La guerre d’Algérie parmi les guerres françaises du XXème siècle : essai de bilan (2000)

dimanche 13 août 2006.
 
Cette communication a été présentée lors du colloque Colonisation-décolonisations organisé par le Mémorial de Caen les 19, 20 et 21 octobre 2000, et publié par le dit Mémorial en 2002 (pp. 127-151).

La loi du 18 octobre 1999 a reconnu la « guerre d’Algérie », associée aux « combats en Tunisie et au Maroc », expression qui remplace officiellement les « opérations en Afrique du Nord ». C’est une grande satisfaction pour le front uni des associations d’anciens combattants, qui avaient depuis longtemps revendiqué la reconnaissance a posteriori de cette guerre et de la qualité de combattant pour ceux qui l’avaient faite . Ainsi, la guerre d’Algérie a rejoint les deux guerres mondiales parmi les guerres françaises du XXème siècle, et ses anciens combattants sont reconnus comme étant la « troisième génération du feu », qui est aujourd’hui la plus nombreuse. Elle s’en distingue pourtant par le fait qu’il n’y a pas eu de mobilisation générale, mais utilisation de la conscription (rappel des disponibles en 1955 et 1956, puis envoi des appelés en Algérie et allongement de la durée du service) pour compléter les effectifs de l’armée de métier.

La guerre d’Algérie se distingue encore des deux grandes guerres précédentes par une autre différence significative, qui la rapproche plutôt de la guerre d’Indochine : il s’agit dans les deux derniers cas de « théâtres d’opérations extérieurs » à la métropole. Celle-ci en a donc beaucoup moins souffert que les habitants des pays directement concernés. Par le nombre de ses victimes, la guerre d’Indochine a été beaucoup plus importante que celle d’Algérie : 92.000 morts et disparus [1] dans le seul camp français. Pourtant, le nombre des soldats métropolitains parmi ces morts (20.000) n’a pas été beaucoup plus important qu’en Algérie (la majorité des 24.000 soldats décédés, parmi lesquels 15.000 au combat ou par attentat). En dépit de ce déséquilibre, la guerre d’Indochine a beaucoup moins retenu l’attention et marqué la mémoire des Français, parce qu’elle ne concernait que des soldats de métier et leurs proches. Au contraire, la guerre d’Algérie a beaucoup plus fortement marqué l’opinion métropolitaine, parce que l’envoi des appelés et des rappelés a sensibilisé toutes les familles, et parce que l’issue de la guerre a transplanté en France une nombreuse population de rapatriés et de réfugiés à laquelle s’est ajoutée une immigration algérienne plus importante que jamais. En ce sens, elle a bien été la troisième grande guerre française du XXème siècle, bien que le nombre de ses victimes en métropole ne soit pas comparable à celui des deux premières.

Dans la perspective de la décolonisation, le déclenchement de la guerre d’Algérie a été en partie déterminé par la défaite française et par l’exemple de la victoire du Viet-Minh en Indochine, même si ses causes profondes se situent en Algérie même. Il a également été déterminé par l’exemple des nationalistes tunisiens et marocains, auxquels les nationalistes algériens étaient liés par un pacte d’unité d’action signé au Caire en avril 1954. On ne peut pourtant parler d’une seule guerre d’Afrique du Nord entre 1952 et 1962, parce que la lutte armée pour l’indépendance a commencé plus tôt en Tunisie (janvier 1952) et au Maroc (août 1953), et qu’elle y a duré moins longtemps : moins de trois ans jusqu’au désarmement des « fellaghas » tunisiens en novembre 1954, un peu plus de deux ans jusqu’au retour du sultan détrôné au Maroc . Encore faut-il ajouter qu’il a fallu deux ans pour qu’une véritable guérilla organisée à partir de bases extérieures prenne le relais du terrorisme : l’ouverture de négociations a donc suivi très rapidement. C’est pourquoi le nombre des victimes a été relativement faible. Au contraire, la guerre d’Algérie a été incomparablement plus longue et plus meurtrière. Son déclenchement et son aggravation ont vraisemblablement incité les dirigeants français à céder plus vite que prévu en Tunisie et au Maroc pour concentrer leurs moyens militaires sur l’Algérie en 1956 ; sa prolongation a ensuite gravement perturbé les relations de la France avec ses deux anciens protectorats. Par ailleurs, la guerre d’Algérie a également précipité l’émancipation des possessions françaises d’Afrique noire, qui s’est opérée sans troubles majeurs , à l’exception des insurrections localisées de Madagascar (de 1947 à 1949) et du Cameroun (de 1955 à 1960 et au delà). Ainsi la guerre d’Algérie, à défaut d’avoir été le premier épisode marquant de la décolonisation française, en a été l’épisode central.

Pour toutes ces raisons la guerre d’Algérie mériterait de faire l’objet d ‘une comparaison systématique avec toutes les autres guerres qui ont affecté la France au XXème siècle, aussi bien en Europe qu’Outre-mer. La présente communication se contentera de tenter de lui adapter la méthode classique du bilan, habituellement appliquée aux grandes guerres : bilan démographique, économique, politique et moral.

Combien de morts ?

Suivant une idée encore trop répandue, la guerre d’Algérie aurait causé un million, voire un million et demi de morts. En fait, la propagande du FLN avait confondu les victimes et les morts : les Algériens bien informés n’ont jamais cru que le nombre de ces derniers ait pu se situer au-delà d’une marge de 500.000 à 600.000 [2]. Or, cet ordre de grandeur doit encore être réduit de moitié . Les historiens Xavier Yacono et Charles-Robert Ageron, en confrontant les données des recensements algériens de 1954 et de 1966 (qui attestent un accroissement sans précédent), ont démontré que le déficit démographique dû à cette guerre (incluant non seulement les tués, mais aussi l’excédent de décès parmi les civils et le déficit de naissances) était vraisemblablement inférieur à 300.000, voire à 250.000 [3]. En proportion de la population algérienne musulmane, cela représente l’équivalent du déficit causé par la Deuxième guerre mondiale dans la population française.

Les statistiques officielles des autorités militaires françaises, suivant lesquelles un peu plus de 143.000 « rebelles » auraient été tués par les « forces de l’ordre » du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962 [4], ont été accueillies avec une certaine méfiance. De Gaulle lui même, qui les avait citées dans sa conférence de presse du 23 octobre 1958, avait cru devoir les réviser en hausse dans celle du 10 novembre 1959, sans expliquer pourquoi ni comment : il parla de 150.000 morts en décembre 1959, puis de 200.000 en novembre 1960, mais il répéta la même estimation en avril 1962 [5]. Pourtant, la crédibilité du bilan des autorités militaires françaises a été renforcée par le recensement des anciens militants et combattants du FLN-ALN effectué en 1974 par le ministère algérien des Anciens Moudjahidine, suivant lequel 152.863 d’entre eux sur un effectif total de 336.748 auraient été tués durant la guerre [6]. Cette convergence inespérée est remarquable. Même si des morts inconnus ou inavoués ont pu échapper aux recensements officiels des deux camps, rien n’autorise à multiplier par dix le nombre des « martyrs » identifiés.

Les pertes des « forces de l’ordre », soigneusement comptabilisées de 1954 à 1962, ont fait l’objet de plusieurs bilans officiels qui ne concordent pas exactement, mais qui restent voisins du même ordre de grandeur [7]. Le nombre des morts serait proche de 24.000, parmi lesquels environ 15.000 tués au combat ou par attentat, les autres étant décédés par suite d’accidents, maladies, ou suicides . Les évaluations du nombre des blessés (moitié au combat ou par attentat, le reste par accident) varient entre 55.000 et 65.000. Le nombre de 30.000 morts, invoqué par certaines associations d’Anciens combattants, est approché en ajoutant aux morts d’Algérie ceux de Tunisie et du Maroc.

