Nouvelle lettre au président Macron (2021)

vendredi 19 février 2021.
 
J’ai écrit et complété cette nouvelle lettre au président Macron durant plusieurs mois, entre juillet 2020 et janvier 2021, et je la lui ai envoyée le 19 janvier 2021 pour compléter le rapport sur les relations mémorielles franco-algériennes que Benjamin Stora lui a remis le lendemain 20 janvier.

Guy Pervillé

Bordeaux, le 19 janvier 2021

Objet :

Une histoire commune franco-algérienne ? Avec trois pièces justificatives :

- Analyse de l’initiative du président Tebboune

- Réponse à M. Abdelmadjid Chikhi

- Quelle politique mémorielle pour le passé algérien de la France ?

À Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République française

Monsieur le Président,

Permettez-moi de m’adresser à vous, en tant qu’historien spécialisé dans l’histoire de l’Algérie contemporaine.

Je vous écris aujourd’hui parce que, depuis quelques mois, la déclaration que vous aviez faite devant plusieurs journalistes le 25 janvier 2020 - dans laquelle vous sembliez admettre une équivalence entre la Shoah et la guerre d’Algérie - a ranimé les craintes des nostalgiques de l’Algérie française, très mal disposés à votre égard depuis l’interview que vous aviez accordée à un journaliste algérien le 15 février 2017. Ils se sont enflammés une nouvelle fois quand le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune a cru bon d’annoncer, dans une interview accordée à L’Opinion le 13 juillet 2020, que les différends mémoriels algéro-français étaient sur le point d’être être réglés par une commission mixte dans laquelle figureraient Benjamin Stora et une haute personnalité algérienne. À en croire le président algérien, on avait l’impression que l’affaire était déjà réglée sur la base des revendications de l’Algérie. On pouvait aussi s’étonner de l’absence de déclaration officielle de la partie française. Et l’on ne pouvait manquer de se demander si le président de la République française avait fini par consentir à la revendication algérienne de repentance.

Étant donné l’importance de cette question, et afin d’éclairer votre réflexion, je me permets de joindre à ce courrier trois pièces justificatives : une analyse de l’initiative du président Tebboune (1), complétée par une réaction à l’interview de M. Abdelmadjid Chikhi publiée dans Le Monde du 28 décembre 2020 (2). Enfin, une réflexion plus approfondie visant à rendre plus claire la différence qui doit exister entre la politique mémorielle de l’Algérie et celle de la France (3).

Je vous remercie pour l’attention que vous voudrez bien accorder à chacun de ces textes, et vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect.

Guy Pervillé

Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse-le Mirail

Lauréat du prix Lyautey 2012 de l’Académie des Sciences d’Outre-mer pour son livre La France en Algérie, 1830-1954, Paris, Éditions Vendémiaire, 2012, 525 p.

(https://www.academieoutremer.fr/historique-des-prix/prix-marechal-louis-hubert-lyautey/)

Lauréat du prix Histoire-mémoire 2020 de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie

(https://www.fm-gacmt.org/actualites/prix-fm-gacmt-2020-decerne-a-guy-perville) pour l’ensemble de son œuvre commencée il y a plus de cinquante ans, en juillet 1970

Pièce justificative n° 1 : Analyse de l’initiative du président Tebboune

J’ai lu très attentivement la lettre de mission que vous avez adressée à mon collègue Benjamin Stora le 25 juillet 2020, et sa lecture m’a rassuré sans dissiper entièrement mes inquiétudes. En effet, sur le fond, cette lettre de mission peut être jugée rassurante, mais elle ne peut pas l’être totalement parce qu’elle suppose une égale bonne volonté des deux parties pour arriver à la réconciliation des deux peuples. Elle laisse entière la question de savoir quelles sont les véritables intentions de votre partenaire algérien.

Des raisons d’inquiétude

Je ne doute pas de vos intentions, mais l’attitude du président Tebboune et de son représentant Saïd Chikhi (ancien moudjahid) me paraît suivre l’exemple de ses prédécesseurs qui ont demandé que la France fasse un acte de repentance pour tous ses crimes, sans admettre la moindre critique des décisions prises par les responsables du FLN au nom du peuple algérien, comme s’ils pensaient que les Algériens ne peuvent être responsables de rien puisque les Français sont coupables de tout. C’est ce qu’avait dit en octobre 2014 le ministre des Anciens Moudjahidine Tayeb Zitouni : « Pour nous, notre devoir est de continuer à dévoiler les massacres et les crimes barbares perpétrés par l’armée coloniale française en Algérie au temps de l’occupation. Nous organiserons des séminaires, colloques, et produirons des documents écrits et audio-visuels sur cette période jusqu’à ce que vienne une génération en France qui reconnaîtra les crimes de ses ancêtres et demandera pardon. Ce jour-là, nous refuserons ce pardon, parce que tout ce que la France a commis en Algérie est impardonnable » [1].

Cette nouvelle génération est la vôtre, Monsieur le Président : on peut donc craindre que la ligne annoncée par Tayeb Zitouni soit aussi celle du président Tebboune, qui a besoin d’une diversion pour détourner son peuple du Hirak. Je souhaite me tromper, mais je redoute qu’il cherche seulement à redorer son blason en détournant le mécontentement de son peuple contre la France. Le journal Le Monde, qui se félicitait dans son éditorial du 30 juillet 2020 de l’ouverture d’un « dialogue mémoriel salutaire et fragile », se gardait également dans sa conclusion de tout optimisme irraisonné, en soulignant la force des obstacles : en France, « l’activisme de groupes mémoriels vindicatifs (...) et d’une droite républicaine proche d’un sarkozysme allergique à toute ‘repentance’ » ; et en Algérie où « M. Tebboune est sous haute surveillance des ‘gardiens du temple’ d’un appareil politico-militaire en pleine crispation autoritaire contre le Hirak et qui n’a objectivement pas intérêt à se priver d’une rente mémorielle instrumentalisée dans le plus grand cynisme pendant des décennies ».

La politique mémorielle traditionnelle des dirigeants algériens

En effet, depuis vingt-cinq ans déjà le dialogue franco-algérien a été un dialogue de sourds, condamné à l’échec, parce que les dirigeants de l’État algérien ont voulu obliger la France à se soumettre à leurs exigences en reconnaissant sa culpabilité par une déclaration de repentance (conformément à la revendication lancée en mai 1990 par la Fondation du 8 mai 1945 et adoptée par le gouvernement algérien à partir de mai 1995). Ce procédé, systématisant ceux utilisés par le président Boumedienne dans les tensions franco-algériennes de 1971 et de 1975-1978, a été employé de nouveau par le pouvoir algérien à partir de mai 1995 pour obliger la France à satisfaire toutes ses revendications sans se permettre aucune critique envers sa gestion de la guerre civile qui déchirait alors l’Algérie. Le président Chirac a répondu à cette demande, formulée officiellement par le président Bouteflika devant l’Assemblée nationale française le 14 juin 2000, en proposant en 2003 un traité d’amitié franco-algérien sur le modèle du traité franco-allemand de 1963. Mais il a échoué parce que la partie algérienne a réclamé une déclaration de repentance que Jacques Chirac a jugée inacceptable, comme il l’a reconnu dans ses Mémoires parus en 2011 : « Le principal obstacle viendra de l’acte de repentance que le gouvernement algérien nous demande quelques mois plus tard de faire figurer dans le préambule, acte par lequel la France exprimerait ses regrets pour ‘les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale’. Il me paraît utile et même salutaire (...) qu’un peuple s’impose à lui-même un effort de lucidité sur sa propre histoire. Mais ce qu’exigeaient de nous les autorités d’Alger n’est rien d’autre que la reconnaissance officielle d’une culpabilité. Je ne l’ai naturellement pas acceptée » [2].

