Les engagements politiques des étudiants musulmans algériens à l’Université d’Alger de 1909 à 1971 (2017)

vendredi 30 juin 2017.
 

Cet article vient de paraître dans la revue Outre-mers, revue d’histoire, n° 394-395, 1er semestre 2017, pp. 105-125, dans le cadre d’un dossier thématique intitulé "Enseignement supérieur et universités dans les espaces coloniaux : histoire, comparaisons (du XIXème siècle aux indépendances". Ce dossier, coordonné par Hélène Charton et Marc Michel, est composé des contributions suivantes :

-  Introduction, par Hélène Charton.

-  Les débuts de l’enseignement du droit à l’île Bourbon (1825-1837), par Jérémy BOUTIER.

-  L’enseignement sup&rieur en Asie française et britannique. Expériences croisées à l’âge des Empires (années 1850-1930), par Sara LEGRANDJACQUES.

-  L’Université de Hanoi (1906-1945). Un outil de renouvellement des élites et de la culture vietnamiennes ? par HOANG Van Tuan.

-  A French University in China ? The Forgotten History of Zhendan University (L’Université Aurore, Zhendan daxue), par Steven PIERAGASTINI.

-  Les engagements politiques des étudiants musulmans à l’Université d’Alger (de 1909 à 1971), par Guy PERVILLE.

-  L’Homo africanus acadamicus : les limites de la fabrique d’une élite universitaire en Afrique de l’Est, par Hélène CHARTON.

-  Les étudiant(e)s en médecine en Afrique de l’Ouest au XXème siècle : perspectives historiques sur la formation d’une élite, par Elsa PARIS.

-  Postface en forme de témoignage, par Marc MICHEL.

Les universités d’outre-mer sont le plus souvent - à l’exception de quelques pays musulmans - des conséquences de l’expansion coloniale européenne. Nous pouvons donc les classer en deux types principaux : d’une part les transplantations directes d’institutions universitaires de type européen dans les colonies de peuplement, comme Harvard (1636) et Yale (1701) reproduisant Cambridge et Oxford en Nouvelle-Angleterre ; d’autre part des créations nouvelles dans des pays dépourvus de populations européennes. Dans l’empire colonial français, les créations d’établissements d’enseignement supérieur ont été très tardives, à deux exceptions près : d’une part l’Université de Hanoi, fondée en 1907, puis refondée en 1917 ; d’autre part, celle d’Alger, dont les écoles supérieures créées pour la plupart en 1879 prirent le nom de Facultés en 1909. Mais ce dernier exemple ne rentre qu’imparfaitement dans la catégorie des universités européennes transplantées outre-mer, dans la mesure où ni ses enseignants ni ses étudiants ne se recrutaient en grande majorité dans la population indigène musulmane avant la décolonisation brutale de 1962. En réalité l’Université d’Alger était conçue comme une université française comme les autres, ou plutôt elle se voulait au premier rang des universités françaises, implantée dans un milieu original qu’elle devait faire mieux connaître aux Français. Le fait que la population « indigène » ou musulmane du pays lui était massivement étrangère fut très longtemps sous-estimé, mais la minorité d’abord infime que furent les étudiants musulmans d’Alger joua un rôle politique croissant dans la contestation du régime établi par le mouvement nationaliste. De ce point de vue, une comparaison utile serait à faire avec l’Université sud-africaine du Cap, fondée en 1829, qui n’a pas connu une telle mutation de ses populations étudiante et enseignante depuis la fin officielle de l’apartheid (1994) [1].

Il convient donc de présenter rapidement l’Université d’Alger : une grande université française en terre algérienne (1909-1962), avant d’analyser le rôle des étudiants musulmans algériens, d’un groupe marginal à une organisation nationale (1919-1962), puis enfin la situation des étudiants algériens devenus largement majoritaires dans l’Université algérienne d’Alger (1962-1971), en nous arrêtant à la dissolution de leur organisation l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA, 1963-1971) par le gouvernement de l’Algérie indépendante.

1- L’Université d’Alger : une grande université française en terre algérienne (1909-1962)

La création de l’Université d’Alger fut une conséquence du choix de la colonisation de peuplement fait par la France en Algérie. Le premier établissement d’enseignement supérieur, créé en 1857, fut l’école préparatoire de médecine et de pharmacie. Elle reçut en 1879 le même statut que les trois autres facultés créés alors sous le nom d’écoles supérieures de droit, de sciences et de lettres, qui furent regroupées avec elles dans le « palais des Facultés » inauguré en 1887, mais l’ensemble attendit encore vingt ans pour recevoir le titre d’Université d’Alger par la loi du 30 décembre 1909. Elle dut encore lutter pour assurer toutes les licences fondamentales, développer des enseignements de haut niveau en rapport avec les réalités locales, et s’imposer comme l’une des premières universités de France. Fernand Braudel, qui enseigna en Algérie de 1923 à 1932, la considérait comme la meilleure et la plus brillante des universités françaises à égalité avec celle de Strasbourg [2].

Les étudiants d’Alger se sont longtemps tournés en majorité vers les disciplines conduisant à des professions libérales : par exemple en 1929, 828 en droit, 548 en médecine et pharmacie, 282 en lettres, 212 en sciences. Leur nombre, très modeste au départ, s’accrut très sensiblement après les deux guerres mondiales : dépassant les 1 400 en 1919, il atteignit les 2.000 en 1930, pour reculer à 1.866 en 1939-40, puis il bondit à 3.773 dès l’année suivante, à 4.128 en 1944-45, à 5.478 en 1952-53, à 6.553 en 1959-60 et 7.248 en 1960-61. L’accélération de la hausse des effectifs imposa dès 1959 l’ouverture de deux nouveaux centres universitaires à Oran et à Constantine, qui s’émancipèrent en 1961. Cette augmentation provenait en grande partie, comme en métropole, de l’afflux des étudiantes qui représentaient à la fin de la période le tiers du total. Mais l’augmentation la plus importante pour l’avenir était celle des étudiants musulmans, passés de moins de 5% des effectifs avant 1914 et entre 1919 et 1939 à plus de 5% à partir de 1943-44, et à plus de 10% depuis 1953-54 - alors que la part des musulmans dans la population de l’Algérie était de 90%. Si la grève scolaire lancée par l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) en mai 1956 fit chuter ce pourcentage de 13% à 5,6% l’année suivante, il remonta rapidement par la suite (8,7% en 1957-58, 9,7% en 1958-59, 12,4% en 1959-60, 18,1% en 1960-61). La sous-représentation manifeste des étudiants musulmans dans l’Université française d’Alger restait donc le problème majeur, trop longtemps ignoré [3]. A plus forte raison, il en était de même dans le personnel enseignant, qui ne comportait presque aucun autochtone en dehors de l’arabe [4] et du berbère [5].

Le mouvement étudiant s’était organisé lui aussi dans un cadre français à partir de 1883. L’Association générale des étudiants d’Alger (AGEA), comme celles des villes universitaire de la métropole, prétendait rassembler tous les étudiants français « dans des sentiments d’honneur et de patriotisme », sans confondre son rôle avec celui des associations politiques ou religieuses. Durant l’entre-deux-guerres, l’AGEA se montra particulièrement dynamique dans l’amélioration des conditions de vie matérielles et morales des étudiants, notamment en prenant l’initiative de construire la Maison des étudiants qui abritait son siège et un restaurant universitaire. Mais elle découvrit tardivement les conséquences de la présence d’une minorité croissante d’étudiants indigènes musulmans.