Les pertes des « forces de l’ordre » de toutes catégories (y compris les soldats et les supplétifs musulmans) ont été incomparablement plus faibles que celles des « rebelles » : leur rapport est resté très proche de un contre dix entre 1958 et 1960.Mais ce déséquilibre entre les pertes des deux camps a été partiellement compensé par le recours du FLN-ALN au terrorisme visant les civils. Suivant une déclaration du ministre Louis Joxe, ce terrorisme aurait causé, jusqu’au 19 mars 1962, 19.166 tués (dont 2.788 européens et 16.378 musulmans), 21.151 blessés (7.541 européens et 13.610 musulmans) et 13.671 disparus (375 européens et 13.296 musulmans) [8]. Ainsi, le terrorisme a redoublé les effets meurtriers de la guerre proprement dite.

Le terrorisme n’ayant pas été le monopole du FLN, il convient de vérifier si le bilan précédent lui est entièrement imputable. Ses actions ne sont pas distinguées de celles du MNA dans le bilan officiel de la guerre en métropole, qui aurait causé près de 4.300 tués et de 9.000 blessés, parmi lesquels une très forte majorité d’Algériens musulmans . S’il est vrai que l’affrontement fratricide entre nationalistes algériens des deux mouvements rivaux a causé en Algérie environ 6.000 tués et 4.000 blessés, on pourrait lui imputer en tout près de 10.000 morts et de 23.000 blessés [9].

Le bilan du « contre- terrorisme » des « ultras » de l’Algérie française est très mal connu, faute de statistiques et d’études précises. Celui de l’OAS a fait l’objet de plusieurs évaluations partielles difficiles à combiner. Le « chiffre officieux » de 2.200 morts, cité par le journaliste américain Paul Hénissart [10], pourrait être inférieur à la réalité. Le terrorisme de l’OAS a dépassé celui du FLN par le nombre de ses victimes dans les villes d’Alger et d’Oran en 1962, mais son bilan d’ensemble lui reste très inférieur.

La violence ne cessa pas le 19 mars 1962, par la faute de l’OAS, mais aussi par celle du FLN-ALN, ou de groupes armés qui s’en réclamaient. Durant les deux premiers mois du cessez-le-feu, l’armée française compta dans ses rangs 58 tués et 190 blessés du fait de l’OAS, et 32 tués, 84 blessés et 35 enlevés du fait de l’ALN [11]. Du 19 mars au 1er juin, 1.061 civils (574 européens et 487 musulmans) furent enlevés par cette dernière, 258 furent libérés et 96 retrouvés morts [12]. Le nombre des civils européens enlevés depuis le 19 mars 1962 atteignait 1.107 au 30 juin, 2.943 au 31 décembre, et 3.098 au 30 avril 1963, parmi lesquels 969 avaient été retrouvés vivants, 306 retrouvés morts, et 1.818 restaient disparus [13]. Le 24 novembre 1964, le secrétaire d’Etat Jean de Broglie déclara que, sur 3.018 personnes signalées comme disparues du 19 mars au 31 décembre 1962, 1.245 avaient été retrouvées, 1.165 étaient certainement décédées, 135 étaient encore recherchées, et 473 dossiers avaient été clos faute de renseignements [14]. Ce bilan officiel n’a pas convaincu l’Association de solidarité des familles et enfants de disparus, qui dit tenir à jour un fichier de 2.500 noms et parle de « 3.000 Français en possibilité de survie » [15] ; mais les associations de rapatriés invoquent couramment 9.000, 10.000, ou même 25.000 disparus.

Le plus grand facteur d’incertitude pour le bilan d’ensemble est le nombre des « harkis », supplétifs, soldats ou civils « français musulmans » victimes de représailles après le cessez-le-feu. L’estimation de Jean Lacouture (« plus de 10.000 harkis auraient été exécutés ou assassinés » entre le 19 mars et le 1er novembre 1962 » [16]) est citée dans des documents officiels, et peut être considérée provisoirement comme un minimum, étant donné que les autorités qui l’ont admise n’avaient pas intérêt à exagérer. En décembre 1962, un cahier de témoignages publié par de défenseurs de leur cause proposait un bilan de 25.000 à 30.000 morts. Pourtant, ce secteur de l’opinion a retenu comme un dogme l’évaluation beaucoup plus élevée proposée en 1963 dans un rapport de l’ancien sous-préfet d’Akbou, M. Robert, qui concluait à un total de 150.000 morts en partant d’une moyenne de 2.000 morts par arrondissement (pour 72 arrondissements). Toutefois, une autre version du même rapport, qui ramenait cette moyenne entre 1.000 et 1.500 morts (soit entre 72.000 et 108.000 morts pour toute l’Algérie), est passée presque inaperçue [17]. En réalité, la méthode consistant à extrapoler une estimation fondée sur un ou plusieurs témoignages localisés en la multipliant par des coefficients ne fait que multiplier la marge d’incertitude initiale. Celle qui consisterait à retrancher le total des pertes supposées connues du déficit démographique de la population musulmane est tout aussi incertaine à cause de l’imprécision de l’ordre de grandeur de ce déficit. La seule méthode susceptible d’approcher de la vérité serait de confronter systématiquement les témoignages et les documents par une série d’enquêtes monographiques, et d’additionner les résultats en s’interdisant toute multiplication.

Qu’il s’agisse de « massacres coloniaux » ou de massacres anti-coloniaux, les historiens se trouvent confrontés à des nombres mythiques, accrédités par la foi, l’argument d’autorité, et la répétition. Dans tous les cas, ils doivent suivre la même règle : ne rien affirmer sans pouvoir le prouver. Et si la vérité ne peut être exactement évaluée, il vaut mieux la sous-estimer par excès de scrupule plutôt que de l’exagérer, à la fois pour garantir la crédibilité de ce que l’on affirme, et pour éviter d’attiser abusivement les haines.

Tous ces bilans devront être soigneusement vérifiés à partir des documents de base autant que cela sera possible. Mais leurs erreurs éventuelles n’allant pas nécessairement dans le même sens, leur ordre de grandeur n’en serait pas nécessairement infirmé. Il est donc possible d’en tirer prudemment quelques conclusions.

En premier lieu, la guerre d’Algérie n’a eu qu’un impact limité sur une population algérienne en pleine explosion démographique. On ne saurait donc la qualifier sérieusement de « guerre d’extermination », ni de « génocide ».

En deuxième lieu, la guerre a frappé très inégalement les diverses populations concernées. Les Algériens musulmans ont perdu plus de 2% de leur population ; les Français d’Algérie en ont perdu plus de 0,5% (y compris les disparus) ; et ceux de la métropole, moins de 0,05%. Les pertes de ces derniers, essentiellement militaires (mais composées en majorité d’appelés du contingent),ont été incomparablement plus faibles que celles de la Première et de la Deuxième guerre mondiale. Et pourtant, c’est leur lassitude de la guerre qui a été décisive.

Enfin, la leçon des chiffres dément les discours de propagande des deux camps. Contrairement à la thèse officielle de la « pacification » et du rétablissement de l’ordre troublé par une infime minorité, les « forces de l’ordre » ont tué, jusqu’au cessez-le-feu, beaucoup plus de « rebelles » que ceux-ci ont tué de Français et de « Français musulmans ». On ne doit pas affirmer que les meurtres et les massacres commis après le 19 mars 1962 ont rétabli l’équilibre, ou inversé le déséquilibre des pertes, sans pouvoir le prouver.

D’autre part, le FLN a tué beaucoup plus d’Algériens « traîtres » à sa cause que d’ennemis « colonialistes » étrangers ; et les cruelles représailles postérieures à l’indépendance n’ont fait que rendre le constat plus éclatant. Ce bilan de guerre civile -inavouée comme telle- interdit de parler d’un soulèvement national unanime.

Destructions, déracinement, et réinstallation

Le bilan d’une guerre comporte habituellement, après celui des pertes humaines, l’inventaire des dégâts matériels et l’évaluation du coût de leur réparation. En effet, la guerre d’Algérie a causé de nombreuses destructions, presque toutes en Algérie même. Pourtant, le pays n’est pas resté un vaste champ de ruines : celles-ci ont été réparées ou compensées par un effort de reconstruction ou de construction sans précédent, qui fut payé en fin de compte par la France ou par le transfert à l’Algérie d’avoirs français. La plus importante conséquence de cette guerre fut le déracinement, provisoire ou définitif, d’une grande partie de ses habitants.