Depuis, le même scénario s’est renouvelé avec chacun de ses successeurs : le président algérien a semblé oublier cette demande de déclaration de repentance (qui restait néanmoins réclamée par des membres de son gouvernement), mais elle a été relancée chaque fois qu’un candidat ou un nouvel élu à la présidence de la République française semblait devoir être plus réceptif. Il est donc légitime de se demander si le président Tebboune persiste dans la même attitude, ou s’il est disposé à rompre avec elle.

Que veut le président Tebboune ?

En cas de rupture avec cette politique traditionnelle de l’Algérie, une vraie amélioration des relations algéro-françaises deviendrait possible. Mais tout dépend d’une question capitale : le président algérien, qui doit consolider son pouvoir fragilisé par le Hirak, est-il disposé à renoncer au contrôle impératif de l’État sur l’histoire nationale ? Le grand historien Gilbert Meynier avait fini par y voir le principal obstacle à la réconciliation des mémoires qu’il souhaitait. En effet, il écrivait en 2012 : « En Algérie, l’État ‘œuvre à la promotion de l’écriture de l’histoire et de son enseignement aux jeunes générations’, comme le stipule l’article 62 de la Constitution amendée en 2008 pour s’assurer de la soumission des historiens. Peut-on envisager une commission d’historiens algériens, français - déjà ils se rencontrent et échangent - et autres, pour concevoir des manuels d’histoire concertés, à l’instar des deux manuels franco-allemands publiés en 2006 et 2008 ? » [3] Je ne vois pas en quoi le Hirak pourrait pousser le président Tebboune dans cette voie, car la mémoire officielle de l’État algérien a profondément marqué même ceux qui le contestent. D’un côté, le Hirak a proclamé que le peuple algérien avait été privé de sa souveraineté chèrement acquise depuis 1962 - ce qui parait délégitimer toute l’action de l’État algérien - ; mais d’autre part, le slogan de certains manifestants : « Dehors, enfants de la France ! » prouve que le discours anti-français a laissé des traces profondes que le pouvoir peut exploiter en se présentant une fois de plus comme le meilleur défenseur de la mémoire nationale offensée.

Depuis la première déclaration du président Tebboune, plusieurs nouvelles déclarations sont venues relativiser sa portée. D’un côté Benjamin Stora, dans plusieurs interviews accordées à des journaux français (Le Monde...) et algériens (Le Soir d’Algérie...), a indiqué qu’il n’était pas question d’écrire une histoire commune aux deux pays, mais que le président de la République française lui avait confié la mission de « remettre un rapport faisant un état des lieux sur l’histoire des rapports entre la France et l’Algérie ». De l’autre côté, son homologue algérien le directeur des archives nationales Abdelmadjid Chikhi, interviewé par le quotidien El Watan le 8 août 2020, a exprimé une égale prudence : « La partie algérienne attend de savoir quelles sont les intentions françaises après la désignation de Benjamin Stora pour travailler sur le dossier de la mémoire avec l’Algérie et quel volet sera évoqué pour le lancement de ce travail commun ». M. Chikhi, qui est lui-même ancien moudjahid, estime que « l’on parle d’une écriture commune de l’histoire, qui n’est, toutefois, ni souhaitable ni possible ». Il attribue à Benjamin Stora l’idée de cette histoire commune à laquelle il ne croit pas lui-même : « Benjamin Stora était à l’origine de l’initiative de l’écriture commune de l’histoire, mais il y a longtemps, en exprimant le souhait de voir des historiens, algériens et français, se rencontrer afin d’écrire l’histoire commune. Je pense qu’il a renoncé dernièrement à cette idée, lorsqu’il avait reconnu que c’était difficile ». Selon M. Chikhi, ce travail mémoriel « est vraiment très difficile, compte tenu des motivations qui diffèrent d’une partie à une autre ».

Pourtant, un archiviste et historien algérien plus jeune, Fouad Soufi, a fermement défendu l’idée que « les archives coloniales relèvent d’un patrimoine commun », et que le problème de l’émancipation des historiens par rapport aux contraintes politiques se pose beaucoup plus en Algérie qu’en France : « Les historiens français nous ont montré qu’ils étaient capables d’avoir une vision objective et saine de cette histoire. De notre côté, malheureusement, les conflits historiographiques ont été mêlés à la politique ». Il estime que « la question des archives est le nœud gordien de toute cette affaire. La régler reviendrait à admettre, côté algérien, que la guerre de libération nationale, c’est de l’histoire, un objet qu’il faut appréhender comme événement historique. Et côté français, ce serait reconnaître que l’Algérie est un autre pays, un pays comme un autre ». Il dit même avoir l’impression que le président Tebboune a « souhaité » les excuses de la France « sans grande conviction » [4].

Mais à l’opposé, le secrétaire général par intérim de l’Organisation nationale des Moudjahidine (ONM), Mohand Ouamar Benelhadj - qui un an plus tôt avait tenté de relancer un projet de loi sur la criminalisation des actes de la colonisation française en Algérie pour la qualifier de « destruction » et de « génocide » - a déclaré le même jour que les bourreaux et les victimes ne peuvent pas écrire l’histoire ensemble, car il n’est pas raisonnable “de rassembler les bourreaux et les victimes sur la même table ne serait-ce que pour écrire une seule phrase”. Il a précisé que « l’histoire ne s’écrit pas entre les colonisateurs et le pays colonisé », et rappelé aux Algériens : « C’est nous qui avons subi les crimes de la colonisation, c’est à nous d’écrire notre histoire. Nous avons gagné cette guerre de libération, celui qui gagne la guerre, c’est à lui d’écrire l’histoire » [5].

Il appartient au président Tebboune de choisir entre ces diverses lignes. Mais le choix de la plus audacieuse et de la plus féconde paraît incompatible avec la répression rigoureuse qu’il a choisi de mener contre ses opposants auxquels il fait payer cher leur participation au Hirak. Notamment contre le journaliste Khaled Drareni qui vous avait interviewé à Alger le 15 février 2017, comme l’a rappelé Le Monde dans son éditorial du 16 septembre 2020 : « La France doit, elle aussi, tirer les leçons de la répression du Hirak et de la condamnation de Khaled Drareni - au micro duquel Emmanuel Macron, alors candidat en 2017, avait qualifié la colonisation de ‘crime contre l’humanité’. Dans des interviews accordées à des médias français cet été, le président Tebboune a voulu faire passer un message « d’apaisement » des difficiles relations franco-algériennes et espéré des progrès dans le règlement des questions mémorielles. Paris semble disposé à avancer prudemment dans ce sens. Aussi souhaitable que soit une amélioration du lien entre Paris et Alger, cependant, elle ne doit pas se faire au mépris des aspirations démocratiques du peuple algérien ni de la liberté d’expression ».