2- Les étudiants musulmans algériens, d’un groupe marginal à une organisation nationale (1919-1962)

L’apparition d’étudiants musulmans algériens dans les universités françaises était liée à la volonté d’assurer l’encadrement de la société indigène par des élites renouvelées, dotées d’une double culture arabe et française, dans des institution telles que les trois medersas [6] officielles d’Alger, Tlemcen et Constantine, et l’Ecole normale d’instituteurs de la Bouzaréa [7], puis dans les lycées et les facultés. L’apparition de ces premiers étudiants musulmans est difficile à repérer, car il s’agissait au début de cas individuels, dispersés dans plusieurs universités françaises, à Paris ou Montpellier autant qu’à Alger. Dès 1881, un étudiant en droit nommé Ahmed Ben Kaddour présenta dans une loge maçonnique de Paris une conférence sur les rapports entre la science et la religion, qui provoqua une vice réaction d’un notable colonial contre l‘alliance avec l’islam et pour « la seule foi qui convienne, la foi maçonnique dans la raison humaine » [8]. En 1891, la commission sénatoriale d’enquête de Jules Ferry rencontra en Algérie plusieurs de ces diplômés, parmi lesquels le docteur Morsly, médecin installé à Constantine depuis 1885. En 1906, l’interprète militaire Ismaël Hamet présenta dans son livre Les musulmans français dans le Nord de l’Afrique, de nombreux exemples individuels de réussite dans l’armée, dans l’enseignement, dans l’administration et le barreau, dans le journalisme et l’interprétariat, dans le corps médical [9]. Mais en 1954, les effectifs des étudiants musulmans dans l’enseignement français dépassaient à peine les 500 à l’Université d’Alger et le millier dans les universités métropolitaines [10]. Leur orientation privilégiait les lettres - donc l’enseignement - par rapport au droit, à la médecine-pharmacie et aux sciences. On comptait alors environ un millier de diplômés musulmans, parmi lesquels plus d’un tiers de professions libérales (juridiques et médicales), un peu moins de fonctionnaires, et très peu d’ingénieurs [11].

Les écoles supérieures d’Alger avaient peu à peu attiré la majeure partie de ces étudiants musulmans algériens, mais il semble pourtant que l’AGEA n’avait pas toujours été une association ouverte à tous. Les statuts de 1893, qui imposaient la nécessité d’un parrainage pour toute adhésion, avaient servi à exclure les étudiants juifs, et des étudiants conduits par leur président Max Régis avaient joué un rôle majeur dans les manifestations anti-juives de 1898. En 1919 encore, le gouverneur général Jonnart dut intervenir pour mettre fin à l’exclusion des étudiants juifs et à la minoration des droits des musulmans, acceptés par l’AGEA sans droit de vote - ce qui les poussa à créer alors leur propre Amicale des étudiants musulmans de l’Afrique du Nord (AEMAN). Par la suite, l’AGEA changea d’attitude, en admettant les étudiants musulmans comme membres de plein droit en 1922, et en acceptant l’affiliation collective de l’AEMAN en 1924. A en croire les publications des deux associations, les relations entre elles devinrent alors cordiales, et en 1930 elles accueillirent ensemble à Alger le Congrès annuel de l’UNEF, présidée par l’ancien président de l’AGEA Paul Saurin, qui fit élire à la vice-présidence de l’UNEF le président en exercice de l’AGEA Paul Robert et celui de l’AEMAN Ferhat Abbas (1899-1985), à ce poste depuis 1927 [12].

Pourtant, l’AEMAN - qui avait pris en 1927 le nom d’Association et non plus d’amicale - n’était pas une simple filiale autonome de l’AGEA, et elle ne respectait pas intégralement son modèle, puisqu’elle confondait les trois types d’associations (confessionnelles, politiques, et générales) que l’AGEA prétendait distinguer. Elle sollicitait l’aide du public indigène à travers une Association des amis des étudiants musulmans, en les présentant non comme des fils de notables privilégiés, mais comme des fils de leur peuple qui se consacreraient à servir sa cause [13]. De 1931 à 1936, elle participa aussi à des Congrès annuels des étudiants musulmans nord-africains, organisés en liaison avec l’Association des étudiants musulmans nord-africains en France (AEMNAF) créée à Paris en 1927, ce qui les mirent en contact avec les étudiants tunisiens et marocains et avec les idées des nationalistes maghrébins dont ceux-ci étaient beaucoup plus proches. Les étudiants algériens de Paris, qui s’étaient séparés de l’AEMNAF en 1930 parce qu’ils refusaient l’exclusion par celle-ci des étudiants naturalisés français, s’en rapprochèrent à partir de 1933 et la rejoignirent en 1936-37. Excédé par cette situation ambigüe, le président de l’AGEA Paul Leca décida en novembre 1936 de rompre avec l’AEMAN en invitant les étudiants musulmans d’Alger à rejoindre l’Association générale ouverte à tous, mais deux ans plus tard son successeur Roger Saurin accepta de renouer avec elle en la réintégrant [14]. Ainsi, durant les années 1930, les étudiants musulmans d’Alger et de Paris étaient-ils placés entre deux attractions contraires, celle du mouvement étudiant français représenté par l’AGEA et l’UNEF, et celle d’un mouvement étudiant nord-africain en gestation, influencé par le nationalisme musulman.

L’activité des associations estudiantines d’Alger de 1939 à 1945 est beaucoup plus difficile à suivre à cause de la raréfaction de leurs publications durant la guerre. On sait pourtant que l’AGEA, en acceptant le régime dictatorial de Vichy et sa politique anti-juive, avait de nouveau renoncé à ses principes fondamentaux d’apolitisme. Quant aux étudiants musulmans de l’Université d’Alger, qui accueillait depuis l’occupation de Paris par les Allemands un nombre croissant d’étudiants tunisiens et marocains, ils connurent alors une politisation dans le sens nationaliste beaucoup plus forte qu’avant la guerre. Cette politisation pouvait se deviner en lisant les noms des membres des bureaux de l’AEMAN : on y retrouvait en effet plusieurs militants bien connus dans l’histoire politique de l’après-guerre, tels que Mohammed el Hadi Djemame, proche de Ferhat Abbas, président de 1940 à 1943, et Chaouki Mostefaï (1919-2016), vice-président en 1940-41 et président en 1944-1945, militant du Parti du Peuple Algérien (PPA) et futur chef de la délégation du FLN dans l’Exécutif provisoire de 1962 ; mais aussi des Marocains tels que Mehdi Ben Barka (secrétaire général en 1940-41) et Abdelkrim Khatib (vice-président en 1944-45) [15].

Mais on en sait plus aujourd’hui grâce à une lettre de Chawki Mostefaï au docteur Lamine-Debaghine (1917-2003), publiée par le premier en 2004 pour supplier le second de révéler les secrets de son expérience de chef du PPA clandestin durant la Deuxième guerre mondiale. Ce dernier n’est pas sorti de son silence, mais Chawki Mostefaï a révélé comment, après la défaite française de juin 1940, il avait avec plusieurs camarades projeté de déclencher une insurrection contre la France le 1er octobre 1940. Puis le docteur Lamine-Debaghine (vice-président de l’AEMAN en 1938), contacté pour compléter l’organigramme de l’insurrection, s’était révélé comme étant le chef du PPA clandestin, et avait recommandé d’adhérer au Parti pour préparer l’avenir tout en évitant toute action prématurée [16]. Cependant une partie des conspirateurs, conduite par le futur écrivain Mouloud Mammeri (1917-1989), avait persisté à préparer une campagne d’explosion de bombes dans des casernes, qui n’aboutit à rien [17]. Pendant ce temps en France, l’AEMNAF subsista dans des conditions de plus en plus difficiles ; son président pour 1943-44 était l’Algérien Brahim Maïza, supposé apolitique, mais en réalité membre de la direction clandestine du PPA [18]. On voit que durant cette période les étudiants militants du parti nationaliste y avaient accédé aux postes de premier plan. Ils avaient ainsi démenti l’idée chère à Messali Hadj d’un embourgeoisement des étudiants algériens qui les aurait tenus à l’écart du mouvement nationaliste [19], contrairement aux étudiants tunisiens et marocains : cette différence de comportement, qui était réelle vers 1930, avait donc cessé de l’être dix ans plus tard. En mai 1945, plusieurs lycéens musulmans d’Alger, notamment Hocine Aït-Ahmed, interrompirent leurs études pour encadrer le soulèvement contre la France que le PPA clandestin avait ordonné puis annulé en mai 1945 [20].