Dès le 1er novembre 1954, le FLN-ALN visa des objectifs matériels, biens publics ou biens privés . Il poursuivit systématiquement le « sabotage de l’économie colonialiste », en s’attaquant à des infrastructures (routes, voies ferrées, lignes électriques et téléphoniques, chantiers de prospection pétrolière...) et à des entreprises surtout agricoles ( destructions de récoltes, de vignes et d’arbres fruitiers, enlèvement ou abattage du bétail, incendies de fermes...) [18]. Ces destructions, souvent accompagnées de violence meurtrières, provoquèrent l’abandon de certaines exploitations isolées, accélérèrent l’exode rural et la concentration de Européens dans les plus grandes villes, et surexcitèrent leurs sentiments de peur et de colère, mais sans réussir à ruiner l’économie coloniale.

Les « forces de l’ordre » ripostèrent de deux manières. Défensivement, en déployant des effectifs considérables pour le « quadrillage », la garde des voies de communication, des équipements et des entreprises de l’ « Algérie utile ». Offensivement, en cherchant à détruire les « bandes rebelles » et à leur retirer le soutien de la population musulmane, par divers moyens : la « responsabilité collective » obligeant un douar présumé complice d’un sabotage à en effectuer ou à en payer la réparation ; le blocus économique imposé à des villages solidaires des maquisards jusqu’à ce qu’ils les rejettent, et surtout le regroupement [19] de leurs habitants sous la garde d’un poste militaire.

La délimitation de « zones interdites » visait à faire le vide autour des « rebelles » pour les priver de tout soutien volontaire ou forcé de la population et pour autoriser le tir à vue sur tout ce qui bougeait dans leurs zones habituelles de déplacement et de refuge. Elle entraînait nécessairement la destruction des « mechtas » et des villages isolés, et l’évacuation de gré ou de force de leurs habitants vers des camps de regroupement ceints de barbelés et surveillés par des miradors. Ce déplacement empêchait généralement les regroupés de continuer à cultiver leurs terres et à faire paître leur bétail ; il les réduisait à dépendre de salaires occasionnels ou de distributions de secours insuffisants. Inaugurée dès la fin de 1954 dans l’Aurès, cette pratique se généralisa et s’accéléra en 1957 et 1958, sur l’initiative de chefs militaires plus sensibles à leur efficacité immédiate qu’à la misère des regroupés. La Délégation générale, informée de la situation désastreuse de nombreux centres, ne réussit pas à imposer aux militaires la suspension des regroupements en 1959, ni le dégroupement en 1961 ; elle ne réussit qu’en partie à transformer ces agglomérations improvisées en « mille villages » dotés de l’eau courante, de l’électricité, d’une infirmerie et d’une école. Le nombre des regroupés dépassa les deux millions à la fin de la guerre. Ces « paysans dépaysannés » furent incapables de reprendre leur ancien genre de vie après le cessez-le-feu. Le déracinement imposé à plus de deux millions de ruraux fut l’une des conséquences les plus graves de la guerre d’Algérie, et une erreur majeure des autorités françaises, illustrant la contradiction entre la logique de la guerre et celle d’une véritable pacification.

Les camps de regroupement furent un aspect particulier d’un phénomène plus large : le glissement des habitants des régions les plus déshéritées et les plus troublées vers celles où la vie et la survie étaient moins difficiles. On estime que le nombre des recasés dans des villages ou des villes préexistantes équivalait à la moitié de celui des regroupés, et qu’en tout un tiers des Algériens (la moitié des ruraux) changea de résidence. L’accélération de l’exode rural accrut la population urbaine et le pourcentage des Algériens musulmans dans celle-ci. Un effort de construction sans précédent tenta de résorber les bidonvilles sans cesse reconstitués.

Le même mouvement franchit la Méditerranée. De 1954 à 1962, la population algérienne en métropole passa de 211.000 à 350.000 suivant les recensements, ou de 261.000 à 410.000 suivant les soldes cumulés des entrées et des sorties. Le nombre des familles s’accrut encore plus fortement, de 7.000 à 30.000 [20]. L’appel de main d’œuvre causé par l’envoi du contingent en Algérie pour une durée allongée, et la recherche d’une meilleure sécurité en métropole, contribuèrent à ce double accroissement.

La guerre entraîna en même temps un afflux de réfugiés en Tunisie et au Maroc, et une diaspora militante dans les pays arabes et dans le reste du monde. El Moudjahid signalait en octobre 1959 plus de 250.000 réfugiés algériens en Tunisie et au Maroc, et 280.000 en mars 1962 [21]. Les autorités françaises dénonçaient une confusion volontaire entre les 140.000 émigrés algériens déjà fixés en Tunisie et au Maroc avant la guerre, les 50.000 civils réfugiés ou déplacés des zones frontalières, et les membres du FLN-ALN accompagnés ou non de leurs familles [22]. Seules ces deux dernières catégories rentrèrent massivement en Algérie après le cessez-le-feu. La dispersion temporaire des propagandistes du FLN et des futurs cadres civils et militaires de l’Algérie en formation dans de nombreux pays arabes, de l’Est et de l’Ouest, n’eut pas la même ampleur quantitative.

Si l’issue de la guerre permit le retour des Algériens émigrés, elle provoqua au contraire l’exode massif des Français d’Algérie. Amorcé discrètement de 1954 à 1962 par des replis individuels (compensés par des affectations de fonctionnaires métropolitains et par l’afflux des renforts militaires), il commença en 1961 malgré le veto de l’OAS, dans des régions comme le Constantinois où celle-ci n’était pas puissante ; puis il se généralisa en 1962 quand son action eut manifestement échoué, et quand les représailles du FLN-ALN, puis la lutte pour le pouvoir entre ses diverses factions, déchaînèrent une insécurité dont aucun Européen ne pouvait se croire à l’abri. Les plasticages et les meurtres de l’OAS n’avaient fait fuir qu’un petit nombre de réfractaires au consensus largement majoritaire parmi les Français d’Algérie ; sa politique de la « terre brûlée », visant à détruire les équipements administratifs, économiques et culturels du pays pour le laisser aux Algériens dans son état de 1830, fut une conséquence de l’exode beaucoup plus qu’une cause de celui-ci. Les causes essentielles furent bien la peur pour sa vie et pour celle des siens dans l’immédiat, et le manque de confiance dans les garanties d’Evian pour l’avenir. Craintes justifiées par l’insécurité qui chassa près de 800.000 Français d’Algérie avant la fin de 1962, puis par les mesures de nationalisation ou de socialisation qui poussèrent au départ presque tous ceux qui avaient tenté de rester [23]. Contrairement aux promesses répétées du FLN, les Algériens d’origine européenne ou juive furent jugés collectivement indésirables (à l’exception du très petit nombre qui avait milité pour l’indépendance), et leurs « biens vacants » furent considérés comme un « butin de guerre » [24] ou comme de justes réparations. S’il est vrai que, selon Frantz Fanon, « prendre la place du colon »était le rêve de tout colonisé [25], ce rêve ne pouvait se réaliser pour tous. Au contraire, la fuite de la minorité européenne où se recrutaient presque tous les cadres de l’administration et de l’économie plongea le pays dans une profonde crise de désorganisation ; et la promotion extraordinairement rapide d’une minorité d’Algériens, héritant soudainement des emplois et du patrimoine de l’ancienne minorité dirigeante, bloqua celle des générations postérieures [26]

Une autre catégorie d’Algériens dut quitter l’Algérie : les « harkis » persécutés contrairement aux accords d’Evian pour leur engagement dans le camp français, et plus largement tous les « Français musulmans » qui voulaient conserver leur nationalité française en s’installant en France, conformément à l’ordonnance du 21 juillet 1962. De 1962 à 1967, environ 60.000 Français musulmans d’Algérie âgés de 18 ans ou plus (représentant près de 140.000 personnes avec leurs enfants) optèrent pour la nationalité française [27].