Durant plusieurs mois, la maladie du président Tebboune a suspendu l’initiative algérienne. Mais depuis que celui-ci paraît guéri, une interview de M. Abdelmadjid Chikhi par le journaliste Frédéric Bobin, publiée dans Le Monde du 28 décembre 2020, semble traduire une volonté de relancer la négociation franco-algérienne. Selon Le Monde, « M. Chikhi réitère la demande algérienne d’une restitution ‘intégrale’ des ‘originaux’ des archives rapatriées en France après l’indépendance de 1962, tout en admettant que certains documents relevant de la ‘sécurité de la France’ puissent faire l’objet d’une discussion ‘au cas par cas’ » [6]. Il ainsi prend une position de négociation extrême, en se réservant la possibilité de céder sur quelques points marginaux. Pour cela, il s’appuie sur un argument juridique : « La convention de Vienne de 1983 énonce que les archives appartiennent au territoire sur lequel elles ont été créées. C’est le grand principe qui est adopté par tout le monde, sauf la France ». Mais cette affirmation n’est pas du tout conforme à la réalité, suivant les analyses de juristes qualifiés [7], puisque la Convention de Vienne du 7 avril 1983 n’a été ratifiée que par six États dont l’Algérie, ce qui ne suffit pas à la faire entrer en vigueur. Il apparaît donc que l’Algérie voudrait imposer sa volonté à la France en s’autorisant d’un consensus international imaginaire [8] . Cela n’augure rien de bon pour l’avenir des relations franco-algériennes.

Le choix qui se présente à la France

Dans ces conditions, que peut attendre la France de cette nouvelle tentative pour rapprocher les mémoires des deux États et des deux peuples ? Vraisemblablement peu de choses. Il semble que la succession des faits depuis quelques mois justifie l’analyse formulée à la mi-juillet dans un mail par mon collègue Jean-Jacques Jordi, suivant lequel le président algérien aurait exploité un récent échange de vues téléphonique avec vous pour faire pression sur vous en annonçant une concertation mémorielle franco-algérienne tendant à satisfaire ses revendications, afin d’obliger la France à prendre la responsabilité de l’accepter ou de la refuser. Ce choix se présentera à vous dans des conditions différentes suivant que le chef de l’État algérien maintiendra la position de ses prédécesseurs, ou qu’il acceptera d’émanciper l’histoire nationale de la politique comme le propose Fouad Soufi. Le vrai choix incombe donc surtout au président algérien : continuer la propagande de guerre du FLN, illustrée par son organe officiel El Moudjahid de 1956 à 1962, ou bien au contraire laisser les historiens algériens faire librement leur métier d’historiens.

Jusqu’à présent, une différence fondamentale continue d’opposer la version officielle de l’histoire de la guerre de libération nationale en Algérie, qui répète la propagande de guerre du FLN, et les versions des historiens qui tendent à s’accorder sur les faits quelles que soient leurs interprétations politiques personnelles. L’intellectuel engagé André Mandouze, qui avait plaidé pour la négociation avec le FLN, a reconnu dans ses Mémoires que la guerre d’Algérie fut « une guerre où le contreterrorisme s’est nourri du terrorisme et où le terrorisme est la cause originelle de tout, même s’il faut reconnaitre que le soulèvement de 1954 était lui-même une réponse à la violence séculaire subie par les Algériens. Tout cela admis, il s’ensuit que le conflit une fois déclenché, les deux camps se sont rendus coup pour coup et que les horreurs ont été partagées » [9]. Mais l’ancien coopérant en Algérie et ancien collaborateur du quotidien El Moudjahid, le regretté Guy Hennebelle, n’a pas été démenti depuis qu’il a dénoncé, en 2003, ce qu’il appelait « ‘le duo sado-maso’ entre la culture laïco-chrétienne du culpabilisme français et la culture arabo-musulmane du ressentiment, qui ne mène à rien de constructif » [10] .

Voilà pourquoi le Président de la République française que vous êtes ne peut pas accepter de se soumettre à la politique mémorielle algérienne. Il vous appartient d’apprécier si les conditions d’une véritable réconciliation franco-algérienne sont vraiment réunies, ou si elles ne le sont pas.

Guy Pervillé

Pièce justificative n° 2 : Ma réponse à M. Abdelmadjid Chikhi [11]

Voir son interview par Frédéric Bobin dans Le Monde , 28 décembre 2020 :

« Dans un entretien au Monde , M. Chikhi réitère la demande algérienne d’une restitution ‘intégrale’ des ‘originaux’ des archives rapatriées en France après l’indépendance de 1962, tout en admettant que certains documents relevant de la ‘sécurité de la France’ puissent faire l’objet d’une discussion ‘au cas par cas’ » [12].

Cette interview de Abdelmadjid Chikhi est importante parce que, venant après de longs mois de silence imposés par la maladie du président Tebboune, elle paraît annoncer une prochaine relance de la négociation franco-algérienne proposée par le chef de l’État algérien le 13 juillet dernier dans une interview à L’Opinion.

Je n’essaierai pas de répondre point par point, ce serait trop long et parfois peu utile (par exemple, à cette affirmation de l’existence de l’Algérie dès la plus haute antiquité, inacceptable pour un historien : « Nous avons quand même côtoyé le monde depuis bien avant Carthage. L’Algérie était là » [13]). L’essentiel est que le responsable des archives nationales algériennes prend une position de négociation extrême, en se réservant la possibilité de céder sur quelques points marginaux.

Que dit le droit international ?

Pour ce faire, il s’appuie sur un argument juridique : « La convention de Vienne de 1983 énonce que les archives appartiennent au territoire sur lequel elles ont été créées. C’est le grand principe qui est adopté par tout le monde, sauf la France ».

Mais cette affirmation est très discutable, puisque suivant le juriste suisse Jean Monnier, « cinquante quatre États se sont prononcés en faveur de la Convention ; onze États ont voté contre, alors qu’un nombre égal d’États s’abstenaient ». La note 1 de son article précise : « Ont émis un vote négatif : la République fédérale d’Allemagne, la Belgique, le Canada, les États-Unis, la France, Israël, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse. Se sont abstenus : l’Australie, l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la Grèce, l’Islande, le Japon, la Norvège, le Portugal et la Suède. La Turquie fut le seul État occidental à voter pour la Convention » [14]. Mais la liste des États ayant signé ou ratifié la Convention, qui est indiquée par le site des Nations unies sur la collection des traités, est beaucoup plus limitée : 6 signataires du 8 avril 1983 au 30 juin 1984 (Algérie le 16 mai 1983, Argentine, Egypte, Niger, Pérou, ex-Yougoslavie, rejoints plus tard par la Croatie, l’Estonie, la Géorgie, le Libéria, la Macédoine du Nord, le Montenegro, la Serbie, la Slovénie et l’Ukraine). Cette convention n’est donc pas entrée en vigueur, faute d’avoir obtenu quinze instruments de ratification ou d’adhésion [15].