De 1945 à 1954, le mouvement étudiant nord-africain s’émancipa entièrement du mouvement étudiant français, mais sans rompre ouvertement avec lui. A Paris, le PPA devenu « Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques » resta allié au Néo-Destour tunisien et à l’Istiqlal marocain, ce qui lui permit le plus souvent d’accaparer la direction de l’AEMNAF au détriment des autres partis algériens. A Alger, des coalitions moins stables alternèrent à la direction. Les nationalistes radicaux des Amis du Manifeste et de la Liberté puis du PPA-MTLD furent d’abord prépondérants, mais à partir de 1949-50 le départ de militants “berbéristes” désavoués par la direction du Parti donna la direction pour deux ans à une coalition Parti Communiste Algérien-Union Démocratique du Manifeste Algérien (le parti de Ferhat Abbas), dans laquelle l’ancien militant « berbériste » [21] du MTLD passé au PCA, Sadek Hadjerès, joua un rôle majeur. En 1951-1952, le MTLD revint à la présidence d’un bureau d’union avec Belaïd Abdesselam, mais l’année suivante il se passa des communistes. En 1953-1954, il céda la place à une nouvelle coalition UDMA-PCA, mais un nouveau bureau d’union de tous les partis fut élu en décembre 1954 [22].

Mais à ce moment, le problème majeur était la réalisation du vieux projet de formation d’une organisation nord-africaine, l’Union maghrébine des étudiants musulmans (UMEM), subdivisée en trois fédérations nationales ; projet formulé en 1947 et en 1950. Or le congrès constitutif prévu pour se réunir à Tunis en 1952 n’eut pas lieu ; une conférence réunie en juillet 1952 à Alger en rédigea pourtant la constitution, mais resta sans suite. En effet les Tunisiens, engagés depuis 1952 dans la lutte pour l’indépendance de leur pays, fondèrent en juillet 1953 l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET), et invitèrent leurs camarades des deux autres pays à suivre leur exemple avant de constituer une fédération nord-africaine. Cet appel entraîna d’abord la formation en décembre 1953, à l’initiative du militant communiste Ahmed Inal, d’une Union des étudiants algériens de Paris (UEAP), qui rassemblait tous les parties nationalistes mais aussi les étudiants européens ou juifs (suivant les conceptions du PCA) ; elle voulait préparer la création d’une une future Union nationale des étudiants algériens (UNEA). Mais l’ancien président de l’AEMAN, Belaïd Abdesselam, avait appelé en décembre 1953 à former une Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA). Quoi qu’il en soit, le mouvement étudiant algérien était sur le point de sortir ouvertement du mouvement étudiant français représenté par l’UNEF pour s’engager ouvertement dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie [23].

C’est dans le contexte de l’éclatement du MTLD et du déclenchement de la lutte armée pour l’indépendance par une nouvelle organisation appelée Front et Armée de libération nationale (FLN-ALN) que les militants des associations estudiantines algériennes prirent l’initiative de constituer une organisation nationale en dehors du cadre français. Le 27 février 1955, l’assemblée générale de l’AEMAN d’Alger lança un pressant appel à tous les étudiants algériens pour fonder au plus vite l’UGEMA. Les partisans de l’UNEA fondèrent alors, en mars 1955, l’Union des étudiants algériens de Toulouse. Une conférence préparatoire, du 4 au 7 avril 1955, réunit à Paris des délégués de toutes les villes universitaires où il y avait des étudiants algériens. L’unanimité en faveur d’une union nationale ne se rompit que sur la référence à un critère religieux, moyen d’empêcher un noyautage par des étudiants communistes européens ou juifs. La majorité prit parti pour le “M”, tout en s’engageant à le supprimer après l’indépendance de l’Algérie. Faute d’unanimité, deux organisations se constituèrent simultanément à Paris en juillet 1955 : l’UGEMA fondée du 8 au 14 juillet, et l’UNEA qui disparut rapidement. L’UGEMA, présidée par Ahmed Taleb Ibrahimi (fils du président de l’Association des Oulémas musulmans algériens, le cheikh Bachir el Ibrahimi) et associant tous les partis nationalistes, entendait revendiquer dans l’intérêt de ses membres en tant qu’étudiants, qu’étudiants musulmans (ce qui impliquait l’enseignement de l’arabe « à tous les enfants d’Algérie, à tous les degrés d’enseignement, dans toutes les régions de notre pays ») , et que « privilégiés au sein de notre jeunesse » ; mais elle situait toutes ses revendications dans une perspective nationaliste, susceptible de rassembler les étudiants francophones et les étudiants arabophones (que l’Association des Oulémas envoyait étudier dans les universités musulmanes de Tunis, de Fès et du Caire) [24].

Cette initiative de jeunes militants fut très vite récupérée par la direction politique du FLN implantée à Alger en 1955 par Abane Ramdane, qui entreprit de recruter ses dirigeants et d’inspirer leurs décisions. Après l’insurrection et les massacres du 20 août 1955, puis après les élections législatives du 2 janvier 1956, l’UGEMA lança des appels solennels aux dirigeants français pour que cesse l’effusion de sang en Algérie. Mais la tension monta dans l’Université d’Alger (où un “Comité d’action universitaire” favorable à l’Algérie française renversa la direction plus modérée de l’AGEA par un référendum en mars 1956) et dans certaines universités métropolitaines telles que Montpellier, ville du président d’honneur de l’UNEF Jean-Marc Mousseron. L’UGEMA se radicalisa en réclamant lors de son deuxième congrès (réuni du 24 au 30 mars 1956 à Paris) “la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, la libération de tous les patriotes emprisonnés, des négociations avec le Front de Libération nationale”. Le congrès de l’UNEF, réuni à Strasbourg du 5 au 15 avril 1956, s’efforça sans grand succès de maintenir son unité entre les “majos” (apolitiques en principe, mais conservateurs et patriotes) et les “minos” (de gauche, anticolonialistes, et favorables à l’engagement politique), en promettant de soutenir les revendications corporatives de l’UGEMA sans approuver ses revendications nationalistes, et en lui demandant de condamner tout recours à la violence. Mais l’UGEMA continua à s’aligner sur les directives du FLN [25].

En réaction à une grève ordonnée par l’AGEA et à une déclaration de celle-ci réclamant la résiliation automatique de tous les sursis et la formation d’un corps-franc universitaire, la section d’Alger de l’UGEMA vota le 18 mai 1956 une motion appelant à la grève générale et illimitée des cours et des examens et à l’engagement dans les rangs de l’ALN. Cet appel fut très discuté au sein de la direction centrale de l’UGEMA à Paris et des autres sections locales, seule la section de Toulouse refusa de la voter, mais l’ordre de grève fut généralisé parce qu’il venait de la direction algéroise du FLN, puis étendu à tous les élèves de l’enseignement secondaire et primaire en Algérie. Cependant, l’appel à rejoindre le maquis ne fut pas officiellement repris par la direction de l’UGEMA dans sa déclaration du 25 mai [26].

Cet appel fut très inégalement suivi. Si la plupart des étudiants respectèrent l’ordre de grève, la montée au maquis fut davantage le fait de lycéens que d’étudiants proprement dits. Ce fut une expérience très dure, mais positive pour ceux qui y survécurent et pour l’organisation du FLN-ALN. Une méfiance durable sépara les maquisards des simples grévistes, et ces deux catégories des non-grévistes [27]. L’ordre de grève finit par être levé par la direction du FLN, ce qui permit à la direction de l’UGEMA de voter la reprise des cours pour tous les étudiants, lycéens et écoliers algériens, à l’exception de l’Université colonialiste d’Alger, le 22 septembre 1957. Son troisième congrès, réuni à huis clos à Paris du 23 au 26 décembre 1957, exclut tous les non-grévistes. Mais l’UGEMA fut dissoute par le gouvernement français le 28 janvier 1958 en tant que couverture du FLN, ce qu’elle était en effet devenue. Les étudiants restant en France furent organisés en une “section universitaire du FLN” rattachée à la Fédération de France du FLN [28].