Contrairement à ce qu’avaient espéré les nationalistes algériens, l’indépendance et la « récupération des richesses nationales » ne mirent pas fin à l’émigration algérienne vers la France. Après quelques mois d’hésitation, elle reprit plus forte que jamais, alimentée par la très grave crise économique et par les troubles politiques. Le général de Gaulle, qui avait plusieurs fois menacé d’expulser tous ceux qui ne voudraient pas rester français en cas d’échec des négociations, s’efforça de mettre le holà pour empêcher que « tous les Algériens » (sic) [28] ne viennent s’installer en France ; mais il ne put que freiner le mouvement. Ces nouveaux émigrés peuvent être considérés comme des réfugiés économiques, victimes d’une décolonisation trop rapide et brutale. Ainsi, le traumatisme de l’indépendance a redoublé celui de la guerre

De ces destructions et reconstructions, qui paya le prix ?

Durant la guerre, le FLN-ALN disposait de ressources incomparablement plus faibles que celles de la France, prélevées par les réseaux financiers de l’OPA, au moyen de collectes obligatoires, dans les populations algériennes des wilayas de l’intérieur, de Tunisie, du Maroc, et de France, auxquelles s’ajoutaient des subventions versées par des Etats étrangers, surtout les Etats arabes et dans une moindre mesure ceux du camp socialiste. On ne sait pas bien comment ont évolué les parts respectives des ressources internes et externes [29]. Ces ressources ont été employées au financement de l’effort de guerre : achat d’armements, entretien des combattants, versement d’allocations ou de secours à leurs familles, à celles des emprisonnés, aux réfugiés, aux étudiants... Mais la reconstruction de l’Algérie dépassait les moyens du FLN.

Au contraire, la France consacra des ressources beaucoup plus importantes à financer non seulement son effort de guerre, mais aussi la « pacification » et le développement de l’Algérie. Le budget de la métropole prit à sa charge, en plus des dépenses militaires (évaluées à 10 milliards de nouveaux francs en 1960, et à près de 50 milliards pour toute la guerre), une part croissante des dépenses civiles d’investissement et de fonctionnement de l’Algérie, afin d’améliorer visiblement les conditions de vie des Algériens. L’aide métropolitaine permit à l’Algérie de vivre au-dessus de ses moyens, en compensant les déficits croissants de son budget et de ses échanges extérieurs. La forte augmentation des dépenses de la France en 1956 et 1957 avait relancé l’inflation en métropole et creusé les déficits du budget et du commerce extérieur, mais le plan Pinay de 1958 en vint à bout, et la croissance reprit dès 1960. Ainsi, la continuation de la guerre n’était pas incompatible avec la modernisation de l’économie française et avec son ouverture au marché commun européen ; mais la fin de la guerre accéléra davantage l’évolution [30].

Les accords d’Evian transférèrent au nouvel Etat algérien (en fait, à l’Etat-FLN) la succession et l’héritage de l’Etat français en Algérie. La France lui facilita ses premiers pas, en continuant à combler son déficit budgétaire (creusé par la fuite des contribuables français d’Algérie et de leurs capitaux) par une aide qui s’éleva jusqu’à 3,3 milliards de francs de 1962 à 1970 [31]. Cependant, l’Algérie poursuivit la « récupération des richesses nationales » en nationalisant par étapes les propriétés et les entreprises étrangères, le plus souvent sans la « juste et préalable indemnisation » promise par les accords. L’Etat français en obtint une, après une épreuve de force, pour ses compagnies pétrolières expropriées de leurs concessions au Sahara en 1971. Mais il se contenta d’aider la réinsertion des « rapatriés » dans l’économie métropolitaine par la loi Boulin [32] du 26 décembre 1961, et il attendit 1970 pour voter la première loi de « contribution à l’indemnisation », qui ne satisfit pas les intéressés.

Ainsi, les destructions causées par la guerre, et subies presque entièrement par les populations de l’Algérie, furent en fin de compte réparées ou compensées par la France ou par le transfert d’avoirs français publics ou privés. L’Algérie en hérita les moyens de son indépendance. La France, apparemment perdante, s’estima très soulagée d’être déchargée de la responsabilité du développement de l’Algérie, et de pouvoir consacrer désormais tous ses moyens à son propre progrès.

Bien entendu, ce raisonnement d’économiste laisse de côté l’inquantifiable : la perte irréparable de manières de vivre singulières.

Les enjeux politiques et moraux .

La guerre d’Algérie a profondément divisé les dirigeants et les « leaders d’opinion » français, en fonction d’enjeux politiques et moraux fondamentaux, que les débats entre militants et entre intellectuels, biaisés par le heurt des idéologies et des propagandes, n’ont pas assez clairement distingués. Il convient en effet de distinguer nettement les choix politiques, qui recherchent un bien relatif parmi les diverses options possibles, et les choix moraux qui relèvent de principes absolus. Et parmi les premiers, il est aujourd’hui possible de distinguer deux questions qui étaient à l’époque pratiquement indissociables.

Première question : l’Algérie devait-elle rester française, ou bien se séparer de la France pour former un Etat algérien indépendant ? Telle était la revendication fondamentale du nationalisme algérien et du FLN, motivée par des aspirations élémentaires de tous les peuples : rester soi-même, et être maître chez soi. La fidélité à l’identité traditionnelle arabo-berbère et musulmane de l’Algérie conduisait au rejet de presque toutes les formes de la présence française (domination politique, colonisation, assimilation dépersonnalisante), et ne retenait de son apport culturel que les idées de nation et de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Revendication aussitôt refusée par la masse des « Algériens » d’origine européenne ou juive autochtone, qui ne pouvaient s’identifier à une nation musulmane, ni accepter de vivre en minorité étrangère sur leur sol natal. Craignant de voir leurs intérêts jusque-là privilégiés sacrifiés par la loi du nombre ou par la violence, ils mirent tous leurs espoirs dans le maintien perpétuel et à tout prix de la souveraineté française.

En métropole, cette revendication fut repoussée d’emblée par la quasi-totalité des tendances politiques (à l’exception des communistes et de l’extrême gauche), qui considéraient l’Algérie française comme un dogme national et républicain. Une propagande nationaliste passionnée présenta l’Algérie comme la dernière chance de maintenir la puissance et la grandeur de la France, et l’intégration de l’Algérie à la métropole comme le seul moyen de sauver ce pays de la misère

Pourtant, des esprits lucides constataient que la population de l’Algérie était en très grande majorité musulmane, que ce peuple algérien musulman était économiquement, socialement et culturellement très différent du peuple français, et que son très rapide essor démographique ne permettait plus de l’intégrer dans la France sans compromettre le progrès matériel et l’identité nationale de celle-ci. Raymond Aron fut l’un des premiers à le démontrer dans sa brochure La tragédie algérienne en 1957. De Gaulle en était déjà convaincu depuis 1954 au moins. Contrairement à ce que croyaient la plupart des hommes politiques de la Quatrième République, ignorants des sondages [33], la majorité de l’opinion publique métropolitaine s’est assez vite éloignée de l’idée d’Algérie française, et persuadée que l’Algérie finirait par devenir indépendante. L’existence d’un accord sur ce point capital entre l’opinion métropolitaine, le gouvernement français et le FLN rendit possible, à partir de 1959, la fin de la guerre d’Algérie.

Pourtant, un deuxième problème retarda encore le dénouement du conflit : celui de la légitimité démocratique du pouvoir dans le futur Etat algérien. En effet, jusqu’à la fin de 1960, tous les gouvernements français considéraient le FLN comme un parti armé qui prétendait abusivement représenter un peuple auquel il imposait son autorité par la violence. Oubliant les élections « à la Naegelen », ils exigeaient qu’il déposât les armes et se soumît à la loi des urnes.