Il apparaît ainsi que, si l’Algérie a joué un rôle majeur dans la négociation de cette Convention, celle-ci a été très loin d’être un succès. Selon le juriste Charles Kekskeméti, « Face au vide juridique, la commission de droit international des Nations unies a entrepris, en 1967, la préparation d’une convention internationale sur la succession d’États en matière de biens, archives et dettes d’État. Elle a procédé au rassemblement et à l’analyse historique d’un vaste ensemble de textes et de données - cette partie de l’œuvre de la commission est de valeur pérenne. L’Unesco, le CIA (Conseil international des archives) et la communauté professionnelle attendaient avec optimisme l’achèvement des travaux de la commission qui promettait d’ouvrir une ère nouvelle dans l’histoire du droit international des archives. Ces espoirs furent cependant déçus. La commission a conçu sa tâche dans un esprit diamétralement opposé à celui qui avait présidé à l’action de l’Unesco. La convention de Vienne de 1983 est un pur produit de l’ère des blocs. Son objectif n’était pas de codifier le droit coutumier et le droit conventionnel pour offrir une base juridique à la solution des contentieux. Dans sa détermination à polariser les conflits au lieu de faciliter la recherche de solutions acceptables à toutes les parties, la majorité de la conférence intergouvernementale a même rejeté l’outil du patrimoine commun, retenu par l’Unesco et proposé par les délégués autrichien, hongrois et suisse. La commission de droit international et, à sa suite, la conférence intergouvernementale de Vienne, ne croyant pas à la possibilité d’aboutir à des accords consensuels, ont choisi d’offrir un argumentaire censé soutenir les revendications des anciennes colonies et plus particulièrement renforcer la position de l’Algérie dans son contentieux avec la France. Le rapporteur spécial de la commission était un éminent juriste algérien, juge à la Cour internationale de justice par la suite, M. Mohammed Bedjaoui.

La conférence de Vienne a donc opté pour un document politique puisqu’une convention internationale adoptée à la majorité simple des voix n’a guère de sens. En l’occurrence, elle a adopté un texte inapplicable. » (...) Et un peu plus loin : « Après la conférence, le Quai d’Orsay a demandé au CIA un avis sur la convention. Cet avis professionnel, diffusé à l’époque, a été publié dans le dossier de référence du Conseil de l’Europe établi, au nom du comité pour les questions juridiques du CIA, par Hervé Bastien. Dès 1984, il devint évident que la convention était morte. Or, du fait qu’elle existe sur le papier, pour les Nations unies le droit est dit, peu importe si la convention n’entrera jamais en vigueur. À cause de l’option militante de la commission entérinée par la conférence intergouvernementale de Vienne, le vide juridique n’est toujours pas comblé » [16].

Ainsi, ce qu’Abdelmadjid Chikhi présente comme un consensus international isolant la France n’est en réalité que la position de l’Algérie adoptée à sa suite par quelques autres États moins directement concernés. Son argument principal, fondement de sa position traditionnelle, n’est donc pas convaincant, et sa thèse est un colosse aux pieds d’argile.

La position de la France s’appuie quant à elle sur une distinction classique entre « archives de souveraineté » et « archives de gestion ». Selon Charles Kekskeméti, « Le principe de la distinction entre archives de souveraineté et archives de gestion pour délimiter ce qui revient à chacune des deux parties (métropole et colonie ou protectorat) date de cette période. Le choix des termes n’était pas très heureux et, surtout, les critères du partage permettaient une grande liberté aux négociateurs. Mais ce principe avait le mérite de régler quelques cas, quitte à générer des litiges ultérieurement. » On peut sans doute critiquer à juste titre la manière très hâtive suivant laquelle le partage des archives entre celles qui pouvaient rester en Algérie et celles qui devaient être transportées en France a été effectué dans l’improvisation la plus totale en 1962. Cette distinction était particulièrement difficile à opérer après un conflit qui avait pratiquement effacé toute limite entre le politique, l’administratif et le militaire. Mais elle reste théoriquement valable.

Cela étant dit, le critère essentiel à respecter ne devrait pas être la propriété des archives, mais la garantie effective de leur conservation et de leur accessibilité : la meilleure solution est celle qui garantit le mieux ces deux exigences dans l’intérêt de tous et pas seulement dans celui d’un Etat ou de ses dirigeants [17].

Droit international et colonisation/décolonisation

C’est l’application de la « succession d’États » aux cas très particuliers des pays « colonisés » puis « décolonisés » qui pose un problème particulièrement ardu. En effet, le droit a une histoire [18], et la notion de « colonie » a considérablement évolué suivant les temps et les espaces. Comme l’a bien montré l’historien Bouda Etemad, dans son livre Empires illusoires, les paris perdus de la colonisation paru en 2019 aux éditions Vendémiaire, on désigne par le même mot « colonie » des réalités historiques tout à fait différentes, qui ont évolué sans respecter aucun modèle préconçu. Dans ce livre il développe quatre exemples : « l’Amérique du Nord britannique, terre réfractaire à la seigneurie féodale », « l’empire des Indes, moulin à chimères », « l’Algérie française, tenace et tragique illusion », et enfin « l’Afrique occidentale : une énigme et deux désillusions ». Qu’il me soit permis de proposer à mon tour quelques réflexions.

Derrière le mot « colonie », aujourd’hui généralement compris comme synonyme de territoire dépendant d’un gouvernement imposé de l’extérieur, on trouve des réalités très différentes suivant les cas concrets que l’on prend en considération.

À la suite de la guerre d’indépendance des États-Unis d’Amérique, les dirigeants britanniques ont pratiqué une politique d’évolution graduelle qui les a conduits à accorder une autonomie croissante à leurs colonies de peuplement britannique (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), avec le statut de « Dominion », puis à accepter de les laisser assumer une souveraineté pratiquement totale, en conservant ou non une allégeance à la Couronne britannique. Dans cette évolution insensible, la question de la transmission des archives ne s’est pratiquement pas posée.

Au contraire, l’accession à l’indépendance de l’Empire des Indes a été beaucoup plus difficile, parce que sans cet empire la Grande Bretagne aurait perdu beaucoup de sa puissance, mais aussi à cause des conflits croissants entre Hindous et Musulmans. Pourtant, elle ne posait pas davantage de difficulté dans la mesure où le peuplement britannique - en dehors de quelques cadres supérieurs de l’armée et de l’administration - était proche de zéro.

Entre ces deux extrêmes se situaient des colonies de peuplement minoritaire (Afrique du Sud, Rhodésie du Sud) dans lesquelles les dirigeants britanniques ne se sont pas opposés à la transmission progressive du pouvoir aux représentants des populations minoritaires blanches et à leur domination sur les majorités africaines, jusqu’à ce que celles-ci se révoltent et entament des luttes armées pour obtenir leur indépendance entre 1960 et 1990.