La direction de l’UGEMA réfugiée à l’extérieur organisa le transfert d’un nombre croissant d’étudiants, au moyen de bourses, avec l’aide des deux grandes confédérations mondiales d’étudiants, l’Union internationale des étudiants (UIE) et la Confédération internationale des étudiants (CIE), vers les pays de l’Ouest, vers ceux de l’Est, et les pays arabes. En juillet 1961, selon un article très documenté de l’hebdomadaire tunisien Afrique-Action, le total des étudiants algériens à l’extérieur du pays s’élevait à 847 [29]. L’importance des pays arabes était frappante : 406 étudiants, contre 264 à l’Ouest et 234 à l’Est [30]. Mais si l’on considérait l’utilité des diverses disciplines pour le développement futur de l’Algérie, le classement se modifiait. Dans les universités arabes, la prépondérance des études littéraires et juridiques (respectivement 240 et 112 étudiants sur 406) restait écrasante. Dans les pays occidentaux, les études médicales et pharmaceutiques tenaient le premier rang, mais la répartition des étudiants entre les diverses branches était assez équilibrée. Enfin, dans les Etats socialistes, les écoles d’ingénieurs accueillaient la majorité absolue des étudiants algériens (129 sur 234) ; ces écoles formaient la plupart des élèves ingénieurs algériens qui étudiaient hors de France et d’Algérie (129 sur 196, tous les autres sauf 2 étudiant en Occident) [31].

Le président du GPRA, Ferhat Abbas, en félicita ses jeunes camarades réunis à Tunis en juillet-août 1960 pour le quatrième congrès national de l’UGEMA : « En six ans, la Révolution algérienne a formé parmi vous plus de techniciens que le régime colonial n’en a formé en 130 ans d’occupation. Fermer la porte des grandes écoles et de la technique à des générations d’Algériens pour accuser ensuite notre peuple de manquer d’aptitudes pour les sciences exactes est une des nombreuses escroqueries que les colonialistes ont entretenues et développées ». Le Congrès vota une motion remettant les étudiants à la disposition du GPRA, ce qui permit à l’état-major général de l’ALN (dirigé par le colonel Boumedienne, ancien étudiant à Tunis et au Caire) de recruter des volontaires pour renforcer l’encadrement de ses troupes à l’extérieur des barrages frontaliers, en Tunisie et au Maroc. En même temps, l’UGEMA renoua ses relations avec l’UNEF (rompues en décembre 1956) en juin 1960 sur la base de l’autodétermination de l’Algérie, plusieurs mois avant l’ouverture des négociations entre le GPRA et le gouvernement français [32]. La participation des étudiants à la lutte de libération nationale, comme celle de leurs aînés diplômés, fut donc globalement un succès. Mais en s’y engageant totalement, le mouvement étudiant algérien renonça pratiquement à sa propre indépendance par rapport au FLN.

Durant ces mêmes années, l’AGEA prise en main par le Comité d’action universitaire depuis mars 1956, rompit avec l’UNEF et resta engagée au service de l’Algérie française. Deux de ses présidents jouèrent un rôle de premier plan dans la défense de cette cause : Pierre Lagaillarde (1957-58) qui mena les manifestants algérois à l’assaut du Gouvernement général de l’Algérie le 13 mai 1958 et qui, devenu député d’Alger, tenta de refaire le 13 mai le 24 janvier 1960 ; Jean-Jacques Susini (1959-60), qui participa à la semaine des barricades (24 janvier-1er février 1960). Réfugiés l’un et l’autre à Madrid à la fin de 1960, le premier prit l’initiative de créer une nouvelle organisation appelée Organisation armée secrète (OAS) ; le second, rentré à Alger avec le général Salan le 22 avril 1961, devint son conseiller politique quand le général en prit la direction. L’AGEA resta un instrument d’encadrement de la population française d’Algérie lié à l’OAS, et aucune autre tendance ne put contester sa représentativité, même si un « Comité algérien d’action laïque et démocratique » (CEALD, réunissant près de 300 adhérents et sympathisants (français de gauche et musulmans) avait brisé la grève de solidarité avec les inculpés des barricades le 3 novembre 1960. Des membres musulmans du CEALD prirent contact avec la wilaya IV et formèrent une section universitaire du FLN, dont le fondateur Hénine Moula fut tué par l’OAS le 20 février 1962, ce qui la poussa à ordonner une grève illimitée des cours le 25. Le 9 avril 1962, l’Université d’Alger fut fermée par les autorités françaises, puis l’AGEA décida une grève illimitée des cours, et le haut-commissaire Christian Fouchet finit par la dissoudre le 11 mai. L’OAS avait déclenché une politique de la terre brûlée en détruisant le rectorat d’Alger le 15 avril, l’inspection académique le 29, plusieurs dizaines d’établissements scolaires les 26 et 28 mai, et enfin en incendiant la bibliothèque universitaire le 7 juin. L’Université française d’Alger avait donc pratiquement cessé d’exister avant même la fin officielle de l’Algérie française [33].

Cependant, l‘UGEMA, qui était devenue une « unité de combat » du FLN, se préparait à rentrer en Algérie pour y jouer le rôle d’un syndicat étudiant et non plus d’une « administration sans machine administrative ». Son IVème congrès, qui avait siégé à Tunis du 16 juillet au 1er août 1960, avait révélé des tensions internes, opposant à la direction des organisations de base, notamment la Section universitaire de la Fédération de France du FLN. Pour sa part la direction avait fait condamner le « travail fractionnel » de certains étudiants boursiers en RDA qui avaient adhéré au PCA et cherché à influencer leurs camarades, puis refusé d’obéir à leur rappel à Tunis [34]. En décembre 1961, une réunion extraordinaire du comité directeur élargi désigna, en remplacement du comité exécutif élu en juillet 1960, une commission nationale chargée de préparer le cinquième congrès de l’union et de lui soumettre de nouveaux statuts. L’organisation étudiante tout entière prit alors le nom de Section Universitaire du FLN (sans rejeter celui d’UGEMA) ; ses nouvelles structures hiérarchisées devaient s’aligner sur celles du parti révolutionnaire d’avant-garde que prétendait devenir le FLN pour guider l’Algérie indépendante dans la voie du socialisme. Une conférence nationale préparatoire au cinquième congrès se réunit à Cologne en avril 1962 [35] ; puis le CNRA réuni à Tripoli à la fin mai 1962 adopta un programme du FLN qui recommandait notamment « la restauration de la culture nationale et l’arabisation progressive de l’enseignement sur une base scientifique », mais il se divisa entre les partisans du GPRA et ceux du Bureau politique du FLN proposé par Ben Bella. Les étudiants se divisèrent aussi profondément pendant la crise de l’été, en partie suivant leur répartition géographique entre les pays occidentaux, les pays communistes, et ceux du monde arabe. Le cinquième congrès, réuni du 5 au 15 septembre à la cité universitaire de Ben Aknoun près d’Alger, ne put prendre aucune décision. Il se transforma en une « conférence préparatoire au congrès », et finit par désigner le 19 septembre un comité exécutif provisoire chargé de préparer le vrai congrès et de gérer les affaires de l’UGEMA jusqu’à sa réunion.