En effet, le FLN avait déclenché l’insurrection au nom du peuple algérien en postulant son accord sans avoir pu le consulter, et en promettant de lui rendre des comptes un jour ; en attendant, ses chefs inconnus et désignés par eux-mêmes exigeaient son soutien total en menaçant les « traîtres » et les réfractaires. Sa proclamation du 31 octobre 1954 avait annoncé comme but « la restauration de l’Etat algérien démocratique et social dans le cadre des principes islamiques », ce qui révélait que ses dirigeants étaient, selon Mohammed Harbi, « tiraillés entre deux mondes ; le monde occidental, symbole de l’individualisme et du respect de la vie personnelle, et le monde islamique, plus marqué par la religion et dans lequel l’individu ne se définit que par rapport à la communauté » [34]. Il y avait peut-être des démocrates sincères parmi eux ; mais les nécessités de la guerre les entraînèrent très vite à faire prévaloir l’autorité et l’unité sur la liberté. La lutte contre les « traîtres » et les réfractaires prit les proportions d’une véritable guerre civile qui démentit l’unanimité nationale présumée. Une autre guerre civile opposa le FLN au MNA de Messali Hadj, le seul parti nationaliste qui refusa de se dissoudre. En effet, le FLN exigea en 1956 la fusion de tous les partis nationaux en un Front unique, pour s’imposer à la France comme seul représentant du peuple algérien : c’était condamner le pluralisme politique en tant que facteur de division et de faiblesse. Sa direction confirma sa volonté d’être un parti-Etat en proclamant le Gouvernement provisoire de la République algérienne le 19 septembre 1958, puis en faisant adopter par le CNRA de janvier 1960 les institutions provisoires de l’Etat algérien et les statuts du FLN [35]. Ceux-ci, inspirés de ceux du Parti communiste de l’URSS, définissaient le FLN comme la force dirigeante de l’Etat, et précisaient qu’il continuerait après l’indépendance sa mission historique de guide et d’organisateur de la nation algérienne. En acceptant de négocier avec lui seul, le gouvernement français choisit de fermer les yeux sur ses prétentions qu’il avait longtemps récusées, sans jamais les reconnaître officiellement. En fin de compte, l’échec du CNRA de mai 1962 à donner au FLN une direction unanimement reconnue laissa aux forces armées de l’ALN le pouvoir de désigner les futurs maîtres de l’Algérie par une épreuve de force jusqu’au bord de la guerre civile, et au peuple algérien celui de ratifier le fait accompli en plébiscitant la liste unique des candidats du Front à l’Assemblée nationale. L’officialisation du parti unique masqua le rôle décisif de l’armée, qui apparut au grand jour lors du coup d’Etat du 19 juin 1965.

L’aboutissement de cette évolution était très tôt prévisible. Dès le début de 1956 en Grande Kabylie, bastion du nationalisme algérien, le Journal de Mouloud Feraoun attestait que les cadres du FLN considéraient leur peuple avec une mentalité seigneuriale de copropriétaires du futur Etat algérien [36]. Certains dirigeants importants du Front ont confirmé qu’ils ne croyaient pas leur peuple mûr pour la démocratie. Plusieurs témoins bien placés ont dénoncé les ambitions concurrentes des principaux chefs et la méfiance permanente qui règnait entre eux. Comme l’explique Mohammed Harbi, leur patriotisme sincère ne doit pas empêcher de voir que « dans ces victimes et ces rebelles de la colonisation sommeillent des maîtres dont le modèle n’est ni le fonctionnaire ni le colon, mais le caïd et le notable rural, symbole d’un pouvoir qui trouve ses racines dans la tradition nationale » [37]. Malgré les efforts de militants politiques comme Abane, Abbas, ou Ben Khedda, soucieux d’établir une « légalité révolutionnaire », la force continua de faire la loi dans les rapports entre les chefs, comme entre les combattants et le peuple.

Comment le peuple algérien a-t-il supporté cette situation ? Mohammed Harbi estime que la violence du FLN, considérée comme « celle de la communauté dont chacun se veut membre », « n’a jamais pu être mise en balance avec celle du colonialisme (...) vécue comme une violence étrangère qui menace l’identité ethnique, religieuse et culturelle de tous » [38]. D’autres témoins ont objecté qu’au contraire « il y a des violences que l’ont peut admettre de ses adversaires, mais que l’on ne peut accepter des siens » [39]. Il n’y a pas à choisir entre ces deux interprétations, également justifiées par les deux grands critères traditionnels d’identité collective des Algériens : l’appartenance à la communauté musulmane, et celle à une société segmentaire composée de lignages particuliers jaloux de leur honneur. Mohammed Harbi a lui-même reconnu que la surestimation de la première et la sous-estimation de la seconde par le FLN expliquaient en partie le grand nombre des Algériens engagés dans le camp français pour se défendre contre l’injustice de leurs frères. Le Journal de Mouloud Feraoun confirme que les deux réactions ont coexisté ou alterné, même s’il estime qu’en fin de compte le patriotisme fut le plus fort : « Que vienne à s’instaurer n’importe quel régime, il sera le bienvenu pourvu qu’il émane des Algériens eux-mêmes » [40]. Comme l’avait bien vu Raymond Aron, « la révolte contre les Occidentaux des peuples d’Asie et d’Afrique n’est pas d’abord une revendication de droits individuels, elle est d’abord une révolte contre la domination étrangère » [41].Mais la satisfaction d’obéir à des maîtres de même origine que soi ne dure qu’un temps. En Algérie, la libération nationale n’impliquait pas immédiatement la liberté des citoyens : ils durent attendre jusqu’en 1989 l’octroi du droit de choisir leurs représentants entre les candidats de plusieurs partis.

En France, bien que les principes démocratiques n’eussent jamais été intégralement appliqués outre-Méditerranée, l’idée d’Algérie française était considérée, jusqu’en 1954, comme inséparable de la culture politique républicaine (en dehors du parti communiste). Lorsque la majorité de l’opinion publique s’en détacha, ses derniers partisans civils et militaires apparurent de plus en plus comme des ennemis de la démocratie. C’était vrai dans la mesure où ceux-ci refusaient de se soumettre au choix de la majorité, et tentaient de s’y opposer par la violence ; d’autant plus que les droites extrêmes, stigmatisées par l’épuration de 1944, avaient trouvé dans la défense de l’Algérie française l’occasion de prendre leur revanche en revendiquant le privilège du patriotisme et en retournant l’accusation de trahison contre leurs adversaires [42]. Pourtant, cette opposition ne procédait pas nécessairement d’une option idéologique d’extrême droite préalable : elle pouvait aussi bien s’expliquer par la logique de la guerre révolutionnaire, qui entraînait chacun des adversaires à s’aligner consciemment ou non sur les méthodes de l’autre. En France, la démocratie fut sauvegardée, au prix de plusieurs épreuves de force et d’une guerre civile limitée contre l’OAS ; mais elle ne le fut pas en Algérie.

L’anticommunisme [43], largement répandu dans les milieux politiques et enraciné dans l’armée par la guerre perdue en Indochine, avait voulu voir dans la guerre d’Algérie un nouvel épisode décisif du conflit mondial opposant le Communisme au monde libre. Contrairement aux craintes des partisans de l’Algérie française, et aux espoirs de certains intellectuels révolutionnaires français ou algériens, l’indépendance de l’Algérie n’entraîna pas plus la communisation de ce pays que celle de la France. La Révolution algérienne resta une révolution anticoloniale, nationale et religieuse, étrangère au marxisme, auquel elle n’avait emprunté que des recettes d’organisation et d’action. La « mainmise communiste sur la rébellion » ne fut qu’un mythe ; mais ce mythe fut un réel obstacle à l’acceptation de la décolonisation de l’Algérie.

Un troisième grand enjeu de la guerre d’Algérie concernait les rapports entre la morale et la politique : une cause politiquement juste peut-elle justifier l’emploi de tous les moyens, même injustes, ou bien doit-il y avoir conformité entre la fin et les moyens ? Ce débat fondamental s’est engagé et poursuivi dans la passion et la confusion, entretenues par l’affrontement des idéologies et des propagandes.

Dès le début de l’insurrection, des intellectuels français et des propagandistes du FLN ont dénoncé l’emploi de la torture et des exécutions sommaires par la police et l’armée française en les identifiant aux méthodes répressives employées dix ans plus tôt par les Nazis contre les Résistants ; certains en ont conclu que le colonialisme ne valait pas mieux que le nazisme, et que le prétendu « terrorisme » algérien n’était qu’une nouvelle résistance. Les partisans de l’Algérie française ont riposté en dénonçant le silence de leurs adversaires sur les actes de cruauté commis par les « fellaghas » (mutilations faciales et sexuelles, viols, égorgements, massacres de familles entières), et en contestant l’honnêteté de juges qui employaient deux poids et deux mesures pour condamner ou pour absoudre des actes comparables suivant qu’ils désapprouvaient ou approuvaient les buts politiques de leurs auteurs [44]. Certains des intellectuels français mis en cause ont répondu qu’ils dénonçaient les crimes commis au nom de la France parce qu’ils s’en sentaient responsables, et qu’ils attendaient que les Algériens fissent de même [45].