Ce troisième cas de figure ressemble plus à première vue au cas de l’Algérie, autre colonie de peuplement minoritaire. Mais les différences sont néanmoins considérables. En effet en Algérie, la France n’a jamais renoncé à sa souveraineté, en tout cas pas avant d’avoir conclu les accords d’Evian avec le GPRA le 18 mars 1962, et d’avoir transmis sa souveraineté sur l’Algérie le 3 juillet 1962 à un Exécutif provisoire institué par ces accords. Le Gouvernement général, dirigé par un militaire au temps de la conquête, puis par un civil, a toujours été une administration française, et son lien avec le pouvoir central a été considérablement renforcé durant le conflit algérien, avec le remplacement du Gouverneur général par un ministre de l’Algérie (membre du gouvernement français mais résidant à Alger) de février 1956 à mai 1958 (Robert Lacoste), puis après le 13 mai 1958 par un Délégué général du gouvernement (Raoul Salan de juin à décembre 1958, puis Paul Delouvrier jusqu’en novembre 1960, ensuite Jean Morin de décembre 1960 à mars 1962), et enfin par le Haut-commissaire de la République française en Algérie Christian Fouchet, du 19 mars au 3 juillet 1962.

D’autre part, alors qu’en Afrique du Sud les non-blancs ont été de plus en plus exclus du pouvoir et considérés comme des étrangers, ressortissants de « Bantoustans » prétendus indépendants, en Algérie les « indigènes » musulmans ont été représentés par des notables à partir de 1898 dans les Délégations financières arabes et kabyles, puis des électeurs plus nombreux ont élu des représentants minoritaires dans les assemblées locales à partir de 1919, ensuite ils ont été représentés encore plus largement dans les assemblées locales et dans le Parlement français par des élus en nombre égal à celui des citoyens français à part entière à partir de 1945 ; et enfin à partir de 1958 le suffrage universel a été institué, dans un collège électoral unique dans lequel les citoyens de statut civil de droit commun n’avaient plus d’autre privilège que celui d’être représentés par 2/5 des candidats aux élections législatives sur chaque liste.

Cela justifierait-il que les archives de toutes les assemblées élues (conseil municipaux, conseils généraux, Délégations financières puis Assemblée algérienne de 1948 à 1956) soient transférées à l’Algérie ? Peut-être, mais les Français pourraient objecter que les élus des citoyens français à part entière, longtemps les plus nombreux dans ces assemblées, étaient élus en tant que représentants du peuple français dont ils faisaient partie. Et que le terrorisme du FLN, puis la socialisation de l’économie décidée par le programme de Tripoli en 1962, ne leur ont guère laissé d’autre choix que de quitter l’Algérie (contrairement à l’Afrique du Sud, où Nelson Mandela a voulu que les Blancs, si longtemps oppresseurs de la majorité non-blanche, puissent rester dans leur pays en tant que Sud-Africains blancs).

Surtout, la revendication extrême dont Abdelmadjid Chikhi se fait le porte-parole suppose que l’État algérien existait déjà avant 1962 sous la forme de l’Algérie coloniale, ce qui reviendrait à faire croire que le FLN s’était révolté contre l’État algérien...

Il serait plus raisonnable d’admettre que l’Algérie a été créée, en tant qu’État algérien, par la révolte du FLN, et de rechercher avec la France un arrangement raisonnable dans un esprit pratique pour faciliter l’accès des deux parties aux archives qui peuvent leur être utiles.

Guy Pervillé

Pièce justificative n° 3 : Quelle politique mémorielle pour le passé algérien de la France ?

Depuis la déclaration du président Tebboune annonçant le 13 juillet 2020, dans une interview accordée à L’Opinion, que l’Algérie et la France allaient coopérer pour réconcilier leurs mémoires, l’inquiétude est vive parmi les associations représentatives des victimes de la décolonisation qui craignent toujours que vous en veniez à accepter la revendication de repentance adressée à la France par l’Algérie depuis le milieu des années 1990. Celles-ci redoutent que le soixantième anniversaire de l’indépendance algérienne, en 2022, soit l’occasion d’une telle capitulation. Permettez-moi de vous soumettre quelques réflexions sur les raisons pour lesquelles la politique mémorielle de la France ne peut pas s’aligner sur celle de l’Algérie. Elle ne le peut pas, parce qu’il n’y a pas de mémoire nationale française unifiée de la colonisation et de la décolonisation, et parce que le recours à l’histoire est le seul moyen de réconcilier les Français entre eux et avec les Algériens.

Les raisons qu’a la France de ne pas s’aligner sur la politique mémorielle algérienne

Les dirigeants de l’Algérie indépendante ont fait le choix, depuis 1962, de pérenniser le discours nationaliste anticolonial et de subordonner les historiens à des impératifs politiques. Ce qui est incompatible avec la liberté scientifique dont bénéficient la recherche et l’enseignement de l’histoire en France. De plus, dans ces conditions, soumettre la France à la politique mémorielle algérienne risque fort de ne pas permettre une véritable réconciliation, comme le ministre algérien des Anciens moudjahidine Tayeb Zitouni l’a clairement laissé entendre en 2014 : « Nous organiserons des séminaires, colloques, et produirons des documents écrits et audio-visuels sur cette période jusqu’à ce que vienne une génération en France qui reconnaîtra les crimes de ses ancêtres et demandera pardon. Ce jour-là, nous refuserons ce pardon, parce que tout ce que la France a commis en Algérie est impardonnable » [19]. Vous qui appartenez à cette génération, vous devriez prendre garde à cet avertissement.

Ne pas cautionner une propagande manichéenne

La première raison de ne pas soumettre la France à la politique mémorielle algérienne, c’est l’impossibilité d’accepter le manichéisme de la propagande de guerre du FLN que des extrémistes comme le ministre Tayeb Zitouni et le secrétaire général de l’Organisation nationale des Moudjahidine, Mohand Ouamar Benelhadj, continuent de reproduire plus d’un demi-siècle après l’indépendance, en invitant les Français à reconnaître qu’ils ont été pour les Algériens ce que les Allemands ont été pour eux. Mais il n’y a pas d’un côté « les bourreaux », de l’autre « les victimes », car dans la guerre d’Algérie tous les camps opposés sont convaincus d’avoir subi des violences inadmissibles dont ils attendent réparation, et ils tendent tous à minimiser leurs torts en les considérant comme des réactions légitimes ou compréhensibles aux crimes de leurs ennemis. C’est pourquoi votre déclaration du 15 février 2017 à Alger, par laquelle vous aviez reconnu que la France avait commis des « crimes contre l’humanité » contre le peuple algérien, a eu l’effet regrettable d’encourager les revendications des Algériens vainqueurs et de persuader leurs adversaires vaincus qu’ils étaient de nouveau abandonnés par leur ingrate patrie. Et la déclaration que vous avez faite le 25 janvier 2020 devant des journalistes, en laissant croire que pour vous la guerre d’Algérie était l’équivalent de la Shoah, ne pouvait que raviver cette crainte.