3- Les étudiants algériens dans l’Université algérienne d’Alger (1962-1971)

La rentrée de l’Université d’Alger, décalée de quelques mois, fut l’occasion d’une véritable révolution. La grande majorité des enseignants et des étudiants de l’année précédente avaient quitté l’Algérie. Les rares enseignants ayant choisi de rester furent renforcés par une vague de coopérants venus de France, parmi lesquels le professeur Mandouze prit en charge la réorganisation complète de l’enseignement supérieur en Algérie. Les étudiants furent en majorité, et pour la première fois, des Algériens musulmans, dont la plupart avaient séjourné à l’étranger. Selon l’annuaire statistique du Ministère de l’Education nationale publié à Alger en 1967, il y avait dans l’Université algérienne (y compris les nouvelles universités d’Oran et de Constantine), en 1962-63 2.176 étudiants algériens (dont 338 étudiantes) et 633 étudiants étrangers (dont 241 étudiantes) ; en 1963-1964, 2.892 étudiants algériens (dont 427 étudiantes) et 991 étudiants étrangers (dont 387 étudiantes) ; en 1964-1965, 4.479 étudiants algériens (dont 721 étudiantes) et 1.494 étudiants étrangers (dont 488 étudiantes) [36]. Une autre statistique donne pour 1962-63, 3.718 étudiants, en 1967-168, 9.201, en 1975-76, 36.936, en 1977-78, 51.983 [37]. Ainsi, après un recul momentané, les effectifs entamèrent une croissance sans précédent, suivant un taux annuel moyen de + 92,84 % pour la période 1962-1977 [38].

L’UGEMA réinstallée à Alger dans les anciens locaux de l’AGEA publia cinq numéros d’un organe mensuel, Révolution à l’université, du 1er novembre 1962 au 1er juin 1963. Le n°1 rendait un « hommage aux étudiants morts pour que naisse la République algérienne démocratique et populaire et que vive la révolution », et rendait compte de la formation d’un nouveau comité exécutif de l’UGEMA à la suite du congrès préparatoire tenu à la Cité universitaire de Ben Aknoun du 5 au 15 septembre, et du rapport présenté par le bureau du Congrès au Bureau politique (du FLN) , « sur demande du bureau du Congrès et de la Commission nationale sortante de l’UGEMA ». La réunion du 19 septembre 1962 désigna, à l’unanimité des délégués, un Comité exécutif provisoire composé de délégués des différentes sections et « chargé de préparer le Vème congrès et de gérer les affaires de l’Union jusqu’à sa tenue ». Ce comité, présidé par Laadi Flici [39], devait oeuvrer « pour le maintien et le renforcement de l’unité du mouvement estudiantin, la défense des intérêts légitimes des étudiants algériens, l’intégration des étudiants et leur mobilisation au service du peuple, aura pour principes essentiels : - la préservation de l’autonomie organique de l’UGEMA ; - la garantie d’un fonctionnement démocratique de l’Union ; - l’orientation du mouvement en fonction de l’Idéal et des Impératifs de la Révolution ».

Chacun de ces cinq numéros publiait des listes détaillées de « ceux dont nous devons être dignes dans la bataille de l’édification », mais se livrait aussi à une remise en question du rôle joué par les étudiants dans la Révolution. Selon l’éditorial du n° 1, l’Université d’Alger « était conçue pour servit le colonialisme et perpétuer son régime. Tout le monde sait que 9/10 des étudiants étaient les agents directs et actifs de ce colonialisme alors que dans le 1/10 restant, une forte proportion, dopée par les services d’action psychologique et divers moyens de corruption et de débauche, depuis le 13 mai 1958, servait indirectement et inconsciemment le même colonialisme. Oui, il faut le dire, malgré la grève de mai 1956, notre mouvement n’a, en fait, jamais été l’avant-garde révolutionnaire ». Cet éditorial, et la mise en cause de « notre fausse jeunesse » dans le n° 2 (5 décembre 1962) provoquèrent des réponses passionnées qui soit défendaient la « génération sacrifiée » de la guerre de libération, soit le plus souvent surenchérissaient dans la dénonciation des « fils de Bab-el-Oued et de la rue Michelet qui n’ont quitté leurs copains pieds-noirs que lorsque ces derniers se mirent à tuer les Algériens sans distinction, quelques mois avant le cessez-le-feu », ces « bâtards infects que la Révolution populaire devrait purger comme les Russes rouges ont purgé les Russes blancs lors de la Révolution Bolchevik » [40].

Révolution à l’Université était publié par le secrétaire général de l’UGEMA, Mokhtefi Mokhtar. C’était lui qui, selon le témoignage de Houari Mouffok [41], avait été chargé par Mohammed Khider, au nom du FLN, de coordonner l’action de l’UGEMA en vue de son prochain congrès. C’est encore lui qui appela toutes les sections de l’Union à élire librement leurs délégués à une conférence préparatoire qui eut lieu à Alger en avril 1963. Selon Houari Mouffok, « ce fut le courant marxiste qui l’emporta. Un comité préparatoire du cinquième congrès fut mis en place avec à sa tête Mustapha Mékidèche. J’en faisais partie et à ce titre j’étais délégué au 5ème congrès de juillet 1963 ». Son succès n’était pourtant pas assuré, parce que toutes les tendances politiques qui s’affrontaient dans le pays s’y affrontaient avec ardeur : « Dans une ambiance houleuse, je pris la parole pour dire que ce n’était pas là ce que le peuple et ses dirigeants attendaient de la prétendue élite du pays. Nous devrions donner l’image d’une organisation unie et de la volonté de reconstruire notre pays. Je terminai en invitant les délégués à prêter le serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné au mouvement étudiant un programme, des statuts et une direction. Cette intervention fut accueillie pat des applaudissements unanimes, et la tension laissa place à un grand soulagement ». L’UGEMA devint l’UNEA conformément à la promesse faite en 1955. Houari Mouffok recueillit un maximum de voix lors de l’élection du Comité directeur, et il recueillit 28 voix sur 31 lors de l’élection du président par le Comité exécutif, parce qu’il était perçu comme un « candidat rassembleur » [42]. Réélu par le congrès de 1964, il présida l’UNEA jusqu’à la prise du pouvoir par le colonel Boumedienne en juin 1965.

Selon Houari Mouffok, « la pratique démocratique, dans une organisation comme dans un pays, renforce l’unité contrairement à ce que l’on pourrait croire d’après les apparences. Le mouvement étudiant reflétait les courants qui traversaient la société algérienne de l’époque, armée des frontières, wilayismes, Fédération de France, marxistes, groupes d’Oujda et de Tizi Ouzou, partisans du GPRA, se disputaient le contrôle du pouvoir comme des organisations nationales ». D’après son président, l’UNEA leur donnait le bon exemple : « Les statuts de l’UNEA, qui préconisaient des élections libres à bulletin secret, ouvertes à toutes les candidatures sans exception, garantissaient le libre exercice de la démocratie et permettaient à la majorité de s’imposer sans contestation et sans violence, la minorité ne pouvant que s’incliner ». Et il précise : « Grâce à la section d’Alger, de loin la plus importante, aux sections des pays socialistes et, en partie, à celles de France, le courant marxiste était nettement majoritaire dans l’Union. L’influence du PCA était dominante, non pas tant par le nombre, mais par l’activisme de ses militants » [43]. Mais le régime politique algérien, fondé sur le parti unique et sur le pouvoir personnel du président Ben Bella, ne garantissait pas le même degré de démocratie.

Houari Mouffok reconnaît néanmoins que le rapprochement entre le PCA - officiellement interdit depuis novembre 1962 au nom du Parti unique - et le président Ben Bella entraina des conséquences paradoxales pour l’UNEA : « Par la suite, le PCA ayant conclu des accords avec Ben Bella sur la dissolution du parti et l’intégration de ses militants au désormais parti unique du FLN sur la base de la Charte d’Alger (avril 1964), la direction de l’UNEA a été élargie aux membres de la section des étudiants du FLN qui comptera ainsi plusieurs responsables au comité exécutif dont le secrétaire général et le vice-président international. Ce compromis entre les tentatives de mainmise du FLN sur le syndicat étudiant et la volonté d’autonomie de l’UNEA ne s’est pas réalisée sans une contestation parfois assez forte au niveau de certaines sections ». Il va jusqu’à reconnaître que ces positions du PCA « se reflétaient dans l’UNEA qui perdit ainsi un peu de son âme. Le comité exécutif participa à la préparation et au déroulement du congrès du FLN qui eut lieu au cinéma Afrique en 1964. La déclaration que j’y prononçai au nom des étudiants et qui affirmait (...) qu’il n’y avait plus d’anciens MTLD, d’anciens UDMA, d’anciens PCA, d’anciens des frontières, d’anciens de la Fédération de France, mais qu’il n’y avait et qu’il ne devait y avoir que des révolutionnaires algériens structurés au sein du parti unique d’avant-garde du FLN ou travaillant sous son égide, fut longuement acclamé par les congressistes debout, les premiers à se lever étant les délégués de l’ANP, à leur tête le colonel Boumedienne » [44].