En réalité, les deux camps ont agi suivant l’idée que la justesse de leur cause les autorisait à employer tous les moyens présumés efficaces pour atteindre leur but.

Le FLN, dans sa proclamation du 31 octobre 1954 , avait annoncé sa volonté d’employer « tous les moyens », conformément aux « principes révolutionnaires », jusqu’à la réalisation de son but [46]. Formule pragmatique, impliquant toute forme d’action violente, y compris le terrorisme, c’est-à-dire des actes de violence visant des civils sans armes et non des combattants armés capables de riposter, et destinés à terroriser les survivants. D’abord dirigé contre les « traîtres » et les réfractaires, il fut ensuite étendu aux « colonialistes » européens ou juifs, visés pour leurs actes hostiles, puis pour leurs opinions, et enfin pour leurs origines. La tradition musulmane fut utilisée pour légitimer la violence interne et externe (devoir de participer au Djihad, et châtiment des traîtres considérés comme des apostats).

L’escalade de la violence, manifestée par la sanglante offensive du 20 août 1955 dans le Nord Constantinois, fut critiquée en 1956 par Abane, qui préconisa le respect des principes de l’Islam et des lois de la guerre dans le premier numéro d’El Moudjahid et dans la plate-forme du Congrès de la Soummam [47]. Les directives du Congrès interdirent l’exécution des prisonniers de guerre, les condamnations à mort sans jugement par un tribunal, l’égorgement et les mutilations [48]. Mais cette tentative de limiter la violence visait moins à humaniser la guerre qu’à donner au FLN-ALN l’image d’un belligérant respectable pour obtenir sa reconnaissance internationale.

En effet, le CCE issu du Congrès décida presque aussitôt la généralisation du terrorisme aveugle dirigé contre les Européens, rendus collectivement responsables de la répression, afin de provoquer des représailles également aveugles qui rassembleraient tous les Algériens autour du FLN [49]. El Moudjahid justifia cette provocation en lui attribuant une fonction révélatrice de l’inhumanité du colonialisme, état de violence préalable qui légitimait d’avance tous les actes de violence des insurgés [50]. Frantz Fanon alla jusqu’à glorifier la vertu cathartique de la « violence absolue », nécessaire pour désintoxiquer le colonisé de l’agressivité accumulée en lui par l’oppression coloniale, dans son dernier livre, Les damnés de la terre, que Jean-Paul Sartre préfaça sans aucune distance critique [51]

Le châtiment des « traîtres », nécessité de toute guerre, continua d’être pratiqué suivant des formes traditionnelles de cruauté, censées prouver la vertu irréprochable des justiciers et l’indignité absolue des condamnés [52], et légitimées aux yeux des premiers par l’identification des seconds à des renégats de l’Islam. Au lieu de renforcer la cohésion nationale, leur abus multiplia les désirs de vengeance qui motivèrent de nombreux ralliements au camp français, et entretint la suspicion et la peur à l’intérieur de l’ALN. Pourtant, elles se manifestèrent plus que jamais après l’indépendance, pour venger les Martyrs et pour légitimer les nouveaux maîtres, au mépris des promesses de pardon et des engagements signés à Evian.

De l’autre côté, la police et l’armée françaises étaient censées défendre l’ordre légal troublé par une minorité de « rebelles », dont tous les actes étaient punissables par les lois en tant que crimes ou que délits. Pourtant, les « forces de l’ordre » se plaignirent très vite d’être entravées par les règles légales du temps de paix, face à des adversaires qui les bafouaient systématiquement. C’est pourquoi des pratiques répressives illégales (torture, exécutions sommaires) ressurgirent aussitôt, et le vote de lois adaptant la légalité ordinaire aux impératifs de la lutte anti-subversive (état d’urgence en avril 1955, pouvoirs spéciaux en mars 1956) ne suffit pas à en venir à bout. Au contraire, en mai et juin 1955 les responsables politiques et militaires, affolés par l’enracinement et par l’expansion de la « rébellion », allèrent jusqu’à rétablir la mise hors-la-loi, pratique de l’Ancien Régime consistant à suspendre toutes les garanties légales jusqu’à l’extermination de ceux qui défiaient les lois. Le ministre de l’Intérieur Bourgès-Maunoury, le gouverneur général Soustelle, les généraux Cherrière et Allard, ordonnèrent l’emploi de « tous les moyens » pour détruire les bandes armées, l’exécution sur le champ des « rebelles » pris les armes à la main, l’ouverture systématique du feu sur les fuyards et les évadés, la responsabilité collective des populations complices [53]. Ces directives draconiennes ouvrirent la voie à tous les excès, et provoquèrent la radicalisation du terrorisme des « hors-la-loi » sans en venir à bout [54]. Elles ne restèrent pas intégralement en vigueur, parce que les « rebelles » étaient devenus trop nombreux et que leur ralliement s’avérait plus avantageux que leur extermination. Cependant, des méthodes illégales restèrent tacitement couvertes ou recommandées pour leur efficacité, comme la torture pendant la bataille d’Alger, alors que Guy Mollet prétendait en ignorer l’existence ou n’y voir que des fautes individuelles. En l’absence de consignes officielles distinguant clairement les pratiques licites et illicites, les défenseurs de l’ordre furent laissés seuls avec leur conscience, et portés à justifier presque tous les moyens violents par l’argument du moindre mal : légitimité de tous les moyens efficaces pour sauver des vies menacées, pourvu qu’ils n’égalent pas en cruauté ceux des « fellaghas » [55].

Quand le gouvernement et le peuple français eurent changé le but de leur politique algérienne, ceux qui s’étaient engagés à fond dans la lutte contre la « rébellion » furent confrontés à un dilemme. Les uns choisirent de se soumettre et de « partager la honte d’un abandon » [56], tout en essayant de sauver ceux qu’ils avaient compromis de représailles prévisibles. Les autres, refusant d’avoir « méfait pour rien » [57], s’acharnèrent à poursuivre le but qui était censé justifier tous leurs actes. Les membres de l’OAS, « soldats perdus » et anciens « activistes » ou « contre-terroristes » civils, avaient en commun le refus d’accepter la victoire du FLN, mais ils étaient partagés entre la condamnation morale de ses méthodes et la fascination envieuse pour leur efficacité. Le général Salan ne cessa pas de condamner « l’exécution criminelle de l’innocent anonyme » visant à provoquer l’affrontemententreles communautés. Mais il dut constater, en février 1962, que les chefs de commandos placés sous son autorité nominale s’étaient ralliés à une stratégie du pire [58], supposant que les moyens qui avaient réussi au FLN devaient réussir à l’OAS, et que la victoire était son seul impératif absolu.

Certains ont cru trouver une différence essentielle entre le FLN et l’OAS : les deux organisations avaient employé des moyens injustes, mais la première l’avait fait pour servir une juste cause, alors que la seconde en servait une mauvaise. En réalité, les hommes de l’OAS croyaient autant à leur bon droit que ceux du FLN : comme le bon sens d’après Descartes, la certitude d’avoir raison est la chose du monde la plus répandue. La politique n’est pas une science exacte qui déterminerait infailliblement le juste et l’injuste. Le bien commun de tous n’est pas toujours possible : en Algérie, une solution parfaitement juste réparant toutes les injustices sans en créer d’autres ne l’était probablement pas. Enfin, la justesse des intentions proclamées ne saurait justifier l’injustice des moyens employés, parce que les résultats obtenus résultent des moyens et non des intentions : il faut donc une cohérence entre la fin et les moyens.

La logique de la guerre, affrontement interactif de volontés antagonistes, conduit naturellement les adversaires à « l’ascension aux extrêmes » de la violence, comme l’a montré Clausewitz. Pourtant, la violence illimitée n’est pas nécessairement la plus efficace, parce qu’elle est un moyen et non une fin ; sa limitation est recommandée par l’intérêt mutuel autant que par la morale, pour épargner les forces des deux camps et pour faciliter le rétablissement d’une paix durable. La « violence absolue » ne libère personne : elle pervertit ceux qui la pratiquent et entretient la haine chez ceux qui la subissent. Si la théorie de Fanon avait été vraie, l’Algérie serait aujourd’hui le pays le plus heureux du monde.