Ne pas confondre un passé révolu avec le passé proche

Il faut aussi tenir compte de l’ancienneté des faits passés, et ne pas confondre un passé lointain dont nous ne sommes pas responsables avec le passé très proche. Vous avez eu raison de décider de restituer à l’Algérie les crânes de combattants algériens tués dans leur résistance à la conquête française, qui auraient dû être restitués depuis longtemps. Mais il ne faut pas pour autant accepter l’utilisation abusive de concepts très contemporains tels que « crime contre l’humanité » et « génocide », parce que ces notions n’existaient pas dans le droit international à l’époque des conquêtes coloniales, et surtout parce qu’elles ne correspondaient pas aux motivations des conquérants français de cette époque. En effet, la France en conquérant l’Algérie n’a jamais voulu exterminer les populations indigènes, mais seulement les soumettre. Elle l’a fait par des méthodes très violentes (massacre de la tribu des Ouffias en 1832, enfumades d’autres tribus réfugiées dans des grottes dans les années 1840, massacre de la population de l’oasis de Zaatcha en 1849...), qui soulèvent aujourd’hui une juste réprobation, mais qui relèvent du crime de guerre, non du crime contre l’humanité.

Ne pas attribuer à la seule France la responsabilité de toutes les violences

Enfin, il ne faut pas attribuer à la seule France la responsabilité d’avoir introduit la violence en Algérie en 1830, comme l’ont prétendu de nombreux auteurs algériens et même français [20]. En réalité le pouvoir turc, qui a dominé l’Algérie durant trois siècles, était déjà extrêmement violent, non seulement contre ses ennemis chrétiens d’outre-Méditerranée, mais aussi contre les tribus révoltées de l’intérieur. On en trouve un exemple dans un rapport du consul de France à Alger daté du 22 juin 1784 : « Arriva un courrier de Constantine, avec la nouvelle que le bey de Constantine s’est emparé d’un pays nommé Melilla (M’lili, palmeraie au sud de Biskra) soupçonné d’être partisan de Bou Akkaz son ennemi situé au-delà de Biskra, après un combat sanglant dans lequel un chaouch turc du bey et 10 soldats turcs ont été tués. L’armée du bey a coupé 460 têtes des Maures et pris en vie 300 tant hommes que femmes et enfants, 10 000 moutons, 2 000 chevaux » [21]. L’armée française s’est heurtée après la prise d’Alger à une résistance des tribus tout aussi violente, comme l’a noté le docteur Baudens accompagnant l’expédition du général Berthezène contre Médéa en juin-juillet 1831 : « Après avoir massacré nos blessés, ils n’oublient jamais de leur couper la tête et ils poussent même leur féroce fanatisme jusqu’à déterrer les morts pour leur faire subir la même opération. Quand ils en ont le temps, ils coupent les poignets de leurs ennemis et leur enlèvent les organes génitaux pour retourner dans leurs tribus triomphants et chargés de ces dépouilles sanglantes » [22]. Le tort des conquérants français - ou d’un trop grand nombre d’entre eux - fut de croire que des « civilisés » avaient le droit d’employer les mêmes moyens que des « barbares », sans réfléchir aux conséquences de tels actes dans le long terme.

L’historien Daniel Rivet a bien analysé ce processus funeste : « Inexpiable, la guerre l’est instantanément ». Dès l’été 1830, les collaborateurs des Français sont brûlés vifs ou ont les yeux arrachés en châtiment de leur aide aux infidèles ; leurs adversaires « perpétuent l’usage, en vigueur sous les Turcs, de livrer des paires d’oreilles coupées sur leurs ennemis pour attester du caractère irréversible de leur prise de parti. Les combats tournent à l’atroce immédiatement. En novembre, des mudjahidin mutilent une cinquantaine de canonniers surpris dans un combat d’arrière-garde en Mitidja. Une cantinière a les entrailles arrachées, le nez, les oreilles et les seins coupés et fourrés dans l’abdomen. La sauvagerie des indigènes rejaillit sur l’occupant, par effet de contagion mimétique ». Et il conclut d’une manière équilibrée. D’un côté, « la violence colle au commencement de l’aventure algérienne de la France. Elle la poursuivra jusqu’à son terme, comme si le commencement était la moitié de tout, et elle constituera pour le pays des droits de l’homme une tentation permanente et un contre-exemple démoralisant ». De l’autre côté, « la sacralisation de la violence, quand elle s’exerce sur l’infidèle, infectera l’humanisme musulman non moderne et se retournera contre les Algériens. Elle créera le champ libre à l’exercice, intellectuel et pratique, d’une culture du djihad, qui n’est pas sans avoir eu des effets jusqu’à aujourd’hui » [23]. Cette conclusion mérite d’être retenue.

C’est pourquoi il n’est pas possible de réconcilier la France et l’Algérie sans que les deux États admettent ensemble la nécessité d’appliquer le même esprit critique aux actes des deux parties dans la longue durée, ce que jusqu’à présent l’Algérie n’a pas admis.

En quoi l’histoire récente se distingue des mémoires

Dans le cas de la guerre d’Algérie proprement dite (1954-1962) encore plus que de la période coloniale, l’histoire récente se distingue des mémoires. Dans notre pays, plusieurs groupes mémoriels ne peuvent pas accepter de voir la France assumer seule la culpabilité de toutes les erreurs et de tous les crimes, comme si la responsabilité des Français impliquait l’irresponsabilité des Algériens. Une « guerre des mémoires » fait rage depuis la fin des années 1990, et elle ne pourra se terminer que par l’arbitrage des historiens, si les États le permettent. « Laissons travailler les historiens » est la formule préconisée par tous les présidents de la République française depuis Jacques Chirac, mais jusqu’à présent les chefs de l’État algérien ont préféré répéter les discours de propagande du FLN, comme si la guerre n’était pas terminée. Permettez-moi donc de vous montrer à travers trois exemples la différence fondamentale qui sépare les mémoires de l’histoire.

La guerre d’Algérie en France métropolitaine, une guerre civile algérienne oubliée

La guerre d’Algérie s’est déroulée principalement en Algérie, et relativement peu en France métropolitaine. Les pertes militaires françaises ont été subies principalement par les soldats français sur le territoire algérien, et c’est pourquoi la grande majorité des Français de France ont fini par accepter que le gouvernement français négocie la paix avec le GPRA pour permettre le retour des soldats français dans leur pays. En conséquence, la mémoire de la guerre d’Algérie en France s’est de plus en plus identifiée à celle de l’affrontement entre la police parisienne et la Fédération de France du FLN, encadrant la masse de la population musulmane algérienne, qui a culminé dans la sanglante répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, dont le bilan reste très controversé [24]. Mais cet événement tragique a fait oublier le fait incontestable que la grande majorité des morts de la guerre d’Algérie en France métropolitaine ont été des Algériens victimes de la guerre civile entre le FLN et le MNA (plus de 4 000 morts et de 9 000 blessés de 1956 à 1962) qui a culminé de juillet 1957 à août 1958. Charles-Robert Ageron a souligné que la violence de cet affrontement entre Algériens avait probablement contribué à retarder le ralliement de la majorité des Français de France à l’indépendance de l’Algérie sous l’autorité du FLN, et aussi que la mort de plus de 150 civils français, victimes collatérales de cette guerre civile entre Algériens, a contribué à renforcer le racisme anti-algérien en France [25].