Houari Mouffok va jusqu’à avouer un fait beaucoup plus grave : « Au 6ème congrès de l’UNEA (août 1964), cette orientation entraîna la direction de l’Union à commettre un acte antidémocratique dont nous ne mesurions pas toute la portée. Elle proposa au congrès l’exclusion de la délégation de la section de Paris », parce qu’elle comptait parmi ses membres quelques militants du Parti de la révolution socialiste (PRS) de Mohammed Boudiaf, et cette section fut exclue par le congrès « après les accusations formulées à son égard par les dirigeants de l’Union dans le plus pur style ‘chasse aux sorcières’ » [45]. Le comité directeur avait néanmoins protesté contre l’arrestation du président élu du 6ème congrès, ancien du PRS passé au PCA, et obtenu sa libération du président Ben Bella. La grande générosité du président envers l’UNEA cachait mal que celle-ci avait renoncé à défendre en fait l’indépendance dont elle se glorifiait [46].

Cette période faste pour l’UNEA se termina le 19 juin 1965, quand le colonel Boumedienne renversa le président Ben Bella. Houari Mouffok et deux des vice-présidents de l’UNEA se rendirent chez l’un des trois secrétaires du bureau politique du PCA (officiellement dissous), Sadek Hadjerès [47], avec lequel ils rédigèrent une motion qui condamnait le coup d’Etat « réactionnaire et impérialiste », et affirmait que « l’application de la Charte d’Alger passe nécessairement par la libération du président de la République » ; puis il la fit adopter par la grande majorité des membres du Comité exécutif de l’UNEA [48]. Ils furent également reçus par Chérif Belkacem [49], ministre de l’Education nationale dans le gouvernement de Ben Bella, membre du Comité central du FLN et du tout nouveau Conseil de la Révolution, qui leur demanda de dire aux étudiants de se tenir tranquilles. Le lendemain, Houari Mouffok et le secrétaire général du Comité exécutif de l’UNEA se rendirent à une convocation adressée par le colonel Boumedienne aux dirigeants des organisations de masse, puis à une réunion de la Fédération du FLN pour le Grand Alger. Informé que la Sécurité militaire le cherchait, Houari Mouffok se cacha. Pris en charge par l’organisation clandestine de l’ex-PCA mais peu convaincu par sa ligne politique de fusion avec l’aile gauche du FLN dans une « Organisation de la résistance populaire » (ORP), il finit par céder à l’angoisse de l’avenir, rendit visite à sa famille, demanda en vain l’asile politique à l’ambassadeur de Norvège ; puis il se rendit au Maroc, où il fut arrêté, battu, puis renvoyé en Algérie, où il fut arrêté dès son retour à Alger. Détenu pendant plusieurs mois pour « association de malfaiteurs », il fut libéré le 17 novembre 1966. Interdit de sortie du territoire, il finit par obtenir sa levée pour aller reprendre ses études en France en novembre 1967 [50] grâce à l’intervention de Belaïd Abdesselam [51] auprès du Ministre de l’Intérieur Ahmed Medeghri [52]. Son retrait de la vie politique ne fut pas suivi par la plupart des militants de l’ex-PCA, qui continuèrent leur opposition dans l’ORP puis dans le PAGS (Parti de l’avant-garde socialiste, créé en janvier 1966), avant de soutenir paradoxalement la Révolution agraire lancée par le président Boumedienne en 1971 [53].

Pendant ce temps, le nouveau pouvoir essayait d’obtenir le soutien d’une partie de l’UNEA en s’appuyant sur les représentants du FLN dans sa direction. Dès le 20 juin 1965, Le Monde avait annoncé qu’un membre du Comité exécutif de l’UNEA avait déclaré que les étudiants attendaient les premières décisions du Conseil de la Révolution pour se prononcer définitivement, et Houari Mouffok lui avait répondu en rappelant la prise de position officielle du syndicat datée de la veille [54]. Le pouvoir tenta d’imposer à sa tête du syndicat une nouvelle direction fantoche présidée par Laadi Flici [55], qui ne fut pas suivie. Le témoignage de Hamid Oussedik rappelle que Chérif Belkacem avait tout tenté pour venir à bout de l’autonomie de l’UNEA, en créant une « Fédération nationale des étudiants militants » (FNEM) et une direction préparatoire d’une conférence nationale, installée au siège de l’UNEA, mais toutes ces tentatives échouèrent, et les mouvements de protestation pour la libération des étudiants arrêtés ne cessèrent pas ; d’après lui le successeur de Chérif Belkacem à la tête du Parti, Kaïd Ahmed [56] (nommé en mars 1968), se montra plus souple et plus conciliant [57]. Quant au ministre de l’enseignement supérieur nommé dans le gouvernement du 10 juillet 1965, à savoir Ahmed Taleb-Ibrahimi [58], il présenta un an après un plan décennal d’enseignement axé sur trois objectifs (démocratisation, arabisation, orientation scientifique et technique), mais il se heurta à la contestation estudiantine et ferma l’Université d’Alger pour trois semaines le 7 février 1968. Deux ans plus tard, des assemblées générales d’étudiants furent autorisées pour normaliser les activités de l’UNEA du 9 au 24 janvier 1970, puis le 10 juillet 1970, Ahmed Taleb Ibrahimi fut remplacé par un autre ancien étudiant, Mohammed Seddik Benyahia [59] (en poste jusqu’en avril 1977). Celui-ci se heurta à un nouveau mouvement de contestation étudiante, et décida le 15 janvier 1971 la dissolution de l’UNEA. Ainsi, ce furent deux illustres anciens de l’UGEMA et du FLN qui mirent officiellement fin à l’existence de l’UNEA. Quelques mois plus tard, le 8 novembre 1971, l’ordonnance annonçant la Révolution agraire permit au pouvoir de récupérer l’enthousiasme d’une partie des étudiants. Cinq ans plus tard, le 10 mai 1975, l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA) remplaça toutes les organisations catégorielles de jeunes (jeunes du FLN, étudiants, scouts).

L’histoire des étudiants algériens ne s’arrête pas là, et l’Université d’Alger a continué de jouer un rôle non négligeable dans l’histoire de l’Algérie, notamment sous la forme d’affrontements croissants entre étudiants francophones et arabophones, liés à la revendication de l’arabisation de l’enseignement supérieur et de ses débouchés. La fin des années 1970 fut marquée, après la brève expérience de Mostefa Lacheraf [60] - qui, ministre de l’éducation de 1977 à 1979, avait voulu favoriser un vrai bilinguisme - , par une accélération subite de l’arabisation de l’enseignement, qui condamna à terme la situation prépondérante acquise par la langue française dans l’enseignement supérieur. Comme le remarque Abdelkader Yefsah, commentant la statistique des diplômés de 1976 par discipline et par langue d’étude (français ou arabe) : « Ce tableau nous montre clairement le dualisme existant dans le système socio-éducatif algérien. On remarque ainsi une coupure très nette entre, d’un côté, les sciences exactes, techniques et médicales, qui sont l’apanage exclusif de la langue française, et les sciences sociales devenues à partir de 1979 l’apanage exclusif de la langue arabe. Il nous montre en outre que jusqu’en 1977 le nombre des diplômés ayant fait leurs études en français est nettement supérieur à celui de ceux ayant fait leurs études en arabe. Il est respectivement de 3.991 pour les premiers et de 1.419 pour les seconds, soit encore 73,77 % de diplômés francophones pour 26,22 % de diplômés arabophones. Avec la généralisation de l’arabisation à toutes les sciences sociales, cettetendance va s’inverser peu à peu » [61].