Un bilan susceptible d’être révisé

Le bilan d’une guerre est susceptible d’être révisé après sa fin, à mesure que l’écoulement du temps met en évidence des conséquences imprévues [59]. C’est particulièrement vrai de la guerre d’Algérie, dont la date finale et l’achèvement même restent des sujets de controverse.

Le 18 mars 1962, le général de Gaulle présentait les accords d’Evian comme « la solution du bon sens », fondée sur l’intérêt réciproque des deux parties. Six mois plus tard, il avait dû se rendre à l’évidence que les violations des garanties de sécurité des personnes et des biens avaient chassé presque tous les Français d’Algérie, et conclu qu’il fallait accepter la remise en cause des accords de façon à sauvegarder autant que possible les intérêts de la France, qui ne se confondaient plus avec ceux de ses ressortissants.

Dix ans plus tard, après la retraite et la mort du Général, on pouvait conclure à la fois au démantèlement complet des aspects néo-colonialistes des accords d’Evian, et au succès inattendu de la coopération culturelle, scientifique et technique, qui permettait d’espérer le maintien durable d’une empreinte française sur l’Algérie. Les relations franco-algériennes étaient à la croisée des chemins, entre la banalisation souhaitée par les présidents Pompidou et Giscard d’Estaing, et le renforcement de relations privilégiées réclamé par le président Boumedienne. Pourtant, à l’occasion de leur divergence sur le conflit du Sahara occidental, les deux pays se sont éloignés entre 1975 et 1981 : accélération de l’arabisation de l’enseignement, de la réislamisation de la vie publique, et organisation de la commémoration obsessionelle de la guerre de libération en Algérie, alors qu’en France les milieux dirigeants croyaient trouver des liens étroits entre la perte du pétrole saharien, les chocs pétroliers de 1974 et de 1979, la montée du chômage, et l’idée d’y remédier par une inversion volontaire ou imposée des flux migratoires.

Vingt ans plus tard, la France de François Mitterrand paraît se réconcilier avec l’Algérie de Chadli Bendjédid, et l’immigration algérienne en France n’est plus officiellement remise en cause. Mais une de ses conséquences différées vient au premier plan de la vie publique : la formation d’une catégorie croissante de jeunes binationaux, du fait de la contradiction entre le code de la nationalité française, fondé sur le droit du sol, et la loi algérienne, d’inspiration islamique, imposant une allégeance perpétuelle à ses ressortissants. Contradiction qui fait ressurgir le vieux problème colonial de la compatibilité entre la loi française et la loi musulmane que de Gaulle croyait avoir règlé par l’ordonnance du 21 juillet 1962, lequel redevient un enjeu politique majeur entre l’extrême droite, les droites parlementaires et la gauche qui se disputent le pouvoir.

Trente ans après 1962, l’Algérie rechute dans la violence. L’ébranlement du régime autoritaire par les émeutes d’octobre 1988 n’a pas suffi à rapprocher les deux pays ; la marée islamiste et l’interruption du processus électoral par le coup de force militaire de janvier 1992 ont déclenché une nouvelle guerre civile, caractérisée au moins jusqu’en 1997 par une escalade de l’horreur. La France a vu réduire les derniers vestiges de sa présence et de son influence en Algérie ; menacée jusque sur son propre territoire en 1995 et 1996, elle a tendu à considérer l’Algérie comme un pays barbare dont elle devait s’isoler par un cordon sanitaire. Le pari des accords d’Evian a semblé en voie d’être entièrement et définitivement perdu. Mais ce sont aussi les espoirs de nombreux patriotes algériens dans une Algérie indépendante libre et heureuse qui ont paru condamnés.

On ne peut manquer de se demander pourquoi les trente premières années de l’indépendance ont conduit l’Algérie à une faillite matérielle et morale aussi complète, et de soupçonner des rapports de causalité entre les conditions de la conquête de cette indépendance et la situation actuelle. Parmi ces rapports probables figure en bonne place la gestion politique de la mémoire de la « guerre de libération ». Il est encore trop tôt pour savoir si les intentions de rénovation de l’Algérie et de refondation de ses relations avec la France exprimées par le président Bouteflika ouvriront une ère nouvelle dans celles-ci . Il est sûr, en tout cas, que la reconsidération critique du bilan de cette guerre dans les deux pays est nécessaire à leur assainissement.

Guy Pervillé

Cette publication reprend et résume le chapitre 5 de notre livre intitulé Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Paris, Picard, 2002 (pp. 232-268).

[1] Bilan cité par Alfred Grosser, La IVème République et sa politique extérieure, Paris, Armand Colin, 1972, p 302. Cf. le tableau reproduit par Nelcya Delanoë dans sa communication sur « Les soldats marocains ralliés au Vietminh », au colloque La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises, Paris, IHTP et Société française d’histoire d’Outre-mer, novembre 2000, p 309.

[2] Cf. El Moudjahid, n° 90, 9-3-1962,réédition de Belgrade, t. 3, p 680 (« Le prix de l’indépendance »).

[3] Xavier Yacono, « Les pertes algériennes de 1954 à 1962 », Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n° 34, 1982-2, pp 119-134 ; cf. Charles-Robert Ageron, « Les pertes humaines de la guerre d’Algérie », catalogue de l’exposition La France en guerre d’Algérie, Paris, Musée d’histoire contemporaine, et Nanterre, BDIC, 1992, pp 170-175.

[4] Tableau « pertes forces de l’ordre et pertes rebelles », SHAT 1 H 1937/2, reproduit par Maurice Faivre, Les archives inédites de la politique algérienne, Paris, L’Harmattan, 2000, p 364.

[5] Charles de Gaulle, Discours et messages, t.3, Paris, Plon, 1970, pp 54 et 137 ; cf. Raymond Tournoux, Jamais dit, Plon, 1971, pp 207-208, et La tragédie du Général, Plon, 1967, pp 597 et 405.

[6] Tableau reproduit par Djamila Amrane, Les femmes algériennes dans la guerre, Paris, Plon, 1991, p 252.

[7] Mise au point du général Maurice Faivre dans son livre, Les combattants musulmans de la guerre d’Algérie, Paris, L’Harmattan, 1995, pp 259-263.

[8] JORF, Débats parlementaires, Assemblée nationale, 4 août 1962, p 2927 ; cf. SHAT 1 H 1933 et 1937.

[9] Ageron, « Les Français devant la guerre civile algérienne », dans La guerre d’Algérie et les Français, s.dir. J-P. Rioux, Paris, Fayard, 1990, p 630, notes 10 et 11.

[10] Les combattants du crépuscule, Paris, Grasset, 1970, p 435, note 1.

[11] Rapport du général Fourquet, « Bilan de deux mois de cessez-le-feu », SHAT 1 H 1937/D3.

[12] Document du 2ème bureau de l’état major interarmées d’Alger, reproduit dans la thèse de Jean Monneret, La phase finale de la guerre d’Algérie, Paris-IV, 1997.

[13] « Bilan des exactions contre les personnes civiles », établi par l’ambassade de France à Alger, SHAT 1 H 1785/3 et 1 H 1791 (consultable par dérogation) ; reproduit dans la thèse de Jean Monneret, et sous une forme modifiée par le général Faivre, Les archives inédites..., op. cit., p 368.

[14] JORF, Débats parlementaires, Sénat, 25 novembre 1964, pp 1846-1849.

[15] Sous-titre du livre du capitaine Marc-Louis Leclair, Disparus en Algérie, Paris, Jacques Grancher, 1986.

[16] Le Monde, 13 novembre 1962.

[17] Cf. la version reproduite par Ahmed Kaberseli, Le chagrin sans la pitié, Dieppe, Le clin d’oeil, 1988, et par Abdelaziz Méliani, La France honteuse, le drame des harkis, Paris, Perrin, 1993, pp 78-82, avec celle citée par Mohand Hamoumou, Et ils sont devenus harkis, Paris, Fayard, 1993, p 248.

[18] Bilans des attentats contre les biens, dressés par le 5ème bureau de l’état-major d’Alger, SHAT 1 H 1933/1 à 3.