Le sort tragique des Français d’Algérie

Le nombre de civils français métropolitains frappés accidentellement par le FLN en métropole a été incomparablement moins important que celui des civils français visés intentionnellement en Algérie par le FLN-ALN : du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962, 2 788 civils européens tués, 7 541 blessés et 375 disparus, sans oublier plus de 3 000 enlevés après le cessez-le-feu, parmi lesquels près de 1 [26] 700 n’ont pas été retrouvés vivants. Pour apprécier justement la signification de ces nombres, il faut rappeler que la population des Français d’Algérie atteignait environ un million d’habitants quand la population de la métropole était de 46,5 millions en 1962 : ainsi, pour faire bien comprendre aux métropolitains ce que les Français d’Algérie ont subi, il faudrait multiplier les nombres cités par 46,5...

Pourtant ce terrorisme n’était pas annoncé par la proclamation du FLN datée du 31 octobre 1954, qui accordait aux civils européens le respect de leurs droits légitimes et celui de choisir entre la nationalité algérienne à part entière et le statut d’étranger. Cette proposition généreuse a été de plus en plus gravement démentie par des attentats et des massacres, tout particulièrement à partir du 20 août 1955 (date à laquelle l’ALN du Nord-Constantinois tua 118 civils européens). De même, on a retenu le nombre indémontré jusqu’à présent de 3 000 morts et disparus algériens victimes de la « bataille d’Alger »26 en 1957 ; mais on oublie trop que ce qu’on appelle ainsi ne s’est pas limité à l’emploi de la torture par les parachutistes du général Massu : le terrorisme du FLN fit en moins de deux ans 1 470 victimes (960 en 1956, 510 en 1957), tuant 314 Algérois et en blessant 917 selon le maire d’Alger Jacques Chevallier. À la fin de la guerre, le terrorisme de l’OAS dépassa celui du FLN en janvier 1962 à Alger et en février à Oran, mais celui du FLN avait fait beaucoup plus de victimes, et les enlèvements auxquels il recourut à partir de la mi-avril 1962 frappèrent beaucoup moins les tueurs de l’OAS que de simples civils. Dans ces conditions, était-il étonnant que la très grande majorité des Français d’Algérie soient partis en quelques mois à la fin de la guerre ?

L’exode massif des Français d’Algérie, qu’on veuille ou non le qualifier d’"épuration ethnique », a été provoqué par le FLN de deux manières successives et complémentaires : de 1954 à 1962 par des attentats de moins en moins ciblés et par des enlèvements de plus en plus indiscriminés ; et après l’indépendance, par l’application de l’option socialiste du programme de Tripoli qui visait à les forcer peu à peu au départ en leur retirant les moyens de continuer à vivre en Algérie, comme l’ont reconnu le président du GPRA Ben Khedda, son rival Ben Bella, et l’historien Mohammed Harbi [27]. Ce fait indéniable a été condamné en 2005 par l’un des chefs historiques du FLN, Hocine Aït-Ahmed, comme étant « plus qu’un crime, une faute ! (...) Hélas ! je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles,des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie doit répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens » [28]. De même, le journaliste algérien Kamel Daoud a rendu hommage à Nelson Mandela, en constatant que celui-ci avait réalisé la décolonisation de l’Afrique du Sud enfaisant tout le contraire de ce qu’avaient fait les Algériens en 1962, puisqu’il avait voulu que les Blancs puissent rester dans leur pays pour le bien commun de tous ses habitants [29].

Des pertes algériennes trop oubliées

Les pertes algériennes de la guerre sont incontestablementlesplusimportantes,même sile nombre d’un million et demi de morts officiellement admis en Algérie relève du mythe : l’étude comparative des recensements algériens d’avant et d’après la guerre permet d’évaluer les pertes totales de la population algérienne musulmane dans les 300 000 morts (sans pouvoir être plus précis). Mais il ne faut pas oublier que les pertes infligées à la population musulmane d’Algérie par les forces françaises, si elles en représentent bien la majorité, n’en sont pas la totalité : une part non négligeable est imputable au châtiment des « traitres » par les « patriotes ». Cette pratique inévitable dans une situation de guérilla a été particulièrement développée par le FLN-ALN, qui a éliminé les « déviationnistes » dans ses propres rangs (notamment Abane Ramdane), les militants « messalistes » du MNA (partisans du leader historique Messali Hadj, qui refusaient de rejoindre le FLN), mais surtout ceux qui ont aidé les Français et qui ont été enrôlés dans des troupes supplétives dont les « harkis » sont les plus connus. Leur nombre (près de 200 000 hommes à la fin 1960) a largement dépassé celui des Moudjahidin encore au combat à cette date, même si les effectifs totaux des Algériens musulmans ayant combattu dans les deux camps opposés au cours de la guerre sont du même ordre de grandeur.

Puis l’épuration sanglante qui a suivi la fin des combats a fait parmi eux un nombre de morts très controversé (des milliers ou des dizaines de milliers ?) mais assurément trop important. Ceux des survivants qui ont pu se réfugier en France ont été considérés par les Algériens comme des traîtres et par leurs défenseurs comme des Français victimes de leur fidélité à leur ingrate mère patrie. Les jeunes générations de ces « Français musulmans » ont fait entendre leur voix ensuite, les uns se considérant comme des Français à part entière, les autres comme des Algériens dont la révolte légitime contre les injustices du FLN avait été habilement exploitée par l’armée française. Depuis quelques années, cette dernière interprétation a été validée par deux anciens dirigeants de la Fédération de France du FLN, Mohammed Harbi et Ali Haroun, qui ont soutenu l’association « Harkis et droits de l’homme » de Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron. Mais elle n’a pas encore cours en Algérie, où le mot « harki » reste synonyme de « traître », même si des progrès ont été récemment enregistrés [30]. Même des alliés du FLN comme le ministre chinois Chou-En-Lai auraient déclaré au président Ben Bella : « Il y a trop de sang dans votre révolution » [31].

Ainsi, les mémoires ne sont pas l’histoire. En Algérie, l’existence d’une mémoire officielle défendue par l’État contrarie l’émancipation de l’histoire. En France au contraire, la coexistence de plusieurs mémoires en conflit a empêché l’État de définir une politique mémorielle nationale susceptible d’être acceptée par tous, même si la fin de la guerre d’Algérie par l’acceptation de l’indépendance a été et reste approuvée par une large majorité. Toutes ces mémoires sont sélectives, consciemment ou non, parce qu’elles sont partiales. Seule l’histoire, poursuivie librement dans un cadre national et international, est susceptible de réussir un jour à dépasser les conflits de mémoires. Et c’est pourquoi, plus qu’un devoir de mémoire, il faut reconnaître un devoir d’histoire.

Guy Pervillé

[1] Cité par R. Madi, « Les crimes du 17 octobre 1961 à Paris, une abjection à faire honte à l’humanité », Le Temps d’Algérie, 17 octobre 2014.