Notre propos n’est pas de tenter ici une histoire complète de l’enseignement supérieur en Algérie jusqu’à nos jours, ni des mouvements estudiantins, même si le nom d’UNEA a été repris par des syndicats étudiants formés à partir de 1989 [62]. Il est clair que cet enseignement supérieur a connu une croissance du nombre des étudiants beaucoup plus forte à partir de l’indépendance du pays en 1962. Mais nous pouvons faire un constat inverse à propos de la liberté du mouvement étudiant. En effet, depuis ses origines jusqu’à 1954, ce mouvement, sous les formes différentes qu’il a prises, a évolué avec une autonomie presque entière dans le cadre très large que lui laissaient les institutions politiques et universitaires françaises. Mais à partir de la création de l’UGEMA, en 1955, son engagement dans la guerre de libération nationale l’a très rapidement conduit à devenir une « section de combat » du FLN ; puis l’UNEA réinstallée à Alger n’a pas réussi à trouver une autonomie réelle dans le cadre d’un Etat socialiste à tendance totalitaire qui ignorait les notions de pluralisme et d’équilibre des pouvoirs. Le coup d’Etat du 19 juin 1965 et ses suites furent des révélateurs de cette vérité méconnue, qui était pourtant manifeste depuis la prise de pouvoir de Ben Bella avec le soutien du colonel Boumedienne en 1962.

Guy Pervillé

La revue Outre-mers, revue d’histoire est publiée par la Société française d’histoire d’Outre-mer, sous différents titres depuis 1913. Chaque numéro semestriel comprend, en plus d’un dossier thématique et d’articles divers, des documents, des actualités de la recherche, des notices nécrologiques, et une bibliographie critique. On peut s’abonner à la revue pour l’année 2017 et/ou adhérer à la SFHOM aux conditions suivantes :

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[1] En 2014, l’Université du Cap comptait 26 357 étudiants dont 30,70 % de sud-africains blancs, 23,45 % de sud-africains noirs, 13,66 % de Sud-africains coloured, 6,87 % de sud-africains indo-asiatiques et 17,73 % d’étudiants étrangers, d’après Introducing UCT, Statistics, University of Capetown, 20 mars 2015 (https://www.uct.ac.za/about/intro/statistics/ ).

[2] Voir le livre de Pierre Goinard, Algérie, l’œuvre française, préface de Xavier Yacono, Paris, Robert Laffont, 1984, 420 p, et l’article « Université d’Alger », par G.Pervillé, dans le dictionnaire L’Algérie et la France, s.dir. Jeannine Verdès-Leroux, Paris, Robert Laffont, 2009, pp. 832-834.

[3] Guy Pervillé, Les étudiants algériens de l’Université française, 1880-1962, Paris, Editions du CNRS, 1984, 346 p. Voir aussi ma notice « « Associations d’étudiants algériens, 1919-1962 », dans le dictionnaire L’Algérie et la France, op. cit., pp. 69-73.

[4] Mohamed Bencheneb (1867-1929), puis son fils Saadeddine Bencheneb (1907-1968), qui fut élu doyen de la Faculté des lettres d’Alger en 1964.

[5] Si Amar ou Saïd Boulifa (1865-1931), auteur du Djurdjura à travers l’histoire, depuis l’Antiquité jusqu’à 1830 : organisation et indépendance des Zouaoua (grande Kabylie), Alger, J. Bringau, 1925.

[6] Ecoles chargées de former le personnel d’encadrement de la société musulmane : juges et auxiliaires de la justice musulmane, interprètes, instituteurs enseignant la langue arabe.

[7] Voir la thèse de Fanny Colonna, Instituteurs algériens, 1883-1939, Paris, Presses de la FNSP, 1975, 240 p.

[8] Voir Xavier Yacono, Un siècle de franc-maçonnerie algérienne, 1785-1884, Paris, Maisonneuve et Larose, 1969, p. 264.

[9] Hamet (Ismaël), Les musulmans français dans le Nord de l’Afrique. Paris, Armand Colin, 1906, pp. 190- 210 et 313..

[10] Voir les statistiques reproduites dans ma thèse, pp. 28-30.

[11] Charles-Robert Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1964, p. 86.

[12] Pervillé, Les étudiants algériens..., op. cit., pp.89-90. Voir aussi ma notice sur Ferhat Abbas, rédigée en 1987, sur mon site : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=113 .

[13] « « Nous sommes pour la plupart des pauvres gens sortis des douars et de familles modestes pour devenir des bacheliers on ne sait comment », déclarait Ferhat Abbas en 1931. En réalité, les étudiants étaient issus de couches sociales relativement privilégiées, et ils constituaient une élite par rapport à la masse défavorisée de leur peuple. Voir mon article « L’élite intellectuelle, l’avant-garde militante et le peuple algérien », XXème siècle, revue d’histoire, n° 12, octobre-décembre 1986, pp. 51-58, et sur mon site : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=118 .

[14] Pervillé, op. cit., pp. 92-105.

[15] Op. cit., p. 106.

[16] Chawki Mostefaï, « Lettre à Mohammed Lamine Debaghine » (l’ancien chef du PPA clandestin, qui s’est enfermé dans le silence), parue dans El Watan, sur le site http://www.elwatan.com/print.php3 ?id_article=8089 (imprimé le 10/12/2004). Voir aussi sur son site internet : http://www.mostefai.net/ .

[17] Awal, Cahiers d’études berbères, n° spécial « Hommage à Mouloud Mammeri », 1990, pp. 107-109.

[18] Pervillé, Les étudiants algériens, op. cit., p. 105 et 110.

[19] Les Mémoires de Messali Hadj, Paris, Jean-Claude Lattès, 1982, p 167.

[20] Hocine Aït-Ahmed, Mémoires d’un combattant, Paris, Sylvie Messinger, 1983, pp. 33-48.

[21] Sur le « berbérisme », voir mes deux mises au point successives : « Du berbérisme colonial au berbérisme anti-colonial, la transmission du thème de l’identité berbère des auteurs coloniaux aux auteurs anticoloniaux » (2004), texte publié dans les Cahiers d’histoire immédiate, Toulouse, n° 34, automne 2008, pp. 285-304, et sur mon site : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=168 ; et « Du nouveau sur le berbérisme’ algérien » (2016), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=388 .

[22] Pervillé, Les étudiants algériens, op. cit., pp. 109-112.

[23] Op. cit., pp. 112-113.

[24] Op. cit., pp. 118-121.

[25] Op. cit., pp. 122-124.

[26] Op. cit., pp. 124-129.

[27] Op. cit., pp. 137-170.

[28] Op. cit., pp. 171-180.

[29] « Algérie, année zéro », Afrique-Action, 10.07.1961.

[30] Selon Jeune Afrique du 25.02 au 9.03.1962, leur nombre serait passé l’année suivante (1961-62) à 274 à l’Ouest et 296 à l’Est.

[31] Des sources françaises comptaient pour la même année 1960-1961 1.317 étudiants musulmans algériens en Algérie et 2.288 en France métropolitaine Voir les annexes statistiques reproduites dans ma thèse citée, pp. 135-136.

[32] Pervillé, op. cit., pp. 181-198.

[33] Op. cit., pp. 175-181.

[34] Voir le rapport de mission en RDA du président de l’UGEMA, Messaoud Aït-Chaalal, dans Les archives de la Révolution algérienne, rassemblées et commentées par Mohammed Harbi, Paris, Editions Jeune Afrique, 1981, pp. 497-500.