[19] Voir Michel Cornaton, Les camps de regroupement de la guerre d’Algérie, 2ème édition, Paris, L’Harmattan, 1998, et la communication de Charles-Robert Ageron au colloque Aspects militaires de la guerre d’Algérie, Montpellier, 5-6 mai 2000.

[20] René Gallissot, « La guerre d’Algérie et l’immigration algérienne en France », dans La guerre d’Algérie et les Français, op.cit., pp.337-347 ; cf. la courbe dressée par Marc Cote, L’Algérie, Masson et Armand Colin, 1996, p 160.

[21] El Moudjahid, n° 52, 15-10-1959,t. 2 p 495, et n° 90, 9-3-1962,t.3 p 680.

[22] Philippe Tripier, Autopsie de la guerre d’Algérie, Paris, La Table Ronde, 1972, p 467.

[23] Voir Jacques Frémeaux, « Le reflux des Français d’Afrique du Nord », et Guy Pervillé, « Les conditions de départ : l’Algérie », dans Marseille et le choc des décolonisations, s. dir. Jean-Jacques Jordi et Emile Témime, Aix-en-Provence, Edisud, 1996.

[24] Expression citée par Ageron, « La politique française de coopération, des accords d’Evian à la retraite du général de Gaulle », dans De Gaulle en son siècle, t.6, Liberté et dignité des peuples, Paris, Plon et La Documentation française, 1992, p 212.

[25] Les damnés de la terre, Paris, Maspéro, 1961.

[26] M’amed Boukhobza, « Le transfert social de l’indépendance, les mutations urbaines », dans Les accords d’Evian en conjoncture et en longue durée, s. dir. René Gallissot, Paris, Karthala et Institut Maghreb-Europe, 1997.

[27] Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l’histoire, Paris, La Découverte, 1993, pp 225-231.

[28] Propos cités par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Paris, Fayard et de Fallois, t.1, 1994, pp 394-396, et t.2, p 436 ; cf. les notes prises par le secrétaire général du gouvernement, Roger Belin, au comité des affaires algériennes du 26 novembre 1962, Archives nationales, F 60, SGG, reproduites par Maurice Faivre, Les archives inédites..., op. cit., p 323.

[29] Voir les analyses contradictoires de Philippe Tripier, op. cit., pp 563-465, et de Ali Haroun, La septième wilaya, La guerre d’Algérie en France, pp 307-327.

[30] Voir la mise au point de Daniel Lefeuvre sur le coût de la guerre d’Algérie, dans La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises, op. cit., pp 501-514 ; et les contributions de Jacques Marseille et de Jean-Charles Asselain dans La guerre d’Algérie et les Français, op. cit.,pp 281-303.

[31] Ageron, « La politique française de coopération... », op. cit., pp 204-221.

[32] Voir Frémeaux, op. cit., dans Marseille et le choc des décolonisations..., op. cit., pp 20-21.

[33] Voir l’article pionnier de Charles-Robert Ageron, « L’opinion française devant la guerre d’Algérie », Revue française d’histoire d’Outre-mer, n° 231, 2ème trimestre 1977, pp 256-284, reproduit dans La guerre d’Algérie et les Français, op. cit., pp 25-44.

[34] Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité, Paris, Editions Jeune Afrique, 1980, p 305.

[35] Textes reproduits par Philippe Tripier, op. cit., pp 602-610. Cf. le commentaire de Lakhdar Ben Tobbal devant les militants FLN du Maroc, dans Mohammed Harbi, Les archives de la Révolution algérienne, Paris, Editions Jeune Afrique, 1981, pp 287-302.

[36] Voir pp 88-89 (6 mars 1956), 91-92 (9 mars), 93 (11 mars).

[37] Harbi, Le FLN..., op. cit., pp 7-8.

[38] Harbi, op. cit., pp 311-312.

[39] Jean Morizot, Les Kabyles, propos d’un témoin, Paris, Publications du CHEAM, 1985, p 208.

[40] Feraoun, op. cit., p 304 (27 novembre 1960).

[41] La tragédie algérienne, Paris, Plon, 1957, p 7.

[42] Voir Guy Pervillé, « L’Algérie dans la mémoire des droites », dans Histoire des droites en France, s. dir. Jean-François Sirinelli,Paris, Gallimard, 1992, t. 2, pp 651-656.

[43] Voir Guy Pervillé, « Anticommunisme et décolonisation », dans Communisme, n° 62-63, automne 2000, pp. 115-135.

[44] Cf. Raoul Girardet, « Trois avertissements », dans La guerre d’Algérie et les intellectuels français, s. dir. J.P. Rioux et J.F. Sirinelli,, Bruxelles, Complexe, 1991, pp 329-343.

[45] Cf. Pierre Vidal-Naquet, Face à la raison d’Etat, un historien dans la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1989 (pp 26-29).

[46] Proclamation publiée notamment par M. Harbi, Les archives..., op. cit., pp. 101-103, et avec l’appel de l’ALN dans La guerre d’Algérie, s . dir. Henri Alleg, Paris, Temps actuels, 1981, t. 3, pp 508-511.

[47] Voir dans El Moudjahid, n° 1, réédition t.1, pp 15-16, « El Moudjahid vous présente le fidaï » et « Les dix commandements de l’ALN » ; et la plate-forme du Congrès de la Soummam dans le n° 4 (réédition, t.1, pp 61-73).

[48] Cf. le procès verbal du Congrès dans Harbi, Les archives ..., op. cit., pp 160-167, et les directives politiques publiées par Messaoud Maadad, Guerre d’Algérie, chronologie et commentaires, Alger, ENAG, 1992, pp 247-257.

[49] Cf. Guy Pervillé, « Le terrorisme urbain dans la guerre d’Algérie », actes du colloque Aspects militaires de la guerre d’Algérie, Montpellier, 5-6 mai 2000.

[50] Cf. les textes commentés dans la thèse de sciences politiques de Slimane Chikh, L’Algérie en armes, ou le temps des certitudes, Paris, Economica, et Alger, OPU, 1981, pp 217-224.

[51] Cf. la réaction de Jean Daniel, reproduite par Alain-Gérard Slama, La guerre d’Algérie, histoire d’une déchirure, Paris, Découvertes-Gallimard, 1996, p 147.

[52] Cf. Mohand Hamoumou, Et ils sont devenus harkis..., op. cit., p 250 ( reprenant une analyse de Michel Foucault sur la fonction probatoire des supplices).

[53] Le récit d’Yves Courrière, Le temps des léopards, Paris, Fayard, 1969, pp 106-115, est confirmé par l’instruction n° 11 du général Allard, datée du 19 juin 1955 et approuvée le 1er juillet par les ministres de l’Intérieur et de la Défense, SHAT 1H 1944/1, citée et commentée par Claire Mauss-Copeaux, Appelés en Algérie, la parole confisquée, Paris, Hachette, 1999, pp170-172.

[54] Cf. Ageron, « L’insurrection du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois », La guerre d’Algérie et les Algériens, Paris, Armand Colin, 1997, pp 27-50.

[55] Cf. les justifications du général Massu dans La vraie bataille d’Alger, Paris, Plon, 1971, et Monaco, Editions du Rocher, 1997, PP 161-168 ; et ses regrets tardifs dans Le Monde, 22 juin 2000, p 6.

[56] Déclaration du général de Pouilly, Le procès de Raoul Salan, Paris, Albin Michel, 1962, p 224.

[57] Déposition du capitaine Estoup au procès du lieutenant Godot, citée par Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la République, Paris, Editions de Minuit, 1972, pp 167-169.

[58] Cf. OAS parle, Paris, Julliard, 1964, pp 109, 166-168, 263-265 ; et le journal du capitaine Jean Ferrandi, 600 jours avec Salan et l’OAS, Paris, Fayard, 1969, pp 265-273.

[59] Cf. nos deux essais antérieurs de bilan, aujourd’hui dépassés : « Les accords d’Evian et les relations franco-algériennes », in La guerre d’Algérie et les Français, op. cit., pp 484-493, et « Trente ans après : reflexions sur les accords d’Evian », in Revue française d’histoire d’Outre-mer, n° 296, pp 367-381.



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