30] Ces bombardements ont causé 2 morts civils et plus de 230 blessés, mais aussi détruit « 1 302 maisons, 6 142 appartements, 23 bâtiments publics, 200 magasins et 50 voitures ». Voir sur mon site : « Guerre du Golfe : les leçons de l’histoire ? » (1991) (http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=521).
[31] Elles ont été reprises en août 2013 par Benjamin Netanyahou sous la pression américaine et sans volonté d’aboutir.
[32] Voir mon compte rendu du livre de Shlomo Sand Comment le peuple juif fut inventé (2010) (http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=378), et son dernier livre Deux peuples pour un État, Relire l’histoire du sionisme, Paris, Editions du Seuil, janvier 2024, 256 p (et son interview : « Je ne suis pas ‘pour’ un État binational, mais on n’a pas d’autre solution », Télérama, 5 janvier 2024, https://www.telerama.fr/livre/shlomo-sand-historien-israelien-je-ne-suis-pas-pour-un-etat-binational-mais-on-n-a-pas-d-autre-solution-7018751.php).
[33] Voir la carte de l’accord officieux de Genève dans Le Monde, 4 novembre 2003, pp. 14-15, et les propositions palestinienne et israéliennes de 2008 dans Le Figaro du 27 janvier 2011, p. 7, citées dans mon exposé inédit du 19 septembre 2012 sur le conflit israélo-palestinien publié sur mon site : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=516.
[34] Dont la fin était prévue dans l’accord officieux de 2003. Le siège de l’UNRWA à Jérusalem-est, accusé par le gouvernement Netanyahou de complicité avec le Hamas, vient d’être rasé le 20 janvier 2026.
[35] Voir l’article de Sylviane de Wangen, « Les réfugiés palestiniens depuis 1991 : entre marginalisation et vicissitudes », Confluences Méditerranée 2017/1, n° 100, pp 189-200 ( https://shs.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2017-1-page-189 ?lang=fr ).
[36] Formule empruntée au livre de Nicole Grimaud, La politique extérieure de l’Algérie, Paris, Karthala, 1984.
[37] Reconnaissance par les États arabes comme « seul et légitime représentant du peuple palestinien » en 1974.
[38] Définition du sionisme par l’ONU comme une « forme de racisme et de discrimination raciale » le 10 novembre 1975.
[39] Cela fut reconnu par les chefs des deux tendances qui s’opposèrent durant la crise de l’été 1962. D’un côté le vainqueur, Ben Bella, a dit : "Je ne pouvais concevoir une Algérie avec 1 500 000 (sic) pieds-noirs". De l’autre, l’ancien président du GPRA, Ben Khedda, s’est félicité que "la Révolution (ait) réussi à déloger du territoire national un million d’Européens, seigneurs du pays". L’historien Mohammed Harbi a confirmé que les deux factions rivales de l’été 1962 "voulaient l’élimination totale des Européens". Voir ma démonstration dans ma réponse au livre de Pierre Daum, Ni valise ni cercueil, les pieds noirs restés en Algérie après l’indépendance, (2012), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=280 .
[40] Événement qui semble bien avoir été une explosion accidentelle d’une fusée palestinienne attribuée faussement à Israël.
[41] Voir l’article de Marie Jégo, « Turquie : Ali Erbas, au centre de la chorégraphie politico-religieuse qui se joue à Sainte-Sophie », Le Monde, 1er août 2000 : « Quand le chef religieux turc, Ali Erbas, conduit la prière à Sainte-Sophie, il monte au minbar (estrade) en tenant un sabre à la main. Pas n’importe quel sabre, un yatagan ouvragé dont la lame est gravée d’un verset du Coran. (...) .« Pendant 481 ans, les sermons du vendredi ont toujours été prononcés le sabre à la main. Si Allah le veut, nous renouons avec cette tradition, le symbole de la conquête », a-t-il justifié ».
[42] Voir l’article de Guillaume Périer, « Rwanda : au mémorial de Kigali, le génocide des Arméniens n’existe plus. Sous la pression de la Turquie, le Rwanda a supprimélaréférenceaumassacredesArméniensde1915duprincipal musée consacré au génocide des Tutsis », Le Point, 14-1-2024, https://www.lepoint.fr/monde/genocide-des-tutsis-au-rwanda-au-memorial-de-gisozi-a-kigali-le-genocide-des-armeniens-n-existe-plus-14-01-2024-2549711_24.php .
[43] Ce qui ne l’a pas empêché d’acquérir des missiles israéliens pour inquiéter l’Iran.
[44] Rappelons que la présence de la population arménienne est attestée dans la région depuis plus de 2 500 ans, soit 1 500 ans de plus que celle de la population turque arrivée au XIe siècle.
[45] Dès 2008, j’avais signalé à mon collègue Jean-François Soulet l’erreur de méthode fondamentale qui obérait le livre de Michel Rocard, Oui à la Turquie (Hachette, 2008, Fayard, 2009 et 2013) soutenant la demande d’adhésion turque à l’Union européenne, dans lequel l’ancien Premier ministre écrivait que le concile de Nicée (en 325 de l’ère chrétienne) avait eu lieu « en Turquie » et que les offensives des Ottomans contre Vienne en 1529 et 1683 traduisaient un « tropisme occidental ».
[46] Le mouvement d’échange entre les deux parties du Bengale aurait été moindre qu’à l’ouest entre le Pakistan et l’Inde (plus de 1 200 000 personnes du Bengale oriental (alors pakistanais) vers le Bengale occidental).
[47] Conclusion de l’article “Le mouvement migratoire indo-pakistanais”, Économie et statistiques, année 1951, 6-6, pp 13-23, sur le site Persée (https://www.persee.fr/doc/estat_1149-3755_1951_num_6_6_9500 ).
[48] Rapports et enquêtes de l’International Labor Organization, Vol LVIII, n° 2, août 1948, pp 198-210, Vol XVI, n° 4, avril 1950, pp 448-467, sur l’Inde, et en 1952 sur “Le ré-établissement des personnes déplacées au Pakistan”, pp 400-406. Voir sur le site de la Revue internationale de la Croix-Rouge, https://international-review.icrc.org/fr/articles/le-re-etablissement-des-personnes-deplacees-au-pakistan .
[49] Ce qui n’est plus aujourd’hui la volonté du gouvernement de Narendra Modi (au pouvoir depuis 2014), qui fonde l’identité de la nation indienne sur sa religion traditionnelle.
[50] Le nom de cette population a été signalé par un linguiste britannique dès 1799. La thèse officielle birmane qui la prétend immigrée après la conquête anglaise est donc fausse.
[51] Voir le dossier très bien documenté de Julien Licourt, « Le parcours chaotique des Rohyngias à travers l’histoire », Le Figaro, 19 septembre 2017.
[52] Situation qui est également celle de minorités chinoises, indiennes, népalaises... dont les ancêtres n’étaient pas présents en Birmanie avant 1824, soit près d’un million de personnes.