[35] Le président de la section de Prague, Houari Mouffok, en fut arbitrairement exclu (vraisemblablement parce que considéré comme communiste). Cf. Houari Mouffok, Parcours d’un étudiant algérien, de l’UGEMA à l’UNEA, Saint-Denis, éditions Bouchène, 1999, pp. 72-73.

[36] Cité par Aïssa Kadri, « L’Université d’Alger », dans Instituteurs et enseignants en Algérie, 1945-1978 : histoire et mémoires , Paris, Karthala, 2014, p. 177.

[37] Cité par Abdelkader Yefsah, La question du pouvoir en Algérie, Alger, éditions ENAP, 1990, p. 393.

[38] Ibid.

[39] Laadi Flici (1937-1993), médecin et écrivain, nommé membre du Conseil national consultatif en 1992, il fut assassiné le 17 mars 1993 dans son cabinet à la Casbah d’Alger. Voir la composition complète du bureau dans Révolution à l’Université n° 1, p. 2.

[40] Révolution à L’Université, n° 4, 1er mars 1963. La conclusion de cette lettre de Kamel Choukri mérite d’être intégralement citée : « ‘Etudiants’ du Trésor, fils des surprises-parties, notre Algérie n’a que faire de vous, Algériens qui reniez la civilisation algérienne. Vermine laissée par le défunt colonialisme. La jeunesse de la place des Martyrs que n’ont pu vaincre les paras de Bigeard et les tueurs de Salan, cette Jeunesse vous brisera. Le peuple algérien en a marre de vous voir regarder d’un air aristocratique derrière les vitres de vos 404 ! Il en a marre de voir vos complets et vos cravates impeccables au milieu de ses bleus de travail ; il en a marre de vous voir déshonorer son arabisme et son Islam avec vos sales ‘copines’. Il vous hait et il regrette de ne pas avoir, dès le 2 juillet 1962, saccagé l’Alhambra, le bar dit ‘des Facultés’, le ‘Milk Bar’, et tous ces endroits où règnent le vice et la débauche et où il faut être riche pour aller ». Il s’agissait d’étudiants qui avaient désobéi à l’ordre de grève de mai 1956 (maintenu pour Alger après la levée de cet ordre en septembre 1957) pour bénéficier de la « promotion Lacoste » dans l’administration française de l’Algérie.

[41] Houari Mouffok, Parcours d’un étudiant algérien, de l’UGEMA à l’UNEA, Saint-Denis, éditions Bouchène, 1999, pp. 76-77. Houari Mouffok est décédé en 2016.

[42] Mouffok, op. cit ., pp. 77-78.

[43] Mouffok, op. cit., pp. 37-38.

[44] Mouffok, op. cit., pp. 39-40.

[45] Mouffok, op. cit., pp. 40-41. Cf Diplômés maghrébins d’ici et d’ailleurs, Trajectoires sociales et itinéraires migratoires, s. dir. Vincent Geisser, Paris, CNRS Editions, 2000, (article d’Aïssa Kadri, directeur de l’Institut Maghreb-Europe : « La construction historique du système d’enseignement supérieur en Algérie, 1850-1995 »).

[46] Les autocritiques a posteriori de Houari Mouffok sont confirmées par le témoignage d’un de ses anciens opposants, Hamid Oussedik, ancien président du comité de gestion de la Cité universitaire de Ben-Aknoun. Voir son article sur le site www.lesoirdalgerie.com : « La longue marche du mouvement étudiant algérien », 27-05-2013. Voir la version la plus complète de son témoignage, même titre et même date, sur le site www.algerie-dz.com/forums/showthread.php ?t=2777 .

[47] Sadek Hadjerès, né en 1928, avait été membre du PPA et président de l’AEMAN d’Alger avant d’adhérer au PCA en 1951.

[48] Mouffok, op. cit., pp. 20-21.

[49] Chérif Belkacem (1930-2009), installé au Maroc, avait rejoint l’ALN en 1957 et il était devenu l’un des membres du « groupe d’Oujda », proches du colonel Boumedienne.

[50] . Mouffok, op. cit., pp. 85-89.

[51] Belaïd Abdesselam, né en 1928, fut président de l’AEMAN et le principal fondateur de l’UGEMA, avant de rejoindre le FLN. Il fut membre de l’Exécutif provisoire en 1962, puis devint le fondateur de la société pétrolière nationale SONATRACH, ministre de l’industrie et de l’énergie de 1965 à 1977. Après une longue retraite, il fut Premier ministre de juillet 1992 à août 1993.

[52] Ahmed Medeghri (1934-1974) rejoignit la wilaya V au Maroc, où il fut membre du « groupe d’Oujda », puis il fut ministre de l’Intérieur de 1962 à sa mort suspecte en 1974.

[53] Article de Zoheir Bessa publié dans Alger républicain du 3 janvier 2014 : « Houari Mouffok, symbole du mouvement étudiant engagé des premières années de l’indépendance ». Cet article lui rend hommage à l’occasion de son décès, tout en regrettant qu’il se soit retiré de la lutte révolutionnaire du PAGS. Au contraire, Hamid Oussedik, dans son article cité plus haut, rend hommage à la parfaite honnêteté de Houari Mouffok et du responsable des étudiants FLN, Abdessadok, qui refusèrent d’approuver le coup d’Etat du 19 juin 1965.

[54] Mouffok, op. cit., p. 25.

[55] Article de Zoheir Bessa publié dans Alger républicain du 3 janvier 2014 : « Houari Mouffok, symbole du mouvement étudiant engagé des premières années de l’indépendance ».

[56] Ahmed Kaïd (1921-1978), d’abord membre de l’UDMA de Ferhat Abbas, rejoignit l’ALN au Maroc en 1956, devint l’un des adjoints du colonel Boumedienne à l’état-major général de l’ALN, puis ministre des finances et du plan de 1965 à 1968 et enfin responsable de l’appareil du parti FLN de 1967 à 1974.

[57] Hamid Oussedik, « La longue marche du mouvement étudiant algérien », 27-05-2013, texte complet sur le site www.algerie-dz.com/forums/showthread.php ?t=2777. D’après lui, en 1967, les étudiants d’Alger étaient partagés entre la section UNEA, la FNEM, et le Comité de gestion de la Cité universitaire de Ben Aknoun, dont les membres étaient qualifiés par les deux autres groupes de « centristes » et de « berbéristes ».

[58] Né en 1932, fils du président de l’Association des Oulémas Bachir el Ibrahimi, il fut le premier président de l’UGEMA (1955-1956), puis membre de la direction clandestine de la Fédération de France du FLN (1956-1957), emprisonné en France jusqu’en 1961. De nouveau arrêté sous Ben Bella, il fut ministre de l’éducation nationale de juillet 1965 à juillet 1970, puis ministre de l’information et de la culture jusqu’en avril 1977, et enfin ministre conseiller du président de la République Houari Boumedienne.

[59] Mohammed Seddik Benyahia (1932-1982), avocat stagiaire au barreau d’Alger en 1953, passé à l’extérieur dès 1955, fut l’un des plus brillants jeunes cadres du FLN, et fut longtemps ministre à des postes de première importance.

[60] Mostefa Lacheraf (1917-2007), connu en France pour son arrestation dans l’avion des dirigeants du FLN extérieur le 22 octobre 1956, fut l’un des plus grands intellectuels nationalistes algériens avant, pendant et après la guerre d’indépendance.

[61] Yefsah,op.cit., pp. 393-394.

[62] Selon l’article cité de Zoheir Bessa (Alger républicain, 25-12-2013), « l’UNEA reconstituée après octobre 1988 par des carriéristes du régime qui en ont usurpé le nom, n’a rien à voir avec la glorieuse UNEA d’avant 1970. Elle est totalement étrangère à l’UNEA du martyre de Keddar Berakaâ, recherché par la police et mort en 1971 faute de soins médicaux, de Aziz Belgacem assassiné par les intégristes en décembre 1994, des idéaux des milliers d’étudiants volontaires de la « Révolution Agraire » partis durant les années 1970 à l’assaut des fiefs féodaux dans les campagnes ».



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