[2] Jacques Chirac, Mémoires, t 2, Le temps présidentiel, Paris, Editions Nil, 2011, pp 429-435.

[3] Conclusion de Gilbert Meynier et Tahar Khalfoun à l’ouvrage collectif Histoire de l’Algérie à la période coloniale, 1830-1962. Paris, La Découverte, et Alger, Barzakh, 2012, p. 683.

[4] Interview de Fouad Soufi par Frédéric Bobin dans Le Monde, 10 août 2020. « Fouad Soufi : les archives coloniales relèvent d’un patrimoine commun », https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/08/10/francealgerie.

[5] Voir sur Observalgerie.com : https://www.observalgerie.com/algerie-lonm-rejette-la-vision-francaise-surlecriture-de-lhistoire/2020/

[6] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/12/28/l-algerie-reclame-la-restitution-integrale-des-archivesoriginales-ramenees-en-france-apres-1962. et https://zimbra.free.fr/service/home/ / ?auth=co&loc=fr&id=44702&part=2.2

[7] Voir Jean Monnier, « La Convention de Vienne sur la succession d’États en matière de biens, archives et dettes d’État », in Annuaire Français de Droit international, année 1984, n° 30, pp 221-229, et Charles Kekskeméti, « Saisies d’archives et de bibliothèques : l’évolution du droit international » (pp 26-34), in Saisies, spoliations et restitutions. Archives et bibliothèques au XXème siècle, s.dir. Alexandre Sumpf et Vincent Laniol, Presses universitaires de Rennes 2012. OpenEdition Books 2019, [https://books.openedition.org/pur/130185 ?lang=fr

[8] Voir la démonstration complète sur mon site : « Réponse à M. Abdelmadjid Chikhi, directeur des Archives algériennes » (2011) http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=455 .

[9] André Mandouze, mémoires d’outre-siècle, t 1, D’une Résistance à l’autre, Paris, Viviane Hamy, 1998, p 351 ; cité par Jacques Frémeaux, La France et l’Algérie en guerre, Paris, Economica, 2002, pp 240-241.

[10] Guy Hennebelle, « Editorial ravageur » dans le n° spécial de Panoramiques, n ° 62, 1er trimestre 2003, intitulé « Algériens-Français, bientôt finis les enfantillages ? »

[11] Texte publié le 4 janvier 2021 sur mon site sous le titre : « Réponse à M. Abdelmadjid Chikhi, directeur des Archives algériennes » http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=455.

[12] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/12/28/l-algerie-reclame-la-restitution-integrale-des-archivesoriginales-ramenees-en-france-apres-1962. et https://zimbra.free.fr/service/home/ / ?auth=co&loc=fr&id=44702&part=2.2

[13] Sur l’apparition de l’Algérie dans l’histoire, voir mes articles : « Géopolitique de l’Algérie » (2019) : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=435 ; et « Ombres et lumières de la conquête », dans Le Figaro-Histoire, n° 53, décembre 20020-janvier 2021, pp 43-51.

[14] Jean Monnier, « La Convention de Vienne sur la succession d’États en matière de biens, archives et dettes d’État », in Annuaire Français de Droit international, année 1984, n° 30, pp 221-229 (voir p 221 note 1).

[15] Convention de Vienne du 7 avril 1983, in Nations-Unies, Collection des traités, https://treaties.un.org/Pages/ViewDetails.aspx ?src=TREATY&mtdsg_no=III-12&chapter=3&clang=_fr .

[16] Charles Kekskeméti, « Saisies d’archives et de bibliothèques : l’évolution du droit international » (pp 26-34), in Saisies, spoliations et restitutions. Archives et bibliothèques au XXème siècle, s.dir. Alexandre Sumpf et Vincent Laniol, Presses universitaires de Rennes 2012. OpenEdition Books 2019, https://books.openedition.org/pur/130185 ?lang=fr .

[17] Conclusion de cette première partie rajoutée après coup, pour plus de clarté

[18] Voir sur mon site : « Réponse à Emmanuel Macron » (2017) http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=390 , et « Réponse à deux jeunes juristes à propos de la déclaration d’Emmanuel Macron » (2017) http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=391 .

[19] Cité par R. Madi, « Les crimes du 17 octobre 1961 à Paris, une abjection à faire honte à l’humanité », Le Temps d’Algérie, 17 octobre 2014.

[20] « La torture est arrivée en Algérie en 1830 dans les bagages de l’armée française » selon Henri Alleg ; elle serait « indissociable de la guerre coloniale » selon Francis Jeanson (Le Monde, 29 mai 2000), « propre à la logique colonialiste » selon l’ancien ministre de la justice Amar Bentoumi (La Tribune, 24 mai 2001), voire « un épiphénomène du colonialisme » selon le journaliste Ahmed Cheniki (Le Quotidien d’Oran, 7 décembre 2000).

[21] Document cité par Abla Gheziel dans sa thèse L’éveil politique de la société algérienne à travers révoltes, soumission, assimilation et nationalisme, Université de Toulouse-Le Mirail 2015.

[22] Cité par Jacques Frémeaux, La France et l’Algérie en guerre, Paris, Economica, 2002, p 211.

[23] Daniel Rivet, Le Maghreb à l’épreuve de la colonisation, Paris, Hachette, 2002, pp 113-114.

[24] Entre 30 et 50 morts algériens selon l’historien Jean-Paul Brunet, dix fois plus suivant le journaliste militant Jean-Luc Einaudi. Voir dans mon livre, Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, Paris, éditions Vendémiaire, 2018, pp 300-343.

[25] Charles-Robert Ageron, « Les Français devant la guerre civile algérienne », actes du colloque de l’IHTP dirigé par Jean-Pierre Rioux, Le guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990, pp 55-99. Récemment, l’historienne russe Valéria Obitchkina a démontré que même le PCF, qui soutenait pourtant le droit de l’Algérie à l’indépendance, avait critiqué la violence contre-productive du FLN qui risquait de lui aliéner la classe ouvrière française (article publié dans l’ouvrage collectif publié par Alain Bismuth et Fritz Taubert, La guerre d’Algérie et le monde communiste, Editions universitaires de Dijon, 2014).

[26] 000 selon l’ancien secrétaire général de la préfecture d’Alger Paul Teitgen, mais pas plus de 1 000 et probablement pas plus de 300 selon le général Massu. Voir dans mon livre, Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, Paris, éditions Vendémiaire, 2018, pp 241-271.

[27] Voir ma réponse au livre de Pierre Daum, Ni valise, ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance (2012), sur mon site internet : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=280.

[28] Revue Ensemble, n° 248, juin 2005.

[29] Kamel Daoud, « Malheureusement, nous n’avons pas eu un Mandela en 1962 », Le Quotidien d’Oran, 7 décembre 2013.

[30] Réédition en Algérie, non sans difficultés, d’un livre du journaliste Pierre Daum : « Le dernier tabou. Les harkis restés en Algérie après l’indépendance », Solin, Actes Sud, 2015, 535 p.

[31] Cité par Jean-Claude Guillebaud, « D’une torture à l’autre », Sud-Ouest-Dimanche, Bordeaux, 17 juin 2001.



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